Dernière modification par Johan - 2021-08-22 21:00:31

Voici le pain descendu du ciel; celui qui mange ce pain vivra toujours

Jean 4, 6-14 & Jean 6, 24-38, 54-59, 60, 66-70

Pour ouvrir cette méditation, je veux vous citer un propos du Pasteur Marc Pernot (le frère aı̂né de Louis Pernot):
Moi, quand je vois une vache, je ne sais pourquoi, j’ai envie de lui dire: “tu as de beaux yeux, tu sais”. Non, elle ne le sait pas, je pense.
À nous, on pourrait nous dire “tu as un beau Christ, tu sais ”. Nous avons en Jésus un sacrément joli Christ qui peut nous permettre de vivre plus libre et plus heureux, en activant notre coeur, notre intelligence, nos yeux, nos oreilles et notre expérience.
[Marc Pernot, Oratoire du Louvre, le 14.12.2014.].
Oui, les vaches ont de beaux yeux; si vous n’en n’avez pas vraiment l’expérience, regardez en une, droit dans les yeux.
Vous trouverez un regard profond, tendre, plein de bonté, qui vous observe et vous voit, peut-être sans vous voir. Après un instant, vous la laisserez à ses pensées mystérieuses que vous ne pouvez pleinement saisir.
Nous avons vraiment un “beau Christ” qui nous parle de choses toutes simples qui deviennent d’autant plus mystérieuses que nous y réfléchissons.
Peut-être devrions nous plus accepter que ce que Jésus nous dit est tout simple, tout simple quand on est dans le monde de Jésus, ce que Jésus nous dit est tout simple quand on est dans le monde où Jésus veut nous accompagner.
A titre d’introduction, je vous ai choisi la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, une histoire qui pourrait être très ordinaire de voyageur assoiffé.
Avoir soif est tout ce qu’il y a de plus ordinaire et cela nous arrive à tous.
Oui, mais... Oui mais ici rien ne se passe normalement, on sent tout de suite un décalage entre les propos de la Samaritaine et ceux de Jésus.
Alors qu’ils emploient les mêmes vocabulaires, ils ont clairement deux vues différentes des choses; là où la Samaritaine parle de l’eau, le liquide au fond du puits, Jésus pense à l’eau, l’énergie vitale qu’il peut transmettre, l’eau vive.
La Samaritaine se situe dans sa réalité objective du moment, alors que Jésus s’est échappé dans un monde où nos contraintes humaines s’estompent.
Essayez donc de penser comme une vache, la prochaine fois où vous croiserez le regard de l’une d’entre elles. Ce n’est pas facile.
Pour penser comme une vache, il faut avoir un peu rencontré la pensée d’une vache et c’est probablement possible en aimant profondément la vache.
Ce matin, je voudrais vous partager quelques réflexions sur le Chapitre 6 de l’Evangile de Saint Jean. Je ne ferai que picorer car, alors que le chapitre est passablement long, les matières théologiques qui y sont présentées occupent nombre de bibliothèques et continuent à être avidement discutées.
La structure du chapitre est en trois parties, La première. Jésus nourrit 5000 hommes en pain et poissons.
La deuxième. Jésus enseigne quelques notions de base: C’est moi qui suis le pain de vie. Vous avez vu et vous ne croyez pas. Celui qui me mange vivra par moi.
Et la troisième. Les propos de Jésus sont ceux d’un beau-parleur; sont-ils dignes de foi?
Le repas miraculeux de la première partie est écrit en une vingtaine de versets. Il n’est présenté ici que pour insister sur le côté matériel des besoins humains. Oublions le côté miracle, c’est une chose ordinaire. L’accent est mis sur le besoin très matériel: la foule à faim de pains et de poissons.
L’enseignement et la mise en question qui s’en suivent forment les 50 autres versets du chapitre 6. Ceci constitue un très sérieux morceau de résistance et je ne sais si le fait de l’aborder est, de ma part, de l’inconscience ou de l’outrecuidance. Je serai théologiquement incorrect, du moins dans une certaine mesure.
Abordons maintenant l’enseignement du Christ aux versets 22 à 59 de ce chapitre 6 de l’évangéliste Jean.
Alors que Jésus répond à un groupe de personnes qui posent des questions, voire à une foule, je me serais attendu à un désordre dans l’exposé des fondements de la mission du Fils de Dieu. Mais non, ce n’est pas le cas.
L’apôtre Jean a dûment structuré cette leçon.
Je vous parlais il y a un instant d’un décalage entre une compréhension spirituelle et une interprétation toute matérielle entre l’eau vive et l’eau du puits. Jésus met ce décalage constamment en évidence et semble avoir été assez mal compris.
Ainsi, par exemple, il leur dit:
Vous me chercher parce que je vous ai donné du pain, je vous ai nourri, mais le “Fils de l’homme vous donnera de la nourriture qui demeure pour la vie éternelle”.
Mais de quoi parle-t-on? Le pain donné par Jésus lorsqu’il a nourri les 5000 hommes serait-il celui qui est une nourriture pour la vie éternelle?
Que veut dire ce charabia?
Permettez-moi juste une remarque toute personnelle: Je crois que Jésus a une vision enrichie de l’expérience du Royaume de Dieu, alors que nous restons coincés par nos contraintes terrestres. De ce fait, ce que j’sus nous dit ne nous est pas toujours compréhensible.
Mais je reviens à la leçon de Maı̂tre Jésus.
Que devons-nous faire pour accomplir les oeuvres de Dieu? Mettre votre foi en celui qu’il a lui-même envoyé.
Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel pour donner la vie au monde.
C’est moi qui suis le pain de la vie.
Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui met sa foi en moi n’aura jamais soif. Vous m’avez vu, et vous ne croyez pas. Je suis descendu du ciel pour faire, non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.
Je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle. C’est moi qui suis le pain de la vie. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours; et le pain que, moi, je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde.
Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le relèverai au dernier jour. Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang est vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui.
Voilà ce que Jésus disait alors qu’il enseignait dans la synagogue, à Capharnaüm.
C’est beau, c’est vraiment beau.
Mais je ne suis pas certain d’avoir vraiment tout bien compris. C’est manifestement un beau-parleur, mais ne nous aurait-il pas un peu servi du baratin? Evidemment, cet homme est visionnaire, il a l’expérience d’un monde que nous ne voyons pas. Ne serait-il pas un peu fou? Il n’est pas normal, cela c’est certain.
Mais, peu à peu, le doute s’installe chez beaucoup de ses auditeurs.
Je poursuis au verset 60 de ce chapitre 6: après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent: Cette parole est dure; qui peut l’entendre? et beaucoup s’en retournèrent.
C’est l’Esprit qui fait vivre. La chair ne sert de rien. Les paroles que, moi, je vous ai dites sont Esprit et sont vie. Mais il en est parmi vous quelques-uns qui ne croient pas.
Jésus dit donc aux Douze: Et vous, voulez-vous aussi vous en aller?
Simon Pierre lui répondit: Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle. Nous, nous sommes convaincus, nous savons que c’est toi qui es le Saint de Dieu.
Jésus leur répondit: N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze?
Je reprends la réponse que donne Simon Pierre à la demande de Jésus:
Et vous, voulez-vous aussi vous en aller?
Simon Pierre lui répondit:
Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu.
Saint Augustin insiste longuement sur le verset 69. Ce sera l’objet de la fin de cette méditation.
Il relève dans la réponse de Simon Pierre: “nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu” que la foi est mentionnée avant la connaissance. En forçant un peu ce passage, il entend que c’est parce qu’ils ont cru, qu’ils ont pu connaı̂tre [ Augustin d’Hippone, Traité 27 sur Saint-Jean, Sections 9-10,].

Faut-il avoir la foi, pour pouvoir vivre le message du Christ?
Le scientifique en moi se rebelle à une telle nécessité; pourtant croire avant de comprendre est plein de sens.
Lorsque je vois Jésus comme étant un témoin du Royaume de Dieu, je peux considérer qu’il serait bien exact que le Royaume puisse exister.
Si le Royaume peut exister, alors je peux le rechercher en suivant Jésus.
En fait, c’est une toute autre façon de voir que je viens de découvrir.
Mais, avant de croire en Jésus Christ, il pourrait être essentiel de croire en Dieu. Je veux dire: “croire en Dieu” au cas où il existerait.
Dieu existe-t-il?
Blaise Pascal a répondu à cette question dans son célèbre pari, le “Pari de Pascal” que personne ne lit.
Dieu existe-t-il? Pariez donc qu’il est sans hésiter En prenant le parti de croire, si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien.
Croyez donc, si vous le pouvez [Blaise Pascal (1623-1662)].
Il est vrai que la rédaction de ce texte est un peu ennuyeuse pour des non-mathématiciens.
Je souhaite terminer cette méditation par une priere en forme d’acte de foi.
Notre Père, nous te remercions.
Tu as créé le ciel et la terre ainsi que tout ce qui les habite. Nous avons reçu la vie.
Tu nous as donné ton Fils dans ta miséricorde.
Tu nous aimes et nous disposons de notre liberté, comme si elle était à nous.
Tu nous rencontres, et nous ne le voyons pas.
Nous ne manquons de rien d’essentiel, car tu sais ce dont nous avons besoin.
Notre Père, nous te remercions.
Donne-nous de partager la force que tu mets en nous, de partager avec les faibles et les essoufflés.
Donne-nous de partager ton amour, de partager avec ceux qui pleurent et ceux qui souffrent.
Donne-nous de partager ta liberté, de partager avec ceux que le mal retient.
Donne-nous de croire en toi.
Donne-nous d’être en éveil lorsque tu nous rencontres.
Donne-nous de contribuer à la venue de ton règne.
Notre Père, nous te remercions.
[WR. le 25.3.1982].

Amen.

William Rey
Le 22 août 2021
(enregistré par Jacques)