Dernière modification par Johan - 2021-04-11 19:41:46

Le doute, l'incrédulité, l'invraisemblable et la foi

Marc 15 31-32a ; Jean 20 19-29 ; Matthieu 11 25

En ce premier dimanche suivant Pâques, il est de tradition de poser un moment l’attention sur cette histoire de Thomas. Thomas-le-Sceptique, qui doute là où tout est clair et confirmé par nombre de témoins fiables.
C’est pourtant si simple: Comme il l’avait dit, son ami oh combien respecté et admiré, n’est plus parmi les morts: Jésus est “ressuscité”.
Comme vous allez le constater, le doute est central dans ma réflexion de ce matin. Il est pour moi essentiel et je ne peux qu’être étonné que le Premier Testament en parle si peu. Tout au long de l’histoire de la relation entre Dieu et le peuple juif, on parle de foi et de manque de foi, d’acceptation et de rejet de l’alliance avec Dieu. Le doute a l’air d’être sans grande importance.
Mais, dois-je vous le dire, pour moi ne pas douter est souvent bien difficile.
Je ne vais pas ce matin reprendre avec vous tout le récit de l’Evangéliste Jean où Thomas-le-Sceptique veut mettre un doigt dans les plaies de Jésus, car vous connaissez déjà cette histoire; je vais la réduire à quelques remarques légèrement iconoclastes.
D’abord voyons ce que nous dit le passage biblique qui se trouve au centre de notre réflexion de ce matin. Je veux ici introduire le décor et mettre en scène les acteurs.
Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint; debout au milieu d’eux, il leur dit: Que la paix soit avec vous!
Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur [Jn 20: 19-20].
En deux versets, nous sommes envoyés dans un monde que nous connaissons mal, où le poids des mots pouvaient être perçu fort différemment. Quoique je puisse être, je reste attaché au monde qui m’a vu naı̂tre. Même si j’ai pu absorber profondément d’autres cultures, mes racines restent en Belgique du vingtième siècle.
Le soir de ce jour-là.
Vous le savez, nous étions en plein drame. Pourtant certains ont voulu nous faire croire que notre déprime n’était pas de mise, que nous sommes en pleine apothéose de quelque chose qui n’a pas de sens.
La fin de l’Evangile de Marc est un peu singulière et Isabelle, votre Pasteure, vous l’a commentée il y a huit jours. Cette fin est tellement abrupte qu’elle appelle véritablement un prolongement et nos bibles reprennent quelques versets supplémentaires. Je vous lis ces versets:
Après s’être relevé, au matin du premier jour de la semaine, il apparut d’abord à Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé sept démons. Elle alla porter nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, alors qu’ils étaient en deuil et qu’ils pleuraient. Quand ils entendirent qu’il était vivant et qu’elle l’avait vu, ils ne le crurent pas.
Après cela, il se manifesta, sous une autre apparence, à deux d’entre eux qui allaient à la campagne. Ils revinrent eux aussi l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.
Enfin, il se manifesta aux Onze, pendant qu’ils étaient à table, et il leur reprocha sévèrement leur manque de foi et leur obstination, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu après son réveil [Mc 16: 9-14]. Nous voyons que tous doutent et c’est un fait dont nous n’avons pas toujours conscience. La tradition fait de Thomas celui qui cristallise le doute; Thomas se met à personnifier le doute et je n’insisterai pas davantage sur cet aspect pour l’instant. J’y reviendrai bientôt.
Reprenant le contexte de l’apparition de Jésus aux disciples, je suis étonné que l’évangéliste Jean ne nous dise pas pourquoi Jésus est venu. En effet, il nous décrit certains points de cette venue mais néglige de préciser le but de cette venue.
Mais vous connaissez la suite de ce prologue: Jésus leur dit à nouveau: Que la paix soit avec vous! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie [Jn 20: 19].
Ceci évoquerait-il le but de la venue de Jésus? Y aurait-il un autre but passé sous silence? Devons-nous connaı̂tre le but véritable?
Mon sentiment personnel (et il n’engage que moi), est que Jésus est un pauvre organisateur: Comme tout bon chef d’entreprise, il a besoin d’un secrétariat de qualité.
Pensez-donc, il vient voir ses amis pour les consoler “Cessez de vous lamentez, je suis là avec vous”, de surcroı̂t il compte les mettre tous au travail en les envoyant dans le monde.
Jésus est un jeune chef d’entreprise qui envoie en mission ses collaborateurs au travers du monde et au travers des temps à venir. Peut-être manque-t-il encore un peu d’expérience, mais une chose est claire, Jésus vient, alors que tous les disciples ne sont pas là. C’est un rendez-vous manqué, le fonctionnement de son secrétariat doit être revu.
Néanmoins le secrétariat de Jésus a servi de référence dans les temps qui ont suivi ainsi, par exemple, nous ne sommes toujours pas capables d’organiser proprement les rendez-vous pour la vaccination anti-covid.
Donc, une nouvelle rencontre est concoctée dans la hautes haute administration et, cette fois-ci, tout le monde est bien présent. Même Thomas-le-Sceptique, qui fait perdre un peu de temps car il arrive en retard d’une guerre; c’est sa première rencontre avec le Ressuscité.
L’apôtre Jean nous dit: Puis Jésus dit à Thomas: Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté! Ne sois pas un incroyant, deviens un homme de foi! Thomas lui répondit: Mon Seigneur, mon Dieu!
Jésus lui dit: Parce que tu m’as vu, tu es convaincu? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! [Jn 20: 27-29].
Je suis frappé par la façon dont nous lisons d’habitude ces textes concernant le Ressuscité. Nous les lisons en cherchant quelque chose qui ne s’y trouve probablement pas. Nous souhaitons comprendre, nous voulons comprendre alors que c’est croire qui nous est proposé.
Pour moi, considérant les deux versets Heureux ceux qui croient sans avoir vu! [Jn 20: 27-29]. et Je te célèbre, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux gens intelligents, et que tu les as révélées aux tout-petits [Mt 11: 25]. , je trouve qu’ils s’épaulent l’un l’autre.
Quand Jean au chapitre 20 nous dit “Vous devez croire, c’est l’important”, Matthieu glisse doucement “Vous n’êtes pas obligés de comprendre, ceci n’est pas réservé aux gens intelligents”.
En d’autres mots encore, “Croyez!
Ce que peut être la résurrection est secondaire”.
Ce que le Père a caché aux sages et aux gens intelligents, il l’a révélé aux tout-petits [Mt 11: 25].
Faites confiance !

Monsieur William Rey
Le 11 avril 2021