Dernière modification par Johan - 2021-01-17 12:52:26

Ayez foi en Dieu

I Romain 19 : 11b-13a ; Matthieu 17: 14-20 et 21 : 18-22

S’adressant aux disciples, Jésus leur répond et dit: “Ayez foi en Dieu. En vérité je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne: “ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son coeur mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé” [Mc 11: 22-23].
Cette promesse du Christ, ici dans l’évangile de Marc, est bien curieuse. Évidemment qu’elle est absurde au sens littéral, on n’a jamais vu personne, même avec la plus grande foi, transporter une montagne et Jésus lui-même ne l’a pas fait. Et puis même, serait-ce bien utile? Il faut donc bien croire que c’est une image, une allégorie.

Au sens commun, on utilise l’expression “avoir une foi qui déplace les montagnes”, pour parler d’une foi extraordinaire qui peut permettre d’accomplir de grandes choses. Mais de quelle “foi” parle-t-on en fait? La foi, pour la Bible, c’est la conviction, l’adhésion à une vérité, et c’est bien cela qui donne une force extraordinaire.

Il faut y croire pour dépasser les “c’est pas possible”, et les “ça ne marchera jamais”. La foi, c’est être capable de faire une chose inhabituelle que tous disent impossible, parce que l’on croit qu’en Dieu et qu’avec Dieu beaucoup est possible.
La foi c’est l’ouverture des possibles, la rupture par rapport aux déterminations et à la répétition du même.
Il faut avoir une dose de folie pour agir et croire qu’il est possible de sortir du quotidien, que l’on peut changer, être un être neuf, avoir une vie nouvelle, réaliser de grandes choses.

Par ailleurs, un autre sens d’“avoir foi” c’est d’“avoir confiance”. Quand Jésus dit: “Ayez foi en Dieu” ce peut être aussi pour dire de ne pas croire qu’en soi-même, ce qui serait décourageant, parce que moi-même je suis limité et peu puissant Avoir confiance en Dieu, ce n’est pas croire qu’il va tout faire à notre place.

On peut ainsi avoir le courage de se lancer dans quelque chose de grand qui nous dépasse un peu et cela est possible parce qu’on n’est pas le centre de tout, la cause ultime de tout ce qui réussit ou rate.

Mais si cette foi déplace les montagnes, encore faut-il savoir de quelles montagnes on parle.

On peut d’abord considérer que la montagne, c’est le lieu de la révélation de Dieu. Avec la foi, on peut transporter la montagne partout, même au fond de la mer. Même dans les pires épreuves, dans le deuil ou la mort, on peut trouver une montagne lumineuse, une parole de vie, une espérance.

Il y a de cela dans la foi: vouloir voir la vie, même dans la mort, croire à la lumière même dans la nuit, croire que ce que le monde nous donne à voir n’est pas la totalité de la réalité, mais qu’il y a quelque chose d’essentiel qui est un peu caché, et que l’on peut découvrir.

L’essentiel, Jésus le dit, c’est d’avoir “foi en Dieu”, de se recentrer sur le fondamental qui est de recentrer sa vie sur le Dieu de l’Evangile, avoir confiance en Dieu et croire dans ce qu’il est, croire dans l’amour, le pardon, la paix et la vie, de se débarrasser des apparences de bonnes pratiques religieuses pour porter des fruits d’amour.

Et puis déplacer ces montagnes, c’est aussi enlever ce qui obscurcit l’horizon, ce qui empêche de voir plus loin que le bout de son nez.

Avoir foi en Dieu, c’est ouvrir des horizons infinis, voir loin, dégager l’espace de sa vie. La débarrasser, peut-être, de cet égoı̈sme qui encombre tout, de ces discours sur le possible et l’impossible, enlever les déterminismes humains, les jugements a priori sur nous, sur ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire.

Avec Dieu tout est possible.

Mais, voilà, moi je suis un homme de peu de foi. Je ne déplace pas les montagnes même si, parfois, j’essaie de leur enlever quelques cailloux.

Confucius serait responsable de la maxime: “L’homme qui déplace une montagne commence par déplacer les petites pierres”.
Mais la tâche me dépasse, nous dépasse, la montagne est tout juste un peu écorchée.

C’était hier, “hier” car c’est très présent dans ma mémoire défaillante.
J’avais quinze ou seize ans et, tardivement le soir, je me promenais dans le parc d’une cité universitaire quelque part dans la périphérie Nord de Paris. La journée avait été bien remplie par le trajet puis par l’inscription au Rassemblement International des UCJG, vous vous rappelez peut-être, ce sont les “Unions Chrétiennes de Jeunes Gens” ou, encore, “Young Men Christian Association” sous le sigle “YMCA”.
J’avais quinze ans, le vague à l’âme, et je me promenais, seul, abandonné. Perdu dans mes pensées sombres, soudain j’entends un “Bonsoir” bien timbré. Il me venait d’un passant dans une allée voisine que je n’ai qu’entre-aperçu. Dix minutes plus tard, je me demandais pourquoi, pourquoi mes pensées avaient basculé du tout au tout, pourquoi j’étais autre suite à ce “Bonsoir”. Pour lui, c’était un acte gratuit, un “Bonsoir” dont il ne s’est probablement même pas rendu compte. Pour moi, c’était une petite pierre déplacée et la montagne s’en était allée.
Ce passant entr’aperçu dans l’allée, était-il un homme de Dieu?
Peut-être avais-je été réceptif au bruissement d’un souffle ténu.

Continuant, toujours avec l’aide de Confucius: “Le bonheur n’est pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir”.

Aujourd’hui, j’essaie d’aider l’un et l’autre à gravir sa montagne. Cela ne sert évidemment à rien car, en finale, c’est l’autre qui doit affronter sa propre montagne. Je lui fais confiance et cela seul, sans doute, est actif.

“Faire confiance”, est-ce un risque qu’on peut courir?
C’est selon.
Dieu nous “fait confiance”, lui court le risque maintenant.
“Ta foi t’a sauvé” disait Jésus et il faisait confiance.
Oh gens de peu de foi, ayons confiance en Dieu. C’est lui qui nous pousse à déplacer les montagnes.

Amen.

Monsieur William Rey
Le 17 janvier 2021