Dernière modification par Johan - 2019-06-21 21:03:56

Seul le Christ est indispensable

I Corinthien 3 : 5b-9, 21-23 et 4 : 6-7

« Personne n’est indispensable », c’est ce que le proverbe affirme.
Pourtant, nous le savons tous, cela répugne vraiment à notre compréhension de la personne humaine, et donc de ce que nous sommes, vous et moi. Parce qu’aussi, nous cherchons si souvent à l’être, précisément indispensable, à nous rendre « indispensable », comme si au fond cela devait être la garantie de notre valeur, de notre place, aux yeux des autres, et donc, par surcroît, à nos propres yeux.
Mais si ce qu’affirme le proverbe, répugne autant à notre compréhension de la personne humaine, c’est parce que chacun, chacune d’entre nous est un être singulier, particulier, unique, à nul autre pareil, alors s’il en est ainsi, il ou elle, ne peut qu’être irremplaçable. Incommensurable avec quiconque, qui lui le sera tout autant.
Pourtant, être irremplaçable, être unique et singulier ne veut pas dire être « indispensable ». Et c’est peut-être de la confusion entre ces deux termes, entre ces deux compréhensions, que découle l’attitude des chrétiens de Corinthe, et qui va motiver la réponse de Paul.
Car de quoi s’agit-il ici ?

L’Apôtre Paul était celui qui avait été à la fondation et à la mise place de la communauté de Corinthe, il avait vécu parmi eux durant quelques mois seulement, puis, il était parti non sans avoir établi ceux qui allaient continuer à veiller à la vie communautaire.
Mais voilà, qu’à Paul, l’on écrit que des divisions, des dissensions ont vu le jour dans la communauté. Des divisions sociales, culturelles, mais aussi théologiques, ou plutôt pourrait-on dire « de style théologique » différent qui ont émergées depuis son départ. Alors, à Corinthe, c’est l’émoi, et on fait appel à lui, on lui demande d’intervenir, de trancher, d’affirmer son autorité, et par surcroît, de soutenir ceux et celles qui se réclament de lui, Paul.
Car, certains, toujours attachés affectivement à l’apôtre estiment qu’il faut que les choses redeviennent comme elles étaient ; non pas seulement que les querelles cessent, mais que se trouve réaffirmé, une fois pour toute, l’identité originelle, spécifique, et proprement « paulinienne » de l’église de Corinthe.
D’autres, eux, ont été séduit par le nouveau venu dans la communauté, un certain Apollos. Un prédicateur brillant, plus brillant sans doute que ne l’avait jamais été Paul. Quelqu’un de manifestement très instruit, intelligent, tellement, qu’ils en viennent à estimer en comparaison que Paul et sa manière d’expliquer l’évangile ne tenaient pas vraiment intellectuellement la route. Alors la crise est là. Et Paul, sollicité, doit répondre….

Sans doute, son amour-propre a dû en être affecté, de voir ainsi préféré par une partie de la communauté un nouveau venu dont on louait, haut et fort, les dons exceptionnels. Peut-être a-t-il été aussi réconforté qu’une autre partie se réclame toujours de lui, et que dans leur cœur il soit resté, lui Paul, irremplaçable.
Que va-t-il donc pouvoir leur dire ? Pas seulement à ses partisans, mais à l’entièreté de la communauté ! Doit-il réaffirmer la supériorité de son apostolat ? La stricte et définitive identité paulinienne de celle-ci ? Doit-il au contraire ne pas prêter le flanc à ces querelles ? Doit-il se dire et leur dire, qu’il faut passer à autre chose, parce que le temps passe et qu’Apollos et que le « style » de la communauté ne peut qu’évoluer et qu’il n’y a ni à s’en émouvoir, ni à le craindre ?

Tout autre que Paul aurait sans doute oscillé entre ces deux attitudes. Tout autre que lui aurait choisi l’une ou l’autre de ces positions. Mais Paul, lui, non. Non lui, il part bille en tête ! Il ne s’encombre ni de lui-même, ni d’Apollos, ni de personne. Il revient à l’essentiel, aux fondamentaux, au cœur même de ce que sont l’Evangile et l’Eglise. Et, il n’y va pas par quatre chemins !

Quoi ? j’entends qu’il y en a qui se réclament de mon nom, et qui s’enorgueillissent d’avoir été baptisé par moi !? Eh bien, je suis content, dit-il, et je rends grâce de n’avoir baptisé presque personne parmi vous ! (1 :13-15). Et il l’écrit, dès l’abord de cette première épître :
« Est-ce que Paul a été crucifié pour vous, ou bien, est-ce au nom de Paul, que vous avez été baptisés ? ».

Non ? Alors, ne prenez pas parti pour l’un ou pour l’autre, pour Paul, pour Apollos, pour Pierre …. ou pour Jacques. Voilà la teneur de ses propos. Qui a-t-il au centre de votre vie, qui donc vous sauve ? Ni Paul, ni Apollos, ni Pierre !
Les uns comme les autres, ne sont que des serviteurs, que des « moyens », des instruments ; rien d’autre, ni plus ni moins. Et là, Paul va, à l’aide de cette métaphore bien connue, remettre chacun à sa place réelle et véritable :

« Qu’est–ce donc qu’Apollos ? Qu’est–ce que Paul ? Des serviteurs, par l’entremise desquels vous êtes venus à la foi, selon ce que le Seigneur a accordé à chacun.
Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître.
Ainsi, ce n’est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître. »

On pourra trouver choquant ce déni de l’importance, des uns comme des autres. D’autant que l’original du texte, ne parle pas d’importance, non, il dit encore plus crûment les choses : « ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu ».
Voilà, en quelque mots, l’ordre des choses et des êtres remis à leur juste place. Il n’y aura donc pas d’orgueil à avoir, ni de blessure d’orgueil à souffrir. Ni de la part de Paul, ni d’Apollos, ni de la part de celles et de ceux qui prenant parti pour l’un contre l’autre, espèrent bénéficier du prestige que l’un aurait sur l’autre. Il ne doit, ni peut donc y avoir de divisions, puisqu’il n’y a proprement pas d’enjeu.
Plus encore, c’est au Christ que tous les corinthiens appartiennent, sans distinction aucune, lui l’unique Seigneur ; ce n’est ni à Paul, ni à Apollos. Et c’est ce qui les rend libre, à l’égard de tout …. et de tous.
Car s’ils se sont attachés à Paul, si d’autres se sont attachés à Apollos, tous sont en même temps libres, libres de toute attache, de toute « appartenance », parce que le Christ, s’est attachés à eux, et à elles ….

« Que personne ne mette donc sa fierté dans des hommes ; car tout vous appartient, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout vous appartient ; mais vous, vous appartenez au Christ, et le Christ appartient à Dieu. »

Bien sûr, là encore, on peut comprendre Paul, et même se dire que cela est « bel et bon », il n’empêche que nous savons par ailleurs que nous tous et toutes, nous sommes des êtres d’affection, d’émotions et toujours, ou pour quelque temps, nous serons plus attachés à Paul, qu’à Apollos, ou inversement. Que parce que, précisément, nous sommes, chacun et chacune, singulier, particulier, unique, nous nous attachons plus, et mieux, à certains qu’à d’autres, que nous préférerons toujours ou le style clair et précis d’un Apollos, ou la chaleur parfois quelque peu confuse d’un Paul, que nous serons plus sensibles au style imagé de l’un, à la rigueur de l’autre, à la simplicité de l’un ou à la retenue de l’autre. Car c’est ainsi que nous sommes faits, et il n’y a pas à en changer, fut-ce même possible. Et à ce titre, nous n’échappons pas non plus aux « affinités électives ».

Mais … pourtant, il ne faudrait pas que ces affinités, ces attachements, nous rendent aveugle à ce à quoi Paul essaie précisément de nous ouvrir les yeux : l’église, ce que nous sommes ici, ensemble, n’est pas fondée, bâtie, elle ne demeure pas sur la base de ces « affinités » ni de ces « attachements », elle ne subsiste et elle ne demeure que dans le Christ seul, c’est là qu’est notre vie, personnelle autant que communautaire. Ce n’est que par lui et par personne d’autre.
Et en ce sens, lui seul est indispensable à l’église, lui seul est indispensable à la communauté que nous formons et qui demeurera, même, après nous.
Nous, tous et toutes, nous sommes irremplaçables en notre singularité, en ce que nous sommes et ce que nous faisons, en nos particularités si singulières et spécifiques. Et c’est pour cela que Dieu nous donne les uns aux autres.
Mais cela ne revient pas à dire, qu’en rigueur de terme, quelqu’un d’autre que le Christ soit, parmi nous, indispensable … ni Paul, ni Apollos, ni Pierre, ni personne d’autre.

A la seule Gloire de Dieu.

Pasteur Patrick Evrard
Le 16 juin 2019
(enregistré par Johan)