Dernière modification par Johan - 2021-07-05 21:25:52

"Voyage au bout de la nuit"

1 Rois 19, 9-13 ; Marc 6, 45-52

Récit bien étrange que celui que nous avons écouté, surprenant à plus d’un titre… On y voit Jésus dont l’œil perce l’obscurité à plusieurs kms de distance. Jésus qui marche sur l’eau défiant ainsi toutes les lois de la gravitation. Une tempête qui s’apaise instantanément. De quoi attirer tous les lecteurs en mal de paranormal !
Pourtant c’est bien un récit d’évangile, c’est-à-dire une bonne nouvelle qui nous est relatée par Marc et également par Matthieu et Jean chacun à leur façon. C’est dire son importance !

1.- Voyons donc les faits tels que Marc nous les raconte ?

A.Nouis intitule la péricope dans son livre L’aujourd’hui de l’évangile « Voyage au bout de la nuit »  je pense que c’est une belle image pour résumer ce que les disciples vont vivre !
Le récit se situe juste après la multiplication des pains. Jésus et ses disciples sont encore là sur la berge avec la foule quand Jésus prend les choses en mains. Il renvoie la foule et oblige les disciples à monter dans la barque. Apparaissant comme le Maitre à qui l’on obéit (v.45), IL les envoie sur le lac, en leur donnant une direction, la ville de Bethsaïda en territoire païen, image de ce qu’ils seront appelés à faire après la Pentecôte. Comme s’il leur disait « allez-y, vous avez vécu des choses avec moi, vous avez été nourri maintenant vous pouvez prendre le large, faire vos expériences de vie, suivre votre chemin en toute liberté et responsabilité. Je vous donne la direction ! » Jusqu’à présent les disciples suivaient Jésus, voilà qu’il leur demande de le précéder.
Une distance donc s’établit entre Jésus et ses disciples, distance dont Jésus est l’initiateur. Elle s’établit sur le plan géographique. Jésus reste au rivage, tandis qu’eux sont au milieu du lac. Mais aussi sur le plan occupationnel…alors que Jésus monte sur la colline, lieu de la présence de Dieu pour être seul avec son Père, les disciples ensemble rament, s’agitent, affrontent les éléments. (v.47-48) Distance qui peut nous rappeler celle qui s’établira à l’Ascension. Alors que Jésus rejoint son Père, les disciples vont devoir affronter l’opposition des autorités juives.
Faisons un gros plan sur la barque dans laquelle les disciples se trouvent…La nuit tombe, et la nuit on ne voit plus très bien où l’on va …la météo est mauvaise… il n’y a sûrement pas d’étoiles pour les guider. De plus, ils sont en eaux profondes, or on sait que pour les juifs la mer est symbole de mort surtout quand il y a tempête, de quoi les effrayer, les angoisser même… Les vents sont contraires, ils peinent à avancer, ils arrivent au bout de leurs forces. Le texte en grec dit qu’ils se tourmentaient à ramer. (v.48)
Comme si l’obscurité qui les environne, pénétrait au-dedans d’eux…

Déplaçons-nous maintenant vers Jésus… Marc nous dit qu’il les voit ! (v.48) Malgré la distance et la nuit Jésus voit la petite barque et ses occupants en détresse au milieu du lac ? Le regard de Jésus n’est arrêté par aucun obstacle. Malgré la distance, par son regard, Jésus reste présent, Il veille, il est attentif à ceux qu’il a lui-même envoyés sur la mer.
Les voyant en difficulté, Il s’approche … Notez qu’il ne vole pas à leur secours d’emblée. Non ! il attend la quatrième heure, la fin de la nuit, quand ils sont au bout de leurs forces pour s’approcher d’eux. Et il le fait d’une façon surprenante… Il marche sur l’eau !

Ils auraient pu être émerveillés par ce phénomène surnaturel mais non… ils sont pris d’effroi ! Leur raison ne suit plus ! …un homme qui marche sur l’eau ne peut être qu’un fantôme ! Ils ont semble-t-il plus peur de cette apparition que de la tempête elle-même…ils en ont traversé d’autres, on le sait !
Devant leur effroi, Jésus les rejoint « aussitôt » par une parole ! Une parole qui les appelle à passer de la peur, à la confiance, à la foi. « Courage ! N’ayez pas peur, C’est moi » (v.50) (ou moi je suis) Ce « moi je suis » qui renvoie au nom de Dieu révélé à Moïse. En leur disant cela il leur signifie en qui ils peuvent placer leur confiance. Il est le Dieu de la libération, il est avec eux comme il était avec les esclaves en Egypte
Ce n’est qu’après cette parole donnée qu’il les rejoint physiquement dans la barque. Jésus reconnu et accueilli, la tempête extérieure mais aussi intérieure de leur cœur se calme… leur peur fait place cependant à la stupéfaction.
Marc ajoute alors son petit commentaire ! « Leur intelligence était incapable d’en saisir le sens »FC « ils étaient encore obtus » NBS (v.52) laissant sous-entendre qu’ils comprendront plus tard le sens de tout cela…

2.- De quel sens caché Marc veut-il parler ?

Je vous rappelle que Marc écrit son évangile entre l’an 64 et 70 ou même un peu plus tard, après les évènements de Pâques. Il l’écrit donc à la lumière de la mort et la résurrection de Jésus.
D’ailleurs ce récit rappelle certains récits de résurrection, où Jésus, après sa disparition, apparait de façon inattendue à ses disciples désemparés, passant au travers des murs ou disparaissant tout à coup, les laissant parfois dans l’incrédulité. Plusieurs ne le reconnaissent pas au premier regard !

Dans le récit qui nous occupe Marc commente leur obscurcissement en disant que c’est le miracle des pains que les disciples n’ont pas compris (v.52). Ces 2 récits sont en effet intimement liés. Le Jésus qui apparait dans notre texte glorieux n’est compréhensible qu’au travers du Jésus de la multiplication des pains qui révèle un Dieu qui prend soin de son peuple, qui nourrit pour faire vivre mais bien plus Marc voit dans le partage du pain le Dieu qui se donne et qui ira jusqu’à offrir sa vie sur la croix. Impossible à imaginer et comprendre pour les disciples…

Du coup, ils ne comprennent pas plus l’épisode de la marche sur l’eau, qui pour Marc est une image de résurrection. A cette petite phrase « Jésus vient vers eux en marchant sur la mer » v.48 Marc ajoute et « et il allait les dépasser » Certaines versions traduisent « les rejoindre » mais c’est bien le mot dépasser qui est utilisé par Marc. Ce mot évoque les théophanies de l’Ancien Testament.
On en a lu un récit dans le livre des Rois … Dieu dit à Elie découragé : « Tiens-toi à l’entrée de la caverne et cache ton visage car je vais passer »
En passant Dieu se révèle tout en restant insaisissable.
De la même manière Jésus se révèle à ses disciples, il révèle quelque chose de sa personne. Je vous l’ai dit, la mer pour les juifs représentait les forces du mal et de la mort … Jésus apparait donc en marchant sur l’eau comme dominant ces forces tel le Ressuscité. Sa présence qui défie les lois de la nature n’est saisissable que par la foi, comme sa résurrection d’ailleurs. Les disciples ont encore un bout de chemin à faire avant de le comprendre et d’en vivre, il faudra qu’ils aient vécu les évènements de Pâques !

3.- Quelques dizaines d’années plus tard ce récit résonne pour les chrétiens comme un appel à la confiance !

En effet, au moment où l’évangile a été écrit les chrétiens étaient persécutés, Marc y fait plusieurs fois référence dans son évangile (4,17 ; 8,34-38 ; 10,29 ; 13,12) et ses lecteurs ont actualisé pour eux-mêmes ce récit montrant ainsi qu’ils en avaient compris le sens profond. La barque avec les disciples représentait pour eux l’église confrontée aux forces hostiles de l’empire romain, aux persécutions et le Christ marchant sur l’eau était bien pour eux le Christ ressuscité, victorieux sur les forces du mal, leur révélant sa présence et leur portant secours. Celui en qui ils pouvaient se confier.

Nous sommes appelés comme eux à interpréter le récit pour notre temps et pour nos vies.
L’Eglise d’aujourd’hui est dans une situation semblable sans être identique à celle de l’église des premiers siècles. Dans certaines parties du monde elle connaît aussi la persécution. Et dans notre monde occidental, l’église rame contre les vents contraires du matérialisme, de l’individualisme, de l’indifférence voire de l’hostilité. Nous nous sentons parfois démunis, découragés par l’inertie à l’intérieur même de l’église.
Et cette barque n’est-elle pas aussi l’image de nos vies personnelles. Ne nous arrive-t-il pas d’avoir le sentiment de ramer…c’est une expression que l’on entend souvent ! « Ah, si tu savais comme je rame ! »
On rame contre des circonstances difficiles que l’on ne maitrise pas (maladie, chômage, la crise sanitaire nous le rappelle durement…), des forces intérieures ou extérieures qui nous empêchent d’avancer.
Nous vivons parfois des moments de nuit où nous ne voyons plus le rivage, où la solitude face aux difficultés nous accable, où Dieu nous semble absent.
Alors Marc veut nous dire à nous aussi que le Seigneur ressuscité n‘est pas trop loin pour nous voir…Il veille sur son Eglise et sur ses enfants individuellement. Malgré son apparente absence, il est attentif, il intercède pour nous et il vient à notre rencontre au milieu de notre nuit. Le principal obstacle souvent c’est nous, notre tendance à nous laisser dominer par la peur, notre incapacité à le voir, à le reconnaître, notre résistance à nous laisser sauver. Nous faudra-t-il aller au bout de notre nuit comme les disciples pour prendre enfin conscience de notre pauvreté, de notre faiblesse, pour découvrir que nous ne pouvons pas lutter seul et le laisser entrer dans la barque de notre vie.

J’aime l’histoire de Paul Wharton : « Une enfant se noie dans un lac devant sa mère épouvantée. A côté de la mère un homme assiste à la scène sans réagir. La petite fille se débat d’abord avec frénésie puis se fatigue et montre les premiers signes de l’épuisement. C’est alors que l’homme enlève ses chaussures, plonge dans le lac, va chercher l’enfant et la ramène sur le rivage. La mère le remercie chaleureusement mais lui demande : Pourquoi avez-vous attendu si longtemps avant d’intervenir ? Et l’homme répond : Tant que votre enfant se débattait, je ne pouvais l’attraper. Si je m’étais approché nous aurions coulé tous les 2. Ce n’est que lorsque ses forces ont faibli que j’ai pu la sauver. »

Oui c’est quand nous nous savons faibles, dépourvus, fragiles que la Parole du Seigneur peut faire son chemin en nous et que nous découvrons sa Présence, là au cœur de notre faiblesse.

Je voudrais, en conclusion, vous laisser 2 paroles parce que je crois que c’est comme cela, le texte nous le montre, que le Christ ressuscité nous rejoint aujourd’hui !

La première, c’est celle que Jésus dit à ses amis avant de les quitter pour rejoindre son Père… Elle nous est adressée ce matin :
« Sachez-le, je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
L’autre est de Paul qui a ramé lui-aussi contre des forces hostiles et qui fort de son expérience nous dit dans Romains 8 :38-39

38 Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances,
39 ni les forces d’en haut, ni les forces d’en bas, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.

Que ces 2 paroles fortifient notre foi et nous accompagnent dans nos obscurités.

Amen

Odile et Jean Cornez
Le 4 juillet 2021
(enregistré par Jacques)