Dernière modification par Johan - 2019-08-13 15:46:19

Agar et le Dieu qui me voit. Genèse 16 et 21

Ésaïe 49 : 14 à 16a et Jean 4 : 5 à 15

Ma prédication se fera en 2 temps, un premier temps de récit et un deuxième de méditation avec entre les 2 un intermède musical.

Vous avez entendu tout à l’heure un extrait du récit de la rencontre de Jésus avec la samaritaine… l’histoire que je vais vous raconter est celle d’une autre femme de la Bible, qui ait aussi une rencontre décisive près d’un puits… une femme sans voix rendue à la parole, une jeune esclave remise sur les rails de la vie, ou encore, s’il vous fallait un 4ème indice, une mère porteuse devenue mère d’un peuple…vous avez deviné ? C’est d’Agar qu’il s’agira !
L’histoire nous est racontée en Gen 16 et 21. 2 récits que j’ai remis bout à bout mais entre les 2 il se passe des choses et notamment le changement de nom de Saraï et Abram, signe de l’alliance que Dieu fait avec eux. Au cours de mon récit ils vont donc changer de nom…

Écoutez donc Agar vous raconter son histoire…

Je n’étais encore qu’une enfant lorsque j’ai été arrachée à ma famille et à ma terre égyptienne et après un long voyage je me suis retrouvée esclave dans une tribu du pays de Canaan dont je ne connaissais rien aux coutumes et aux dieux. Le patriarche Abram avait fière allure malgré son grand âge, sa femme Saraï aussi était encore très belle, c’est à son service que j’ai été attachée dès mon arrivée. Mes maîtres étaient riches en bétail et serviteurs mais malgré la promesse qu’ils avaient reçue de leur Dieu, l’enfant qu’ils désiraient depuis si longtemps n’arrivait pas…entre nous cela ne m’étonnait pas vraiment vu leur âge !

J’accomplissais les taches qui me revenaient sans broncher. Je n’étais pas maltraitée mais jamais un merci ou un regard bienveillant ne m’était adressé. J’avais parfois l’impression d’être transparente à leurs yeux.

Un jour, je les ai entendus discuter dans la tente de Saraï. Saraï pleurait…elle disait « je suis incapable de mettre au monde un enfant, prends ma servante pour femme, elle portera pour moi l’enfant promis ! » Le soir même, sans me demander mon avis, Abram est entré dans ma tente pour partager ma couche.

Quelques mois plus tard mon ventre s’est arrondi, moi l’esclave je portais l’enfant d’Abram…j’en ressentais une joie profonde et même une fierté. J’allais enfin être reconnue et aimée au moins à cause de cet enfant…et je prenais un malin plaisir à regarder de haut celle qui jusqu’ici ne me voyait pas. Elle serait bien obligée de me regarder et de me respecter maintenant !

J’aurais dû comprendre que je n’étais qu’une mère porteuse, que jamais je ne serais l’égale de Saraï…

D’ailleurs, lorsque humiliée par mon arrogance, elle a demandé à son mari de me corriger, il n’a pas pris ma défense bien au contraire il lui a dit : « c’est ta servante. Elle est en ton pouvoir, fais lui ce qu’il te plait. »

Et je vous assure qu’il n’a pas fallu lui dire 2 fois…elle a commencé à m’humilier, à me maltraiter, à m’imposer des tâches trop lourdes pour mon état…

Je ne pouvais plus supporter… sans réfléchir, je me suis enfuie dans le désert en direction de mon pays…J’ai marché, marché et je me suis arrêtée près d’une source. Et c’est là que j’ai fait la rencontre de ma vie…

Un inconnu qui avait quelque chose de particulier que je ne savais pas définir s’est approché de moi et m’a dit : « Agar, esclave de Saraï, d’où viens-tu ? Où vas-tu ? »

J’ai seulement pu lui dire que je m’étais enfuie mais où j’allais…je ne savais pas vraiment…alors il m’a dit : « Retourne chez ta maitresse et plie toi à ses ordres. Le Seigneur te donnera des descendants si nombreux qu’on ne pourra les compter. Tu vas avoir un fils que tu appelleras Ismaël car le Seigneur a entendu ton cri de détresse. »

Une fois seule je me suis dit… « J’ai rêvé ou j’ai vu Celui qui me voit » . Non je n’avais pas rêvé et de tout mon cœur, j’ai dit : « Tu es El Roï le Dieu qui me voit »

Après cela, je suis retournée au campement. Les choses n’ont pas changé mais en moi quelque chose avait changé…je savais que je n’étais pas transparente au moins aux yeux de quelqu’un, je me sentais exister, et j’ai mieux vécu ma situation. Ma grossesse est arrivée à son terme, mon fils est né et Abram lui a donné le nom d’Ismaël, qui veut dire « Dieu a entendu ». Peut-être pensait-il que Dieu avait entendu sa prière et celle de Saraï mais moi je savais bien que c’était mon cri à moi qu’il avait entendu… Je lisais un peu de bonheur dans ses yeux lorsqu’il prenait notre fils dans ses bras et j’ai commencé à espérer le meilleur pour lui et pour moi.

C’était sans compter que quelques temps plus tard, Sarah alors qu’elle n’y croyait plus est tombée enceinte. Elle aussi as mis au monde un fils…ils étaient fous de joie Sarah et Abraham lorsqu’ Isaac est né. Il fallait les entendre rire dans la tente !

Dans les années qui ont suivi, j’ai bien senti que j’étais devenue encore plus gênante pour Sarah. Sûrement avait-elle peur qu’Ismaël prenne trop de place dans le cœur de son mari au détriment d’Isaac. Elle ne supportait pas de voir nos fils jouer ensemble et encore moins de voir Ismaël taquiner son frère.

Alors elle a profité d’une grande fête familiale pour nous chasser tous les 2 et là encore Abraham n’a rien fait pour l’en empêcher. Cela l’a peiné …c’était quand même son fils mais Il m’a juste donné du pain, de l’eau, il a mis Ismaël sur mon dos en me disant d’en prendre soin et il nous a laissés à la porte du désert. Alors je me suis accrochée à mon fils et j’ai marché sous le soleil sans savoir où aller.

Lorsque je n’ai plus eu d’eau, j’ai installé Ismaël sous un arbuste et je me suis éloignée…je ne voulais pas voir mon fils mourir. Ismaël criait et moi je n’avais plus de larmes pour pleurer ! J’avais seulement oublié celui qui me voit, El Roï mais lui ne m’avait pas oubliée…Il m’a vue, là désespérée et il m’a rejointe encore une fois et m’a dit : « Agar, qu’as-tu ? N’aie pas peur. J’ai entendu les cris de ton fils. Debout ! prends le d’une main ferme car je ferai naître de lui une grande nation. »

J’ai levé la tête et c’est comme si mes yeux s’étaient ouverts. J’ai aperçu le puits qui était là tout près mais que je n’avais pas vu. J’étais en train de mourir à côté d’un puits ! Je me suis levée, je suis allée remplir mon outre d’eau et j’ai donné à boire à mon fils…nous étions sauvés !

El Roï nous a protégés et nous avons vécu là dans le désert de Paran…Ismaël a grandi, il est devenu un bon chasseur et j’ai trouvé parmi mon peuple d’origine une femme pour lui. La vie n’a pas été facile mais j’ai eu la joie de voir naitre mes petits-enfants, prémices de la promesse de Dieu…

Musique

L’histoire d’Agar nous émeut… peut-être nous fait elle penser à ces jeunes filles capturées par Boko Haram pour faire d’elles des esclaves sexuelles ou encore à ces femmes qui n’ont trouvé d’autres moyens pour subsister que de louer leur ventre à de riches couples en mal d’enfant, ou plus proches de nous à toutes ces personnes qui sont transparentes dans notre société, qui n’ont pas la parole, qui travaillent sans recevoir de reconnaissance, traitées comme des pions, et puis peut être même à nous qui sans vivre des situations aussi tragiques nous sentons peu respectés, peu reconnus ou parfois même jetés comme un vieux chiffon…

Agar l’étrangère est notre sœur en humanité… elle en a vécu des choses ! Traitée comme un objet qui passe de main en main. Si vous lisez le texte…Jamais elle n’est nommée dans la bouche de Saraï et d’Abram…ils parlent tous les 2 de « ma servante » « ta servante » mais jamais d’Agar. Sarah ne prononce pas non plus le nom d’Ismaël, elle le désigne comme « le fils de ma servante ». Agar subit d’abord le mépris de Saraï (Elle le lui a bien rendu me direz-vous mais l’un explique peut-être l’autre !) puis son oppression… (c’est le même mot qui est employé pour parler de l’oppression subi par les hébreux en Égypte) et enfin son rejet définitif qui est sans l’intervention de Dieu, une véritable mise à mort. Comment une jeune femme avec son enfant peuvent-ils survivre dans un monde hostile comme le désert ?

Quelle lâcheté aussi de la part d’Abraham ! Il la remet dans le premier épisode entre les mains de Sarah sans état d’âme « elle est en ton pouvoir. Fais lui ce que tu veux » …des mots terribles pleins de mépris ! et puis dans le second, il les abandonne, elle et son fils, au bord du désert avec un petit remord alors il leur donne de l’eau et du pain, mais il sait bien que c’est une subsistance temporaire… Il était pourtant bien content de jouir de la jeunesse d’Agar même si c’est Sarah qui l’a mise dans son lit…mais sur la parole de son épouse, il les jette sans préserver son avenir ni l’avenir de son fils…Dieu le fera pour lui, il le sait il le lui a dit et cela lui suffit ! Moi je trouve ça un peu court ! Croire que Dieu prend soin de nous et des autres ne nous dédouane pas de nos responsabilités !

Agar, donc, se retrouve à 2 reprises dans le désert. Désert de pierres où survivre est difficile, où l’eau et la nourriture sont rares mais aussi désert intérieur où elle se retrouve face à son désespoir, à sa solitude, à sa vulnérabilité. Et à 2 reprises ce lieu de désert va être le lieu de la révélation, de la rencontre comme souvent dans la Bible. C’est dans le dénuement total que par 2 fois Dieu la rejoint pour la remettre sur les rails de la vie… (les 2 récits sont construits de la même façon)

Mais qui est ce Dieu qui la rejoint, comment agit-il ?

Agar le nomme dès la première rencontre « El Roï, le Dieu qui me voit » Agar ne se sent plus transparente comme elle l’était devant ses maitres. Le regard que Dieu pose sur elle la fait naître à l’existence… D’ailleurs, Lui l’appelle par son nom…or nommer quelqu’un dans la Bible c’est reconnaître son existence.

D’objet qui passe de mains en mains, elle devient sujet à qui Dieu parle.

Dans la bouche de Dieu il n’y a pas de condamnation, pourtant Agar a une part de responsabilité dans ce qui lui arrive, elle a joué l’arrogante…non, Il lui pose simplement des questions « d’où viens-tu ? où vas-tu ? » comme il en a posé à Adam « où es-tu ? » traduit parfois par « où en es-tu » ou à Caïn « qu’as-tu fait de ton frère ? »

« D’où viens-tu ? où vas-tu ? » en d’autres mots « réfléchis à ce que tu es en train de faire, de vivre ! » « Quel est ton devoir ? quel est ton avenir ? » Il la replace devant son histoire et son libre arbitre. Il l’amène à découvrir par elle-même que la fuite est une impasse. Mieux vaut affronter les problèmes (pareil pour nous !) Le Seigneur agit de la même façon avec nous quand nous nous plaçons dans des situations délicates…il ne nous condamne pas, il nous replace avec bienveillance devant notre histoire pour nous faire grandir… « Où en es-tu dans ta vie ? D’où viens-tu, où vas-tu ? » peut-être que ce matin, ces questions résonnent en nous…

En lui posant des questions, il lui donne aussi la parole…ce qu’elle n’a probablement jamais eu… Il lui donne l’occasion d’exprimer son désarroi et elle le fait.

C’est seulement après qu’il lui dit « retourne chez ta maitresse…et reprend ta vie » comme la conséquence logique de sa propre réflexion.

Franchement il aurait pu faire surgir un prince charmant dans le désert et bien non ! Dieu n’est pas un magicien, et la Bible n’est pas un conte…il accompagne Agar dans les circonstances qui sont les siennes et dans le contexte social qui est le sien… Elle appartient à Saraï, elle porte l’enfant d’Abram, cela nous choque dans notre mentalité d’aujourd’hui, mais c’est là qu’est sa place… tant que c’est possible. Mais il ne la laisse pas repartir sans rien ! Elle retourne avec une promesse et pas n’importe laquelle. « Le Seigneur te donnera des descendants en si grand nombre qu’on ne pourra les compter. Tu vas avoir un fils… » (16v.10) Elle reçoit la même promesse que celle faite à Abraham (et elle est la seule femme dans l’AT à recevoir une promesse aussi grande que celle faite à un patriarche). Cette promesse est aussi celle d’une vie fructueuse malgré tout. Le Dieu qui la voit, qui lui parle, lui donne un avenir à espérer !

Et Agar retourne chez Sarah…elle reste l’esclave de Sarah mais en se sachant aimée et en retournant volontairement elle trouve une liberté intérieure qui lui permet de vivre sa situation. Cela me parle…parfois on ne peut pas changer nos situations de vie, c’est notre manière de les vivre que le Seigneur nous appelle à changer !

Malheureusement dans la vie, il y a des ratés et Dieu ne les empêche pas !

Quelques années plus tard, Agar se retrouve de nouveau dans le désert… situation bien pire, elle ne fuit pas, elle est chassée sans espoir de retour et elle n’est pas seule devant la mort elle est avec son fils…La promesse de Dieu semble bien loin à tel point qu’elle ne pense même pas à l’appeler pas au secours.

Mais Dieu lui est fidèle, il ne l’abandonne pas…Cela fait écho aux paroles qu’ Ésaïe met dans la bouche de Dieu « je ne t’abandonnerai pas, ton nom est gravé sur la paume de ma main » …c’est lui qui revient, qui l’appelle de nouveau par son nom, qui l’invite à dire sa peine, qui la rassure et nous retrouvons les mêmes paroles dites à Moïse bien longtemps après « j’ai vu j’ai entendu les cris… » puis il l’invite à se mettre debout et de nouveau à prendre son destin en main «Debout, prends ton fils et tiens le d’une main ferme ». Il ne fait pas les choses pour elle , c’est elle qui se lève! et pour la fortifier il lui répète sa promesse.
« Je ferai naitre de lui une grande nation ». v.18

De nouveau il n’y a rien qui change autour d’elle (toujours pas de prince charmant !!!) c’est son regard qui change… Dieu lui ouvre les yeux et tout à coup elle aperçoit ce puits qui était là mais qu’elle ne voyait pas, parce que toute centrée sur sa souffrance- n’est-ce pas parfois notre cas… Agar découvre ce qui va être dans ce désert source de vie pour elle et son enfant. En voyant ce puits elle trouve la source intérieure qui lui permet de se mettre debout, de vaincre son désespoir. Elle va pouvoir vivre avec les siens dans le désert le plus sec parce qu’il y a là une source de vie. Au-delà de l’eau du puits, c’est la présence aimante et bienveillante de Dieu qui est là !

On a envie d’être plein de compassion envers Agar l’Égyptienne comme Dieu l’a été. On a envie de prendre parti pour elle. Sarah et Abraham apparaissent un peu comme les méchants…pourtant cette histoire nous montre bien que Dieu n’abandonne personne, ni les uns ni les autres. Sarah la stérile va mettre au monde le fils de la promesse. Abraham sera père d’un grand peuple, Agar sera elle- aussi mère d’un grand peuple. La bénédiction, la promesse n’est pas réservée à certains mais elle est pour tous même si elle ne prend pas toujours la même forme !

Elle est donc pour nous aussi…

Dieu est le Dieu qui te voit…tu n’es pas transparent(e) à ses yeux.

Il est le Dieu qui t’appelle par ton nom et qui te donne la parole.

Il est le Dieu qui t’accompagne sur tes chemins stériles comme sur tes chemins de vie.

Il est le Dieu qui fait jaillir en toi une source.

Il est le Dieu qui te donne une espérance et un avenir.

Pour conclure…

Cette histoire nous ramène autour de l’autre puits…celui où Jésus dit à la femme samaritaine, étrangère donc, désespérée et rejetée elle aussi !

Jean 4 : 14 « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif, car l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source qui jaillira pour la vie éternelle. »

Le puits est là mes amis… ne nous laissons pas mourir à côté sans le voir et sans puiser l’eau qui nous est offerte gratuitement !

Odile Datcharry-Cornez
Le 28 juillet 2019