Dernière modification par Johan - 2020-10-04 21:26:27

Réveille toi et avance !

Psaume 113 ; Esaïe 35, 1-7 ; Actes 3, 1-11

Introduction

On parle beaucoup de distanciation sociale pour le moment. Et pour nous tous ce n’est pas facile à vivre …Mais il est d’autres distanciations ou exclusions qu’elles soient sociales, raciales, religieuses qui sont bien pires et cela de tout temps… Ecoutez donc ces 3 petits récits de vie, inspirés de ce que j’ai vu ou entendu dans ma vie d’avant le covid !

Mes enfants m’ont déposée dans cette maison de retraite il y a…ah j’ai oublié, il y a si longtemps ! Je ne sais plus marcher…Les journées se ressemblent. Après ma toilette et le petit déjeuner, l’aide- soignante m’installe dans mon fauteuil roulant et me conduit à côté de mes congénères dans le hall d’entrée. Je sais déjà que mon après-midi se déroulera à l’identique après la sieste. Elle doit penser qu’en m’amenant là, l’animation me fera passer le temps plus vite…la porte s’ouvre pour laisser passer les gens. Je les regarde entrer, sortir et je rêve de la franchir moi-aussi et puis mon regard se vide…demain sera le même…

J’ai fui mon pays en guerre…j’ai tout quitté, ma maison, mon travail, ma famille. On m’a dit que je n’avais pas droit à des papiers en Belgique. Je n’ai rien pour survivre alors chaque matin, la faim la peur au ventre et la honte au cœur je vais m’asseoir à la porte d’une grande surface, vous savez leur temple de la consommation … et j’attends qu’on veuille bien me donner au moins une petite pièce sinon un regard et un sourire. Les gens passent et repassent…mon temps à moi s’est arrêté…

Mes parents avaient de beaux rêves pour moi, un beau mariage, des enfants et puis à mon adolescence, j’ai pris conscience que je n’y répondrais pas…je ne savais plus très bien qui j’étais, je me sentais attiré par les filles plutôt que par les garçons…j’avais le sentiment de marcher sur des sables mouvants. J’avais peur…je n’osais pas en parler à mes parents. Quel regard allaient-ils poser sur moi eux qui sont chrétiens convaincus ? et mon entourage…et l’Eglise…je n’étais pas sure d’y être encore la bienvenue. Alors je me suis enfermée en moi-même, paralysée et je n’ai rien fait de ma vie…Si quelqu’un m’avait tendu la main…

Ces récits m’ont fait penser à un autre récit d’il y a environ 2000 ans…et si comparaison n’est pas raison, je pense que vous ferez facilement les liens.

Les faits que Luc nous raconte au chap 3 des Actes se situent juste après la Pentecôte, ce moment où les disciples reçoivent l’Esprit Saint, le souffle de Dieu, qui désormais les anime, leur donne une Parole et les met en marche.

D’ailleurs dans ce récit, Ils le sont en marche, physiquement et spirituellement.

Lisons Actes 3 : 1 à 2, où Luc met en place le cadre du récit.

Imaginez la scène un instant…Pierre et Jean en marche, prêts à passer la porte du Temple et l’homme, seul ,immobile , arrêté devant la porte…

Dans la rel juive il y avait beaucoup de séparations et l’organisation du Temple en était le reflet. Seuls les prêtres pouvaient entrer dans le sanctuaire. Et puis il y avait ensuite un premier parvis où seuls les hommes pouvaient entrer et puis un pour les femmes et enfin un pour les non-juifs. Entre ces deux derniers parvis il y avait la Belle-Porte, qui ne pouvait être franchie par les impurs. Les non-juifs en faisait partie mais aussi les lépreux, les aveugles, les boiteux… Or notre homme est boiteux, il a bien des jambes et des pieds mais il ne peut pas se tenir dessus et c’est pour cela qu’ON l’amène à cet endroit, pour demander l’aumône. Chaque jour, en plus…donc le jour du sabbat aussi, or il est interdit par la loi de porter quoique ce soit…il est donc aux yeux des juifs doublement impur parce qu’il est infirme et parce qu’il se fait porter.

En effet, il est exclu à la fois de la vie et de la communauté priante voire de la communion à Dieu.

Il dépend des autres pour être déposé et aussi pour vivre. Et c’est peut-être la seule chance de sa vie de savoir qu’il a besoin des autres…c’est ce qui va le sauver !

Pourquoi se fait-il déposer en ce lieu précisément ? Il pourrait vouloir être à la porte de la ville où beaucoup de gens passent, sortent leur bourse pour les péages…mais c’est à la porte du Temple et ce n’est pas un hasard.

L’aumône était une obligation pour les juifs pieux au même titre que la prière et le jeûne, un moyen de salut. Il sait donc qu’il a peut-être plus de chance de récolter de l’argent là. A moins qu’il ait une espérance cachée, enfouie au fond de lui-même, celle d’entrer lui-aussi au Temple et d’être accueilli par Dieu.

Mais sa situation semble figée, immuable, et la limite, normale pour tous ceux qui passent et qui jettent leur obole sans un regard ou pire avec un regard humiliant qui sous-entend « c’est ta faute si tu es là ». N’a-t-on pas parfois cette arrière-pensée lorsqu’on rencontre un mendiant dans la rue…

Situation figée…Pourtant plusieurs choses changent dans le récit ! retrouvons-le à la fin !

Lisons les versets 7(b) à 11

•  Soudain, ses plantes et ses chevilles c’est -à-dire ses bases, ce qui le porte, se raffermissent. Certes quelque chose de physique se passe mais peut-être plus c’est la base de sa vie qui se raffermit !  

Il saute, se lève, marche, entre avec, loue...pas moins de 5 verbes d’actions !

Ce qui était figé, immobile, se dénoue … La prophétie d’Esaïe s’accomplit Es 35 : 4 à 6

« Rendez fortes les mains fatiguées, rendez fermes les genoux chancelants…voici votre Dieu : Il vient lui-même vous sauver. Alors les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront, alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. »

• Il n’est plus seul=> il est avec Pierre et Jean, en relation, en communion même.  
• Il passe la porte avec eux, chose inimaginable (il fallait se montrer au prêtre pour être déclaré pur !) => Avec eux, il accède librement à la communion avec Dieu et avec la communauté juive.  
• Quelque chose bouge aussi dans le Temple : Le peuple accourt, étonné, déstabilisé dit le texte (selon la traduction de Chouraqui). C’est le peuple religieux cette fois qui n’a plus de base !!! Les gens qui passaient sans le voir, le reconnaissent…et ils ne le chassent pas. La réaction des chefs du peuple sera toute autre puisqu’ils vont arrêter Pierre et Jean. Leur pouvoir est en jeu !  

Mais que s’est-il passé entre les 2 moments ?

Lisons Actes 3 : 3 à 7a Il se passe 3 choses ! Je vous invite à les repérer pendant la lecture…

• Un regard transformateur, porteur de vie. En 2 versets, Il y a en grec 4 verbes différents se rapportant au regard :  

Le premier qui se rapporte au boiteux ; Verbe neutre…il le voit comme il en voit tant d’autres comme quelqu’un qui peut donner une pièce, une fonction donc. C’est tout ce qu’il attend !

Le deuxième se rapporte à Jean et Pierre qui le fixent, le regardent avec intensité. Un regard qui fait exister l’autre !

Le troisième est dans la demande que Pierre adresse au boiteux « regarde-nous » On peut imaginer qu’il a baissé les yeux de honte lorsque Pierre et Jean l’ont fixé. Jusques là c’est le boiteux qui demandait maintenant c’est Pierre qui est en demande, une autre façon de faire exister l’autre…

Le quatrième est dans cette petite phrase, l’homme « lève les yeux sur eux », les regarde avec attention. Le regard de cet homme a changé, il ne voit pas, il regarde. Il accepte d’entrer en relation, comprenant qu’il y a peut-être autre chose qu’une pièce à recevoir.

• Après le regard vient une parole. « De l’argent, de l’or, je n’en ai pas… » C’est peut-être aussi leur chance de ne pas en avoir car la tentation est grande de se donner bonne conscience, de se croire juste en donnant une pièce, n’est-ce pas !  

« …mais ce que j’ai je te le donne » ils ont ce désir de partager.

« Au nom de Jésus, lève -toi et marche » littéralement « réveille-toi et avance » c’est le terme de la résurrection.

Ce n’est pas par leur propre puissance mais au nom de Celui que Dieu a ressuscité d’entre les morts.

Au nom de Celui pour qui il n’y a pas de situation figée, qui casse les murs de séparation entre les hommes, pour qui il n’y a pas de purs et d’impurs, de Celui qui ne s’arrête pas aux apparences…toute sa vie en a rendu témoignage.

Cette puissance de vie qu’ils ont découverte en Jésus ils la lui transmettent.

C’est Dieu qui ressuscite mais il reste au boiteux d’avancer, et pour cela il n’est pas seul.

• Après la parole vient le geste.  Pierre le prend par la main droite (la main droite de Dieu c’est sa puissance) et le relève. Il participe avec Dieu à sa relevance et pour cela il le touche comme Jésus a touché le lépreux, faisant fi, à l’instar de son maitre, de toutes les barrières et les interdits. Le souffle de Dieu a fait envoler leur peur !  

Ces 3 choses accomplies, le miracle arrive : il bondit !

Même s’il est infiniment reconnaissant à Pierre et Jean puisqu’ « il ne les lâche plus » il ne se trompe pas de destinataire …C’est Dieu qu’il remercie en le louant et devant tous il témoigne ainsi que Jésus est Dieu.

L’histoire pourrait s’arrêter là et elle serait déjà merveilleuse mais Luc nous raconte ensuite comment Pierre s’est servi de ce miracle pour en faire un signe pour le peuple, ce peuple déstabilisé.

Lisons Actes3 : 12 à 20

Pierre prend la parole et les interpelle…il les appelle à se réveiller eux- aussi et à avancer, à lire les textes saints avec un regard nouveau, à remettre en question leurs certitudes, leurs dogmes, au nom de Jésus celui qu’ils ont crucifié et que Dieu, leur Dieu, a ressuscité d’entre les morts. Ils sont eux-aussi des boiteux qui ont besoin de guérison… Il ne les culpabilise pas (v 17 je sais que vous avez agi sans savoir) mais il les appelle à un retour, une conversion « pour que vienne le temps de la fraicheur de Dieu » c’est-à-dire du renouvellement, de la restauration. v.20

En conclusion,

Cet évènement de la guérison du boiteux, Pierre s’en est servi pour interpeller le peuple de Dieu. Nous sommes le peuple de Dieu… Alors en quoi ce récit relaté dans les Actes peut devenir Signe pour moi aujourd’hui ?

Peut-être suis-je ce boiteux, assis-e à la porte de ma vie, sans base sur laquelle la fonder, immobilisé-e par une circonstance douloureuse de mon passé, une épreuve, une maladie, une relation brisée, tétanisé-e par la peur de ce virus qui tue, la peur de l’avenir. Je me sens exclu-e de la communion avec Dieu et avec mes frères et soeurs pour une raison ou une autre.

Peut-être suis-je Pierre ou Jean, disciple en marche avec le Seigneur. Je rencontre des « cabossés de la vie » sur mon chemin (comme ceux que j’ai cités en commençant) mais contrairement aux disciples, je détourne le regard, je n’ose pas m’approcher, dire une parole qui fait exister, poser un geste qui relève au nom de Jésus. Je garde pour moi cette bonne nouvelle.

Peut-être suis-je quelqu’un de très religieux, très fidèle à l’exemple du peuple et c’est très bien, mais j’ai du mal à remettre en question mes certitudes à la lumière de l’Ecriture et du coup je ne progresse pas dans ma connaissance du Tout-Autre, ni dans mon accueil de l’autre, de celui qui es différent, qui ne pense pas comme moi, qui ne croit pas comme moi. Je me crois juste mais le suis-je vraiment plus que les autres ? Ne suis-je pas boiteuse moi aussi, spirituellement parlant…

Ou bien suis-je surement un peu de chacun à la fois à des moments divers!

Alors entendons tous ces paroles qui nous sont adressées ce matin

« Au nom de Jésus, Réveille-toi et Avance »

Tu es à la Belle Porte de ta vie. Une libération t’est donnée, une résurrection est à vivre maintenant dans la joie !

Odile Cornez-Datcharry
Le 4 octobre 2020
(enregistré par Jacques)