Dernière modification par Johan - 2020-11-08 10:54:22

Le règne de Dieu est au milieu de vous

Lévitique 13, 1-2 ; II Rois 5, 1 ; Luc 17, 11-19

Je pense que nous ne devons pas arrêter la lecture de cette péricope, à la simple description d’une guérison physique parmi tant d’autres.
Car, cette lecture à bien des égards, superficielle, serait biaisée, et surtout, nous priverait d’une rencontre avec Jésus. Dans la mesure, où nous acceptons de nous identifier à celui qui revient sur ses pas.
Être encouragé à pratiquer une lecture plus approfondie, est suscité par la question suivante, à savoir…
Pourquoi, l’auteur, appelé selon la tradition, Luc, aurait jugé utile d’insérer cet événement, à bien des égards, secondaire, dans son évangile, alors qu’il l’écrit quelques cinquante ans, après l’événement.
La réponse serait peut-être que cette guérison, n’était pas que physique mais, sous-tendait une guérison plus profonde, celle de l’être entier.
Et, ainsi, pour Luc, c’était transmettre à tous ses lecteurs un chemin vers la source de Vie, qu’est le Christ !

Abordons l’architecture du texte
Il apparaît, au vu du grec utilisé et du vocabulaire choisi, relever de la main d’un auteur cultivé. Cette constatation nous invite à donner du temps, à notre lecture et nourrir ainsi, notre méditation.
Plus précisément, c’est souligner que quelques expressions grecques présentent un double sens, et nous n’en retiendrons que deux.
C’est ainsi que la première a pour sens « être purifié » ou « être guéri » …
Et, que la seconde a pour sens « faire demi-tour », « retourner », ou « se convertir » …

Soulignons aussi que dès les premiers mots, l’auteur cite deux lieux géographiques, et ainsi, il pose le cadre du récit.
En premier lieu, on apprend que Jésus se rend à Jérusalem. Et par là, il nous avertit que la fin du ministère terrestre de Jésus, est proche.
En second lieu, on apprend que Jésus passe entre la Galilée et la Samarie, ce qui explique la présence d’un samaritain, dans une communauté de neuf juifs, alors, que, depuis des siècles, ils sont frères ennemis.
Mais, cette cohabitation n’est justifiée que par la maladie qui les ronge, la lèpre et, qui les rend impurs physiquement et spirituellement.
Ils sont obligés de se confiner dans un ghetto !
Qu’ils soient juifs ou samaritain, ils sont des parias, exclus de la ville et de toute vie sociale et du Temple, et d’une intimité avec Dieu.
Car, ces exclusions diverses liées à la maladie qui les frappait, relevaient de la loi de Moïse, et inscrites entre autres dans le livre du Lévitique.
Toute notification de guérison ne pouvait être établie que par un prêtre.
Aussi, lorsque Jésus leur ordonne de se présenter devant les prêtres, il respecte les prescriptions de la loi.

Entrons dans le fil de l’histoire...
Jésus entre dans un village, dix hommes l’interpellent à distance, et ce faisant, ils respectent la Loi.
Ils sont dix, ils peuvent donc être vus comme un groupe, où, les individualités s’effacent.
C’est pourquoi, ils agissent d’un seul élan…
Ils parlent d’une seule voix…
Ils lancent un seul cri à Jésus, en forme de supplication…
Ils l’interpellent du nom de Maître…
Le mot grec utilisé par Luc, il ne l’utilise autre part que pour les disciples. C’est dire le lien exceptionnel entre Jésus et, les dix.

D’ailleurs, ils lui obéissent car, tous se mettent en route vers les prêtres, alors qu’ils ne sont pas encore guéris.
Le texte nous dit qu’en chemin, ils constatent qu’ils sont guéris…
« Guéri », c’est une des traductions du grec « katharos », que Jésus utilise aussi pour dire, « être purifié ».
Selon ces deux sens, on peut dire que les dix lépreux ont été au bénéfice d’une double guérison, physique premièrement et aussi, en second lieu, de l’être.
Car, pour Jésus, il ne peut pas y avoir de guérison physique, et, dans cas précis, un « relifting » de surface, sans qu’il n’y ait une guérison de l’être entier.
Mais, cette seconde guérison ne peut s’effectuer qu’avec le plein accord de la personne. C’est ce que nous constaterons dans la suite du récit…

Nous sommes arrivés à un carrefour…
Jusqu’ici, les dix ont été unis dans l’adversité, tous guéris de la lèpre, leurs chemins se séparent…
Les dix deviennent neuf et un…
La suite du texte dit…
« L'un d'eux, se voyant guéri, revint sur ses pas… », ou littéralement : « fait demi-tour ».
Quant aux neuf autres, le texte reste muet, si ce n’est les paroles interrogatives de Jésus qui peuvent nous être parfois adressées :
« Et les neuf autres, où sont-ils ? »
On peut peut-être remplir avec audace, remplir ce silence…
Ces neuf avaient donné foi aux paroles d’un voyageur de passage, dont ils connaissaient le nom, la qualité de Maître, de Rabbi.
Guéris, ils n’ont vraisemblablement vu en Lui, qu’un homme sortant de l’ordinaire, car, ayant un don de guérisseur, étant un thaumaturge…
En bons juifs, ils se sont présentés aux prêtres qui ont authentifiés leur guérison.
En bons juifs, ils ont offert l’offrande traditionnelle à Dieu, en remerciement.
Ils ont peut-être fait vœu de fréquenter régulièrement la synagogue.
Et, puis, ils ont réintégré le monde des vivants, en ne cherchant nullement à faire plus ample connaissance, avec ce Maître, qui les avait libérés de leur enfermement.

Et, le dixième ?
Lorsqu’il constate sa guérison, il fait demi-tour, et, ainsi, il opère un total retournement.
Cette guérison le pousse à changer de cap, à changer le cours de sa vie, pour revenir vers Celui qui en est la source.
Dans un premier temps, il glorifie Dieu, à pleine voix, et arrivé devant Jésus, il tombe face contre terre.
Le texte se poursuit… Jésus lui dit : « Lève-toi et va ; ta foi t'a sauvé. »

« Lève-toi », qui dit en grec une remise debout, une résurrection.
Les neuf autres avaient eu cette possibilité de recevoir cette remise debout, qui est un don de la « Grâce ».

Mais, pour la recevoir, pour jouir de ses fruits, ils auraient dû avoir la foi, de leur frère de souffrance samaritain.
La plupart des méditations de ce texte, s’arrêtent au verset 19.
Si on sait que les premiers manuscrits étaient présentés en continu, sans intervalle entre les mots, sans divisions en chapitres, et en versets, rien ne nous interdit de prolonger notre lecture par les versets 20&21.

Interrogé par les pharisiens pour savoir quand viendrait le règne de Dieu, Jésus leur répondit : Le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu'on puisse l'observer. On ne dira même pas : « Regardez, il est ici ! », ou, « Il est là-bas ! » En effet, le règne de Dieu est au milieu de vous.

Ces paroles de Jésus adressées aux pharisiens peuvent nous expliquer l’attitude des neuf autres, qui étaient retournés à leur quotidien. Car, comme tout juif pieux, ils inscrivaient le Règne de Dieu dans un futur lointain.
Notre ami samaritain, se voyant guéri, se met, à la recherche de celui qui lui a accordé cette guérison, en glorifiant Dieu, qui, jusque-là, lui restait lointain.
Mais, arrivé devant Jésus, ce Dieu qui lui paraissait lointain, prend alors le visage de ce rabbi, et il se prosterne à ses pieds, car, il a vu Dieu face à face.
En Jésus, il reconnaît…
Celui qui est devenu la source de Sa Vie…
Celui qui l’a réintégré dans le monde des vivants…
Celui qui l’a mis debout…
Celui qui l’a ressuscité !
Il découvre aussi que le règne de Dieu n’est pas lointain…
Il est au milieu de nous…
Il n’est pas une espérance future…
Il est une réalité, aujourd’hui !
Que cela puisse être pour chacun de nous aussi, une réalité dans nos vies de tous les jours.
Amen !

Jean Cornez
Le 8 novembre 2020