Dernière modification par Johan - 2021-08-15 19:02:51

La sagesse invite à se restaurer auprès d'elle

Proverbes 9 1-6 ; Luc 14 15-24 ; Jean 6 51-58

Avec le temps de l’été, le rythme de vie se ralentit un peu.
Pour celles et ceux qui ont la chance de pouvoir prendre des jours de congé, c’est l’occasion de lire un peu plus, de visiter des expositions, de (recommencer à) voir des gens, refaire des rencontres enrichissantes et stimulantes, faire du tourisme, de prier, de méditer, bref de sortir la tête du guidon et de prendre un peu de recul par rapport au rythme effréné de l’année.
En prenant ce recul, nous avons la possibilité de poser sur notre vie, notre environne-ment, notre monde un regard différent, plus posé, plus réfléchi et décider de ce que nous voulons modifier, infléchir, réorienter …
Le temps de l’été, c’est aussi le moment propice aux repas entre amis, entre proches, (même si plus frileux cette année) … et vous savez combien les repas sont des moments importants de rencontre, de partage, d’échanges, de fraternisation, de communion, de réconciliation, …
(Combien furent agréables ces temps de partage retrouvé autour d’une table garnie, avec les équipes de la Diaconie il y a 15j, et du Consistoire, ensuite, hier)

Le texte des Proverbes de ce matin nous entraîne au cœur de la littérature de sagesse et nous met en présence de Dame Sagesse qui nous invite à sa table. « La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses 7 colonnes. Elle a égorgé une bête, mêlé son vin et dressé sa table. Elle a envoyé ses servantes, elle crie sur les points culminants des hauteurs de la ville : « Quiconque est stupide, qu’il fasse un détour par ici ! A celui qui est dépourvu de sens, elle dit ‘Venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j’ai mêlé. Abandonnez la stupidité et vous vivrez, dirigez-vous sur la voie de l’intelligence’». (Prov 9 : 1-6) – Nous voici invités à la table de Dame Sagesse … Vous allez pourtant me dire, pas très sexy, pas très tentant comme annonce publicitaire : « Quiconque est stupide, qu’il fasse un détour par ici ! A celui qui est dépourvu de sens, elle dit ‘Venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j’ai mêlé. Abandonnez la stupidité et vous vivrez, .. »
Cela ne donne pas trop envie de répondre à l’invitation, … nous ne nous qualifions normalement pas de « stupide », ou « d’être dénué de sens » ;-)
Retournons voir de plus près qui est concerné par cette invitation ….

Dans le Premier Testament, les écrits de sagesse sont des recueils de maximes, de proverbes, de citations émanant d’hommes et de femmes, de tous horizons, de toutes conditions sociales partageant le fruit de leur observations de la vie ordinaire, de leurs constatations issues du quotidien: très pragmatiques au départ, se basant sur ce dont ils étaient témoins au jour le jour, de par leur pratique professionnelle, ou au cours de leurs rencontres, échanges, partages avec leurs interlocuteurs, ces « sages » en ont déduit des réflexions plus générales, qui se sont exprimées dans les textes dont nous pouvons prendre connaissance dans notre Bible. Au départ, ce ne sont que des hommes et des femmes, simples comme vous et moi … et qui, a posteriori, sont considérés comme « sages » par d’autres qui ont jugé leurs réflexions, leurs interprétations, leurs synthèses d’observations dignes d’intérêt et les ont repris, s’en sont inspirés pour avancer eux-mêmes dans leurs pensées. Une sagesse de bon sens, simple, mais profondément en lien avec la réalité du quotidien.
Le mot « Chokmah » en hébreu désigne certes la sagesse, mais également l’adresse, l’habileté pour un artisan, la sagacité (= intelligence de compréhension, de perception – qui n’a rien à voir avec le niveau intellectuel ou le diplôme), la prudence (aborder les situations avec finesse et discernement). Est donc « sage », celui qui conduit adroitement son existence.

Nos écrits sapientiaux - de sagesse - sont donc le résultat de la compilation des regards, des analyses, des raisonnements, des réflexions d’hommes et de femmes à l’écoute également des sagesses de multiples horizons (Israël, bien évidemment, mais aussi Grèce, Egypte, Assyrie, Babylonie, etc).
Nous retrouvons dans nos textes bibliques des passages qui sont présents dans des recueils de sagesse d’autres traditions culturelles, religieuses et philosophiques. Et les emprunts semblent être davantage le fait de « nos » rédacteurs bibliques que des autres.
Ce que nous trouvons dans nos textes bibliques sont rarement des trouvailles émanant primitivement du peuple d’Israël - ce sont le plus souvent des reprises, des copiés-collés de maximes issues d’autres courants philosophiques, culturels et religieux … donc, rien d’original dans nos textes … (cela vous déçoit peut-être de réaliser que nos textes sacrés sont des reprises émanant de sagesses païennes).
Selon les standards de l’époque, ces déclarations sont souvent assez péremptoires ou tranchées, sur le thème des « deux voies : le chemin du sage c’est ceci, le chemin du fou c’est cela». Mais cette littérature n’est pas dogmatique, figée, cadenassée.
Au contraire, elle témoigne d’une volonté de repérer dans les sagesses passées ou contemporaines ce qui peut enrichir la réflexion d’aujourd’hui, le regard sur le monde ici et maintenant, ce qui peut servir l’élaboration d’une pensée qui éveille toujours plus le croyant à découvrir qui est Dieu, pour lui et son peuple.
Car pour Israël, la vraie et ultime sagesse est en Dieu, lui qui ne se limite pas à une pensée étroite, unique, finie, réductrice… n’est-il pas le Dieu de l’univers, de tous les peuples, de toutes les cultures ?
En Dieu réside la Sagesse, qui l’a rendue accessible à travers l’Alliance. Ainsi pour la Bible, la Sagesse est personnifiée, elle est rendue visible, accessible, tangible.
Elle est un attribut de Dieu, elle est même une manière de parler de Dieu, de sa proximité avec nos vies, de sa capacité à se rendre visible dans le quotidien: la sagesse biblique, concrète, pragmatique, invite à voir Dieu à l’œuvre dans notre quotidien, dans notre réalité immédiate, et à s’en inspirer pour conduire notre vie.
Car tel est bien le but de la sagesse : pouvoir mettre en œuvre le comportement le plus adéquat à la situation dans laquelle nous sommes.
L’objectif de la sagesse biblique est d’équiper le croyant, par tous les moyens possibles, pour lui permettre de mener au mieux son existence dans la fidélité - créative - au Dieu de l’Alliance.
Dieu, par l’intermédiaire de Dame Sagesse qui le représente parmi nous, nous adresse l’invitation à choisir le bon lieu où se ressourcer, se nourrir, faire de belles rencontres et se sentir bien.
Dans le texte des Proverbes, la Sagesse (= Dieu) invite, elle envoie ses servantes à arpenter les rues, à se rendre aux points culminants de la ville et à faire entendre l’invitation au repas. La Sagesse appelle – elle ne contraint pas : elle ouvre les portes et attend que l’on vienne s’installer en sa compagnie, c’est-à-dire auprès de Dieu.
La similitude avec la parabole des invités au festin que Jésus raconte en Luc 14 : 16-24 ne vous aura pas échappé : dans sa parabole, Jésus met en scène un maître de maison qui a dressé une table de fête; il va faire chercher ses hôtes préalablement invités mais les serviteurs reviennent bredouilles car chacun des convives présente une raison pour son désistement (l’un s’est marié, l’autre a acheté des bœufs qu’il veut essayer, l’autre un champ) ; le maître renvoie donc ses serviteurs dans les rues et sur les places pour aller chercher tous ceux que l’on en convierait pas normalement à ce genre d’événement : des malades, des pauvres, des personnes infréquentables … pour que la salle de fête soit comble et la fête réussie avec ceux qui auront accepté l’invitation.
(Quand on y pense, pour tous ces gens subitement invités, c’était un fameux challenge d’accepter l’invitation !! Ils n’avaient pas pu s’y préparer, ils n’avaient probablement pas d’habit de fête digne de la circonstance, etc … mais ils ont répondu « oui » à l’invitation, car convaincus d’être attendus, accueillis, nourris …. Quand avons-nous répondu « OUI » à une invitation de Dieu, inattendue, qui nous surprenait dans notre quotidien et nous a entraîné sur des chemins insoupçonnés ?)

Nous avons comme l’impression que la parabole de Jésus est une sorte de suite à ce texte des Proverbes. Ici, la Sagesse prépare un repas, elle ouvre grand sa porte, elle invite tous azimuts, et attend que les convives la rejoignent.
Elle permet à toute personne, sans exclusive, sans condition d’appartenance, sans prérequis quelconque d’accéder à sa table pour s’enrichir, se nourrir de ce qu’elle propose. Elle lance l’invitation par l’intermédiaire de ses servantes, des personnes à première vue insignifiante , mais au final indispensables et irremplaçables ….
La parabole de Jésus met en scène la réaction des nantis, des privilégiés, de ceux qui ont un beau cercle relationnel et qui se permettent de se désister …
L’invitation est tombée à plat : l’occasion de faire de nouvelles rencontres, de faire de nouvelles découvertes par la riche diversité des convives, de profiter de quelque chose d’inattendu a été manquée –
Ces deux textes nous parlent des opportunités que Dieu crée pour chacun de nous, à notre niveau, selon notre situation et nous proposent d’exercer notre discernement pour les accueillir et les accepter.
Ces opportunités sont souvent des situations inattendues (positives ou négatives ) …
Comment les accueillons-nous ? Comment lisons-nous les interventions de Dieu dans notre histoire ? Comment arrivons-nous à être attentifs à ces personnes, ces événements, ces situations qui se présentent à nous et qui se révèlent en définitive être des invitations à accueillir Dieu et sa sagesse en nos vies.
Paul identifiera le Christ à cette Sagesse : « Christ est sagesse de Dieu » déclare-t-il en
I Cor 1 : 24 …
Dans le long discours de Jean sur le pain de vie, c’est ainsi qu’il nous présente le Christ : il est ce pain vivant descendu du ciel, qui donne de vivre en communion avec lui et d’être associé à sa vie éternelle.
Il est celui qui s’offre à une table perpétuellement ouverte, accueillante, sans exclusive, à tout un chacun qui se sent « stupide » comme le disait Dame Sagesse .
Nous avons compris que se reconnaît «stupide » toute personne en recherche d’accompagnement au quotidien pour mener sa vie le plus adroitement et adéquatement possible -
Se reconnaît «dépourvu de sens » celui qui recherche dans la compagnie du Christ, de ses frères et sœurs dans la foi, les indications pour ordonner sa vie au projet de vie de Dieu.
Profitons de ces semaines d’été pour écouter les invitations de Dame Sagesse à venir nous asseoir à sa table, à recevoir ce qu’elle nous a préparé et à nous nourrir de ce qu’elle a en réserve pour chacun de nous. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6 : 56) – Alors, à table !

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 15 août 2021
(non enregistré)