Dernière modification par Johan - 2021-06-13 12:55:48

La croissance des plantes ne fait pas de bruit

Ezéchiel 17 22-24 ; Marc 4 26-34

Il y a quelques semaines, quand nous méditions le texte de Jean 15, relatif à la vigne et aux sarments, je vous parlais de « Georges et de son sécateur ».
Georges – prénom dérivé du mot «vigneron » en grec, qui désignait Dieu – lui qui s’occupe d’émonder, de tailler, d’affiner les branches que nous sommes pour leur faire porter du fruit.
Peu de temps après, lors de notre 1ère « balade spirituelle » dans le Parc du Botanique, nous avions abordé l’image du jardin, extérieur et intérieur, ainsi que la figure du Dieu-Jardinier qui nous aide à cultiver notre jardin spirituel pour être heureux et également porter du fruit.
Et voici qu’aujourd’hui, en ce beau dimanche ensoleillé, grâce à Ezéchiel et Marc, nous sommes à l’écoute de cette double référence à un arbre gigantesque, un arbre parti de rien, un jeune rameau chez Ezéchiel, une petite graine chez Marc, et qui, arrivé à maturité, accueille et abrite les oiseaux du ciel - encore une allusion à cette Vie que Dieu nous offre, qu’il nous prépare patiemment et qu’il nous donne d’accueillir.
Quelle belle « coïncidence » pour ce dimanche où nous reprenons nos célébrations ensemble ici, avec reconnaissance, avec joie, mais aussi un peu d’appréhension : comment la situation sanitaire va t’elle évoluer ?
Comment notre communauté va t’elle se relever après ce que nous avons vécu ?
Tout ce que nous avons traversé ne nous a t’il pas poussés à nous replier sur nous-mêmes ?
N’avons-nous pas rétréci notre horizon ?
N’avons-nous pas perdu un peu d’ambition, d’énergie, de feu sacré ?
N’avons-nous pas pris certains plis, certaines habitudes qui ont relâché le lien, affaibli l’enthousiasme pour la rencontre de l’autre, et affadi l’appétit pour oser « sortir de nos murs » comme le formulait notre thème de l’année il y a 2 ans ?
Nous nous sentons certainement un peu à l’étroit, et en questionnement aussi sur ce que nous avons vécu au cours de ces 16 derniers mois - comme « assis entre deux chaises» : la chaise de la prudence et celle de la volonté d’aller de l’avant …

Un peu comme le peuple auquel Ezéchiel écrivait au début du 6è s acn.
Les Israëlites avaient été déportés et ils se questionnaient sur leur avenir : que devaient-ils faire ? Prendre acte de leur situation d’exilés et s’installer - ou au contraire résister et focaliser leur attention et leur énergie sur le pays d’origine en attendant le retour, et faire comme avant ? Incertitudes d’un peuple qui se sent à l’étroit …
Vous me rétorquerez que le passage que Guy nous a lu est éminemment positif, plein d’allant, plein d’optimisme, …. ET COMME CELA FAIT DU BIEN !!
Mais ces versets pleins de promesses et d’espoir sont la conclusion d’un chapitre qui a commencé de façon bien plus sombre, plus difficile !
Le début de ce chapitre propose une parabole mettant en scène un aigle (Babylone, l’ennemi) et un cèdre (les rois d’Israël) - parabole dans laquelle l’aigle arrache la cime du cèdre pour l’emmener loin et s’emploie à l’intégrer à un autre environnement (image de la déportation du peuple).
Le déploiement de cette parabole veut faire comprendre que - en raison de mauvais choix politiques et stratégiques - les rois d’Israël ont provoqué le malheur du peuple, sa déportation et la détresse que tous vivent à présent.
Les élites du peuple ont essayé de « doubler » celui à qui ils avaient fait acte d’allégeance, en s’alliant à un hypothétique partenaire, l’Egypte. Ils ont essayé de jouer sur les deux tableaux et … ils ont perdu ! L’ensemble du peuple paie les conséquences des erreurs stratégiques de ses chefs.
Dans le passage que Guy nous a lu, le Seigneur s’affirme comme celui qui peut arracher et replanter la cime de n’importe quel cèdre.
Ces vv 22-24 sont en quelque sorte la réponse à l’énigme posée au début du chapitre : et oui, le roi a failli à ses engagements, oui il a fait les mauvais choix stratégiques en essayant de s’allier à l’Egypte, de se trouver d’autres partenaires que celui auquel il avait accepté de se soumettre; il a joué, il a perdu et ainsi il fait subir défaite et humiliation à l’ensemble du peuple.
Mais Ezéchiel proclame « Le Seigneur garde la main sur le déroulement de l’histoire et restaurera lui-même son peuple ».
Ce chapitre 17 d’Ezéchiel évoque donc le malheur du peuple, puis en peu de mots, il évoque son renouveau : A dix reprises dans ce seul chapitre, le texte insiste sur le fait que la parole transmise vient du Seigneur : « Ainsi parle le Seigneur Dieu ».
A 10 reprises, comme les 10 paroles de Dieu qui scandent le récit de la création au premier chapitre de la Genèse : « Dieu dit …. Et cela fut » - un Dieu créateur de vie envers et contre tout.
10 paroles comme dans le Décalogue, message reçu aussi sur une montagne comme dans notre récit … un Dieu libérateur pour permettre d’avancer !
10 références à la Parole, ici, pour souligner que dans ces temps d’adversité et de malheur, Dieu reste attentif aux siens et que quand il parle, il agit.
Sa parole est action créatrice, libératrice pour un avenir différent !

Mais quelle situation inattendue !
C’est à partir d’un tendre rameau, d’un petit rien, de quelque chose de fragile, de vulnérable, - ce peuple malmené, humilié, désemparé – que Dieu va faire pousser un cèdre majestueux, qui deviendra lui-même lieu de sécurité pour tous les oiseaux !
« Je le planterai sur la montagne qui domine Israël ; il dressera sa ramure et portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Tous les oiseaux de toute espèce reposeront sous lui ; à l’ombre de ses branches, ils reposeront » (Ez 17 : 23) Quelle belle promesse de renouveau, de nouveau départ, de redémarrage, pour ce peuple dont l’horizon était bouché, et l’espérance en panne.
Quelle belle proclamation de grâce aussi pour ces hommes qui se sont fourvoyés : ces rois qui ont voulu jouer la carte de la sécurité en jouant avec d’autres alliés, en se cherchant des appuis extérieurs, de leur propre initiative, en comptant juste sur eux-mêmes, en ignorant les avertissements des prophètes qui leur rappelaient l’importance de rester fidèles à la parole donnée, et d’assumer les conséquences de leurs actes, voient finalement leurs erreurs réparées par cette grâce de Dieu !
Malgré leur dérapage, Dieu leur donne de pouvoir prendre un nouveau départ, mais en s’appuyant sur sa Parole, cette fois !
Une espérance qui ne peut se déployer que dans l’adhésion, le consentement – comme nous le disions jeudi au midi de la Bible - à la parole donnée, pour ouvrir de nouvelles voies.
Ce à quoi ce texte nous conduit, c’est d’abord l’apaisement, la confiance que même dans une situation apparemment sans issue, une autre voie est possible, un autre chemin pour sortir de l’ornière et redémarrer, sur de bonnes et nouvelles bases, pour un autre rayonnement, une autre mission …. Qui voit plus loin, plus audacieuse …
Le v 23 insiste sur le fait que tous les oiseaux de toutes les espèces reposeront sous lui … L’hébreu insiste bien sur le fait qu’il s’agit de toute la création ailée ! Le message est donc celui d’une ouverture, d’un accueil, d’une universalité de la démarche : tous les peuples seront désormais mis au bénéfice de cette protection proposée par l’arbre gigantesque, que Dieu aura fait croitre à partir d’un petit rien.
Ce ne sont pas uniquement les oiseaux de la même espèce qui pourront venir trouver abri, repos, sécurité, fraicheur aux heures éprouvantes de la journée … tous ont la possibilité de venir chercher un abri, un accueil que Dieu offre.
Ce texte nous conduit à reconnaître que Dieu reste à la manœuvre, envers et contre tout, qu’il reste Celui qui accompagne, malgré les infidélités, les volontés d’autonomie, les velléités de son partenaire de faire cavalier seul.
Il fait emprunter des voies autres … le peuple aurait-il pu imaginer que d’autres peuples seraient invités à venir se reposer à l’ombre de cet arbre que Dieu suscite ?
Ezéchiel appelle à l’ouverture, à l’accueil de ce que Dieu veut faire surgir en nous, avec nous, autour de nous …
Quand Dieu parle, il agit « Moi, l’Eternel, j’ai parlé et j’agirai » (v 24)
Il s’agit pour nous d’être attentifs à cette Parole, de pouvoir l’entendre dans le chaos qui nous environne, dans ce que nous ressentons comme son silence assourdissant à nos appels … ou dans le silence de nos cœurs … et de la voir à l’œuvre dans des infimes (re)commencements.
Le Seigneur arrache, dit Ezéchiel, et puis replante, là où la bouture pourra se développer, grandir, offrir refuge, repos, et protection.

Cette même image est reprise par Jésus, dans cette double parabole de la graine qui germe et grandit, et du grain de moutarde qui devient un arbre gigantesque.
Sous l’apparente petitesse, dans l’humilité des simples commencements, une force inattendue est à l’œuvre - « Moi, l’Eternel, j’ai parlé et j’agirai »
Le Royaume est cette réalité qui grandit en nous, dans notre monde, dans la Création que Dieu conduit.
La croissance des plantes ne fait pas de bruit … mais elle s’opère !
La volonté de Dieu se réalise dans les cœurs et les vies qui l’accueillent.
Ce serait dommage de passer à côté de cette invitation de Dieu à le laisser déployer nos vies, à le laisser nous élargir, à donner de l’ampleur à ce qu’Il a planté en nous.
Le consistoire vous avait sollicités pour des idées en vue de définir le thème de l’année prochaine. Nous avons reçu diverses contributions, idées, suggestions, réflexions.
Sur base des diverses propositions reçues, dont nous avons pu dégager des convergences certaines, le Consistoire a choisi comme thème pour l’année prochaine « Elargis l’espace de ta tente : en marche vers de nouvelles missions ! ».
Voilà qui s’inscrit bien dans le message des textes de ce jour : nous reprenons un début de vie « déconfinée » - sachons être attentifs à ces petites graines que Dieu a semées en nous, en notre monde, pour que Sa Vie s’y déploie.
Il a parlé, il a agi – Le Christ nous en montre les signes – Suivons-le !

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 13 juin 2021