Dernière modification par Johan - 2021-05-30 18:25:28

La Trinité

Deutéronome 4 32-40 ; Romains 8 14-17 ; Matthieu 28 16-20

Nous voici au 1er dimanche après la Pentecôte, appelé « Dimanche de la Trinité » ...
« Trinité », un mot qui rebute, qui fait peur, qui sent le renfermé ...
qu’est-ce que la Trinité a encore à nous dire aujourd’hui ? Cela sent le rance, les vieilles disputes théologiques dépassées et décalées par rapport à notre actualité ...
Il est vrai que cette notion de la Trinité fut élaborée aux III et IVè s par les Conciles qui cherchaient à mettre de l’ordre dans des débats qui agitaient l’Eglise de ce temps ; il y avait de nombreuses controverses sur qui étaient Dieu, le Christ et l’Esprit ; quels étaient les liens qui les unissaient, et notamment sur les « natures » du Christ : était-il Dieu, homme, les deux ?
En élaborant le concept de Trinité, l’idée était de circonscrire l’essentiel d’une pensée et de pouvoir alors exclure de la pensée chrétienne, ceux qui pensaient différemment !
Le mot « Trinité » n’existe pas tel quel dans la Bible – Le NT ne fait que nommer les 3 personnes qui la composent : le Père, le Fils, le Saint Esprit, notamment lors des bénédictions ou lors des formules baptismales (comme celle qu’Eric nous a lue tout à l’heure ds la finale de l’Ev de Mt) - La Trinité est clairement une élaboration théologique ultérieure, mais là où la Trinité est intéressante, là où elle est éminemment actuelle, et où elle met bien en évidence le message biblique, c’est qu’elle nous permet de rendre compte qu’il n’est pas si évident de rendre compte de qui est Dieu, pour nous et pour le monde.
Cette notion de la Trinité nous invite à rendre justice au fait que parler de Dieu, de sa personne, de son identité, de sa richesse, demande beaucoup d’humilité.
Dans une société où tant de personnes assènent des vérités brutes et entières, sans nuances, qu’elles soient du domaine religieux ou pas, la Trinité a un rôle fondamental !
Là où les intégrismes de tout poil veulent enfermer Dieu dans UNE définition, UNE formulation, UNE pensée unique, la Trinité nous invite à la nuance, à la recherche, au mouvement ... et notre société, notre monde ont besoin de nuance et d’humilité.
Par cette réalité de la Trinité, nous sommes invités à la prudence dans notre discours sur Dieu, car il demeure au-delà de nos paroles, de nos représentations, des cases dans lesquelles nous aimerions le faire rentrer,et qui, de tout temps, ont été les pièges dans lesquels nous sommes tombés !
Le fait que les Conciles aient voulu statuer sur la Trinité, pour mettre fin aux querelles, et décider ce qui était «orthodoxe » et ce qui ne l’était pas, n’a manifestement pas résolu le problème ... Nous continuons encore et toujours à vouloir mettre Dieu dans des cases et nous l’approprier, à manquer de nuance et d’humilité ...
En fait l’objectif de la Trinité, en déclarant Dieu Un et Trois, Un Dieu en Trois Personnes (le Père, le Fils et le Saint Esprit) est une façon de nous faire comprendre que Dieu est « inconcevable », qu’il est éminemment complexe, qu’il s’est certes révélé, donné à connaître, donné à voir dans le Christ, qu’il continue à être présent parmi nous par son Esprit, mais qu’il demeure malgré tout au-delà de nos paroles, qu’il est imprononçable ... comme l’exprime le Tétragramme hébraïque, ces 4 lettres imprononçables telles quelles pour désigner le Seigneur ...
Un Dieu qui s’est révélé pleinement en son Fils et par son Esprit, mais qui résiste à notre compréhension humaine, pour rester le Tout Autre, celui qu’il nous faut encore et toujours chercher.
Le texte du Deutéronome nous y invite : « Informe-toi des jours d’autrefois qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’humain sur la terre ... » (4 :32) – « Informe-toi, (litt : demande) » ... donc cherche, réfléchis, questionne, interroge, renseigne-toi, consulte, demande, mets-toi en mouvement intérieurement et fais évoluer tes pensées – nous dirions aujourd’hui, lis, écoute, analyse, forme-toi !
Avez-vous remarqué que la suite de ce passage est composé d’une succession de questions, d’interrogations, d’interpellations adressées au peuple pour qu’il se mette en quête de ce Dieu, de ses projets pour lui ?
« Y eut-il jamais si grand événement et a-t-on jamais entendu chose semblable (d’un Dieu)? Un peuple a t-il jamais entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l’as entendu, en restant en vie ? Un Dieu a t-il jamais essayé de venir prendre une nation du sein d’une autre nation, au moyen d’épreuves, de signes, de prodiges et de combats ? »
(4 : 32-34) Une succession d’interpellations, de questions, qui renvoie l’auditeur - celui d’hier et d’aujourd’hui - à l’obligation de se questionner !
Le regard en arrière, la mise en perspective de l’Histoire permet de découvrir la marque tout à fait originale, particulière, singulière de ce Dieu qui ne ressemble à aucun autre.
Le texte contraste justement le nom de «Elohim - Dieu » qui pouvait aussi désigner les « petits dieux païens » avec le nom « Adonaï – L’Eternel, le Seigneur», ce tétragramme, ces 4 lettres imprononçables telles qu’elles sont écrites, pour désigner le nom propre au Dieu de la Révélation qu’il a faite à Israël.
Une succession de questions pour mettre chacun en position d’acteur de sa propre foi, mais dans la dynamique de l’échange avec les autres :
quel écho ces questions ont- elles en moi ? Comment vais-je apporter un élément de réponse à ces questions ? et toi, quelles sont tes réactions, tes commentaires ? Comment te sens-tu rejoint(e) et interpellé(e) par ces questions ? Comment pouvons-nous nous situer ensemble sous le regard de notre Dieu qui nous invite à l’échange ?
En fait, si l’on relit bien la suite du passage, on ne nous dit pas QUI est Dieu, ni COMMENT il est, mais le texte nous présente ses ACTIONS.
Il est le Dieu qui crée, qui parle, qui choisit et libère, qui offre une ligne de conduite par le décalogue, qui prépare et donne une terre.
Pas de définition, mais une énumération de ces actions les plus inattendues de la part d’un Seigneur, au vu du contexte polythéiste de l’époque !
Ce Seigneur se donne à découvrir dans l’émerveillement d’un Dieu inattendu !
Le texte nous fait progresser d’émerveillement en émerveillement, de surprise en surprise, de découverte en découverte, d’étonnement en étonnement!
Pas un dieu de puissance comme les Elohim, les divinités, se revendiquaient sur les vies des humains (ces humains qu’il régentaient par un marchandage) mais un Dieu de Présence auprès de ses enfants !
Un Dieu dont la Présence est permanente auprès de ses enfants, de son peuple, mais pas seulement ! Nous découvrons dans les déploiements de la Révélation que nous distille la Bible que ce Dieu de la Présence n’est pas réservé à un seul peuple dont Il assurerait la survie au détriment des autres qu’il écraserait, pas un Dieu qui en étant avec lui, serait contre les autres, mais un Dieu avec lui, ET pour les autres. Le peuple de la révélation, de l’élection l’a été pour être au service de tous les autres !
Un Dieu avec nous et pour nous aussi, dans ses multiples déploiements – Un Dieu Emmanuel.
Voilà ce que le Christ redit à la fin de l’Evangile de Mt, dans sa formule d’envoi de ses disciples : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » - Ce Dieu ‘avec son peuple’ et ‘pour les autres peuples’, a encore intensifié sa relation avec nous en la présence de son Fils, qui nous met en marche dans la force de l’Esprit.
Il nous pousse vers tous ses enfants et nous demandant de les placer sous ce Nom, à la fois Un et multiple. « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » ( Mt 28 : 19) Un Nom qui est, lui aussi, finalement, imprononçable dans sa réalité globale de Père, Fils et Saint Esprit.
Mais un Nom qui ouvre à une réalité insoupçonnée !
Quand un bébé, un enfant, un jeune, un adulte est baptisé en ce Nom, il est ouvert à cette réalité insoupçonnée d’un Dieu qui n’est que relation – échange - mouvement à l’intérieur de lui-même. Prononcer ce nom nous introduit dans le mouvement, la relation, l’échange entre le Père, le Fils et l’Esprit, qui chacun n’existe que par l’autre ! On ne devient père (ou mère)que parce qu’il y a la présence d’un enfant (avant cela on est juste un adulte, un conjoint ; de même, un enfant ne vient à l’être que parce qu’il y a un ou des parents. C’est parce qu’il y a vis-à-vis qu’il y a rencontre, relation, mouvement ! Dieu n’est devenu Père que grâce au Fils, le Fils n’est devenu Fils que grâce au Père, et le lien qui les unit, qui les tient bien ensemble, c’est l’amour !
Voilà ce que la Trinité veut nous inviter à découvrir et explorer : le Père, le Fils et l’Esprit, unis dans un mouvement de don perpétuel, qui se construisent dans la relation de l’un à l’autre, de l’un par l’autre, de l’un avec l’autre.
Et qui nous invitent à les rejoindre, pour vivre cette réalité avec eux, dans l’intimité d’une relation.
Nous célébrons cette année la 34è journée belgo-malagasy ! Combien de frères et de sœurs dans la foi n’ont-ils pas contribué à faire de nos deux communautés ce qu’elles sont aujourd’hui ? Ils sont incalculables, et nous devons en rendre grâce à Dieu.
Chacun, par son apport propre, a permis à l’Eglise Une de Jésus-Christ de grandir dans la communion qui la caractérise.
Le Dieu de la Présence auprès de Moïse et du peuple d’Israël, et l’Emmanuel ne font qu’Un par l’Esprit ! C’est sous le regard de ce même Dieu que nous sommes assemblés ce matin, bien que nous ayons chacun été mis au bénéfice d’une manifestation différente de ce Dieu dans nos existences. Chacun de nous a eu la possibilité de s’émerveiller, comme Israël, devant les déploiements de l’action de Dieu dans sa vie. Les partageons-nous suffisamment ? Ce dimanche de la Trinité nous y invite, malgré la pandémie !
Nos spécificités de communauté MKMB et Epub Botanique sont à l’image de cette diversité qui est en Dieu et qui nous offre de le découvrir toujours plus profondément.
Notre Seigneur nous résistera toujours, et nous pouvons nous en réjouir.
Il restera ce Dieu complexe et insaisissable, – au-delà des mots et des concepts mais Il est cette porte ouverte sur la merveille d’un Dieu dont on n’aura jamais suffisamment entendu parler, et dont il nous faudra partager les merveilles découvertes dans nos vies.
Alors, entrons dans la joie du mouvement, avec le Père, le Fils dans la force de l’Esprit, et nous serons emportés au-delà de nos espérances.

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 30 mai 2021