Dernière modification par Johan - 2021-05-23 17:22:06

La seconde Pentecôte

Acte 10 1-48

« Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit» (Jn 3 : 8)
Ces mots sont ceux de Jésus à Nicodème dans l’intimité d’une rencontre nocturne, que nous rapporte l’évangéliste Jean.
Tout comme nous ne pouvons mettre le vent en boîte, de même, nous ne pouvons mettre la main sur l’Esprit, lui imposer une place, le définir dans une forme, une expression, le réserver à certaines personnes et en priver d’autres….
L’Esprit – de même que Dieu comme nous le disaient les KTI la semaine dernière – ne peut être instrumentalisé, affecté à un groupe de privilégiés, restreint à une dénomination qui en aurait la primauté ou l’usage attitré, hier comme aujourd’hui.
L’apôtre Pierre, lui un des leaders de la communauté de Jérusalem, en fait l’extraordinaire expérience dans ce récit qui le « balade » de Jaffa à Césarée, le long de la côte de la Samarie.
Nous sommes surpris de ce récit d’une deuxième Pentecôte ! Car c’est effectivement bien de cela qu’il s’agit : le récit d’une seconde Pentecôte qui inaugure une nouvelle étape de l’histoire du salut et bouscule une nouvelle fois le cadre !
Le récit de la première Pentecôte, nous le connaissons bien, en Actes 2 : l’effusion de l’Esprit Saint sur les disciples réunis qui, remplis de cet Esprit, se mettent à parler dans des langues différentes. Luc nous y raconte que tous les pèlerins juifs, issus de la Diaspora, venus en pèlerinage à Jérusalem pour la fête de Chavouoth - celle qui célèbre le don de la Torah à Moïse sur le Sinaï - les entendent parler des merveilles de Dieu dans leur langue maternelle.
On reste là dans le même sérail ! Il y a certes une diversité de peuples (« Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l’Asie, la Phrygie …. » Actes 2 : 9ss), mais on reste encore dans le sérail des juifs, membres du peuple, réunis par une semblable appartenance et venus en pèlerinage à l’occasion de cette Fête si importante pour le peuple.
Ici, nous voilà dans une autre dimension : l’Esprit « échappe » au contrôle des disciples, ce ne sont plus eux qui décident qui peut appartenir à ce nouveau peuple que Dieu s’adjoint pour partenaire ! On quitte le « club » pour s’aventurer dans le vaste monde … quand nous réfléchissions à notre thème de l’année dernière « de Babel à Pentecôte », c’était de cela qu’il était question : laisser Dieu nous entrainer dans le vaste monde qu’il aime et où il souhaite être reconnu comme source de vie.  Notre récit d’Actes 10 s’ajoute donc bien à celui d’Actes 2 ! Il met en avant la souveraine liberté de Dieu qui choisit comment et à qui se révéler, et de quelle manière il souhaite se rendre les coeurs proches – quoi que nous puissions en penser !
Ici, il s’agit de la Pentecôte des païens !
L’Esprit Saint « tombe » littéralement sur Corneille, sa famille et ses proches (v 44).
Ils sont tous des étrangers au peuple juif, même s’ils s’en sont rapprochés par la prière, le partage de la foi monothéiste, et l’observation de certaines prescriptions de la loi de Moïse.
Corneille et sa famille sont appelés des « craignants-Dieu », ils sont des sympathisants de la foi juive, particulièrement engagés, et impliqués. (Ils ne sont pas tenus d’être circoncis, ni de respecter les règles alimentaires de la Cacherout qui définit ce qui est pur et impur, etc).

Mais Luc précise bien le chemin qu’emprunte l’Esprit : les deux personnages principaux qui vont être les acteurs de cette nouvelle étape de l’histoire du salut, les acteurs de cette ouverture, sont clairement présentés comme des hommes de prière, des hommes pieux, des personnes particulièrement disponibles à ce que Dieu est susceptible de leur dire : de Corneille, il nous dit au v2, « qu’il était pieux et avec toute sa maison il craignait Dieu ; il faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait Dieu constamment. …et au v4 «L’ange lui dit : tes prières et tes aumônes sont montées en guise de souvenir devant Dieu » ; de Pierre, Luc nous dit : « Pierre monta sur la terrasse, vers midi, pour prier ». (v 9).
Ces deux hommes sont dans une disposition d’accueil de ce que Dieu est susceptible de leur adresser comme messages. Il y a une correspondance entre le vécu et les dispositions de ces 2 hommes.
Voici donc un premier trait de ce texte pour nous aussi – tellement évident, me direz-vous… pourquoi perdre ton temps à nous le rappeler que la prière et la disponibilité à l’action de l’Esprit sont les carburants pour nos vies ? Evident peut-être … mais pas aussi évident à garder comme dispositions pour nous dans nos vies éreintantes ….
Et pourtant, nous savons combien nous avons besoin de ces visites de l’Esprit pour nous rebooster, regonfler nos vies de vieilles chambres à air, nous remettre debout comme les ossements desséchés dont nous a parlé Lili (Ez 37), et pouvoir le suivre quand il nous emmène en « balade spirituelle »…
Car Pierre, il l’a bien baladé ! Et pas seulement au cours des 60 Km entre Jaffa et Césarée ! C’est surtout intérieurement, spirituellement, que l’Esprit a baladé Pierre avec cette étonnante rencontre !
Quel chemin magnifique lui a t il fait faire … en si peu de temps !
Mais ce ne fut pas facile …vous avez entendu Héruben, dans sa lecture, la Voix qui s’adresse à Pierre doit s’y reprendre à trois reprises, pour faire comprendre à Pierre que ses dégoûts et ses rejets (motivés par les règles alimentaires) sont devenus inadéquats, sont obsolètes, dépassés, maintenant que l’on est entré dans ce temps où l’Esprit conduit l’Eglise - et non plus les prescriptions de la Cacherout !
L’arrivée surprenante des 3 émissaires de Corneille juste après cette vision déroutante est justement l’étape par laquelle Pierre va pouvoir s’approprier cette expérience de la prière « dans la vraie vie » ! La « rencontre vraie » des personnes, des cœurs et des vies va l’aider dans ce cheminement.
Trois hommes surviennent - après les 3 interventions de la Voix auprès de Pierre …
Et c’est au 3è jour de cette aventure que Pierre dira à ses hôtes« Dieu m’a montré qu’il ne faut déclarer impure ou souillée aucune personne » (v 28) et ensuite « En vérité, je le comprends, pour Dieu, il n’y a pas de considération de personnes » … Pierre a eu ce temps du voyage entre Jaffa et Césarée, à peine 60 km, pour avancer intérieurement dans une question aussi fondamentale que la remise en question de ses repères, de ses catégories, de ses « cases » comme l’a si bien dit Lydiane tout à l’heure !
60 petits km … 3 jours pendant lesquels la Voix, l’Esprit, Dieu le travaillaient pour qu’il puisse cheminer au gré de l’ouverture que l’Esprit voulait pour lui et pour l’église naissante.
Dès le début, garder au cœur cette impérieuse nécessité de se laisser guider par un Esprit qui voit plus loin, plus grand, plus profond que nous.
Et dans la « famille des 3 » présents dans ce texte, je demande le verbe « lève-toi », présent également à 3 reprises dans ce récit. TROIS fois l’injonction « lève-toi » qui est adressée tant à Pierre (v 13, v 20) qu’à Corneille (v 26).
TROIS fois ce verbe qui est le même que celui utilisé pour parler de la Résurrection !
La merveille de Pâques poursuit son œuvre à travers ces hommes de prière, qui acceptent de se laisser visiter par l’Esprit !
Ils deviennent des porteurs de ce message, ils en deviennent les transmetteurs : la Voix d’abord (v13) puis l’Esprit ensuite (v20) disent chacun à Pierre « Lève-toi!»; il comprend la vision, il obéit, et il se lève pour accompagner les envoyés de Corneille ; il est associé à cette vie du Christ qui se joue de tous les murs et qui met les gens en marche. Puis, lui-même, Pierre va dire à Corneille « Lève-toi ! » et Corneille devient l’instrument par lequel cette Vie poursuit son œuvre de relèvement, de réconciliation, d’unification des êtres et des groupes aux références différentes.
Pierre et Corneille, deux hommes de prière à l’écoute de l’Esprit, deux relevés, deux témoins par lesquels la résurrection donne à voir ses effets concrètement dans les existences quotidiennes !
La venue de l’Esprit à ce moment ne se fait pas sous le mode de l’effusion comme dans le 1er récit, mais ici l’Esprit leur « tombe carrément dessus » ! Le verbe grec utilisé c’est bien « tomber », et pas doucettement « descendre » comme le disent la plupart des traductions. Ce verbe induit une certaine violence, même, comme une réalité à laquelle il n’est pas possible de résister … l’Esprit leur « tombe dessus » et il n’est pas imaginable de s’y opposer ! Ce serait presque se poser en résistance contre Dieu …

A travers Corneille - maintenant - le « relevé/ressuscité », ce sont sa famille, ses proches, mais surtout les autres chrétiens d’origine juive, qui découvrent que l’Esprit de Dieu est sans frontières et que quiconque le reçoit fait automatiquement partie de la famille de Dieu, quel qu’il soit– la révolution est en marche, pour toutes les catégories !

Lydiane l’a magnifiquement exprimé tout à l’heure : le temps où l’on mettait les gens « dans des cases » est révolu ! Comment pouvons-nous nous obstiner à remettre des barrières et des séparations là où Dieu, en Christ, par son Esprit, n’a eu de cesse de les éliminer et de réunir ses enfants ?
Les jeunes vous l’expriment ce matin : par leur créativité, par les mots de leurs prières, de leurs réflexions, ils nous indiquent vers où marcher, vers ceux qui sont mis dans des cases et qui en souffrent, vers ceux que nous mettons dans des cases et que nous faisons souffrir, vers nous-mêmes qui sommes peut-être mis dans des cases et qui en souffrons.
Le récit de cette deuxième Pentecôte nous ouvre à l’inattendu de l’Esprit qui nous veut nous emmener en balade et nous donner de suivre en confiance les traces qu’il laisse sur nos chemins.
Pierre ne s’y attendait pas, Corneille non plus ! C’est parce qu’ils étaient tous les deux des assidus de la prière qu’ils ont entendu cet appel « Lève-toi » !
Puissions-nous aussi entendre cet appel aujourd’hui, et le transmettre à d’autres autour de nous.
« Ecoute, prie, lève-toi, accepte d’être celui par lequel Dieu fait tomber les murs et fait sortir de leurs cases tous ceux qui en sont prisonniers.
Tu seras acteur du monde multiforme où Dieu a choisi de nous faire grandir»

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 23 mai 2021