Dernière modification par Johan - 2021-03-28 19:48:04

Dimanche des rameaux

Philippiens 2 4-11 ; Marc 11 1-10

Nous touchons au but : Jésus est presque à Jérusalem.
Au cours de 3 années de ministère, il en aura usé des sandales sur les routes de Galilée, de Samarie et de Judée:
il a marché, il a observé et il a vu ;
il a fait des rencontres, il a écouté et parlé ;
il a été ému et il a agi ;
rencontres, enseignements, paraboles, controverses, signes, miracles, guérisons …
que de traces laissées sur toutes ces routes de la rebelle Galilée, de la païenne Décapole, de l’hérétique Samarie, de la chère Judée … auprès de tant d’inconnus dont la vie a été à jamais transformée.
Que de bouleversements dans la vie de celles et ceux qu’il a rencontrés, compris, rejoints ….
Que de bouleversements dans sa propre vie, sa propre foi, sa propre découverte de sa mission …
A présent, Jérusalem est en vue, terme de son voyage. C’est là que va s’accomplir ce pour quoi il est venu. Là, va être manifestée la teneur profonde de sa vie, de sa mission, de ce pour quoi Dieu le Père envoie son Fils. Là, va se révéler le cœur de sa vie : l’abaissement en vue du relèvement de tous.
Et là à nouveau, il va surprendre et être surpris …
L’épisode de l’âne atteste que Jésus se situe bien dans la ligne des annonces du Premier Testament, et notamment des prophètes … rappelons-nous l’annonce de Zacharie au peuple désemparé, dispersé en Diaspora, au 4ès : Eclate de joie, Jérusalem ! Pousse des acclamations, ville de Sion !
Regarde, ton roi vient à toi, juste et victorieux,
Humble et monté sur un âne,
Sur un ânon, le petit d’une ânesse » (Zach 9 :9)
C’était clair depuis des siècles : le libérateur attendu tracera ce chemin de libération non par les armes, ni par la force d’une violence destructrice, mais par la puissance de l’humilité, de la simplicité, du renoncement, par la transformation des cœurs renonçant au rapport de forces.
Voilà ce que représente ce petit âne (sur lequel personne ne s’est jamais assis) : il est profondément signe messianique, et non « animal par défaut »- parce que Jésus n’aurait pas trouvé de cheval, signe de puissance et de victoire.
L’âne est une manifestation de plus de ce que Jésus est venu initier dans notre monde, ce qu’il est venu mettre en œuvre pour enclencher la dynamique nouvelle du Royaume : l’humilité, la simplicité, le service comme voies de réalisation et l’installation du Royaume.
A sa manière, Paul l’exprime dans ce magnifique hymne de Phil 2 : « Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas estimé qu’il devait chercher à se faire de force l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur.. il a accepté de vivre dans l’humilité et s’est montré obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. » (Phil 2 : 6-7)
Voici donc Jésus, accompagné de ses disciples qui jettent leurs vêtements sur l’âne pour que son périple soit plus agréable. Selon le narrateur, « beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin et d’autres des rameaux qu’ils coupèrent dans les champs »(Mc 10 :8)
Volonté de témoigner de l’honneur, du respect pour celui qui arrive, précédé de sa réputation ? probablement … ces vêtements et branchages étaient comme un « tapis rouge » pour honorer « Celui qui vient au nom du Seigneur, Celui qui annonce la venue du Règne qui vient, celui de David » (Mc 10 : 9-10) ….
Mais le malentendu était déjà là : ils honoraient un Messie à leur image, selon leur conception …..
Nous savons tous très bien que cette foule exubérante qui encense « son » messie, sera la même que celle qui, au Vendredi Saint, entrainée par les chefs religieux, vocifèrera devant Pilate « Crucifie-le ! ».
Ne la jugeons pas trop vite … Vendredi soir, pendant le partage au GMN (groupe de maison nord), quelqu’un disait que nous avions plus de choses à nous reprocher à nous, qu’à eux, parce que nous nous savons … et que nous n’embrayons toujours pas le pas.
La foule des Rameaux n’a pas saisi, n’a pas compris, elle a retourné sa veste, en foule versatile qu’elle était.
Mais nous, nous savons, disait cette participante… et nous ne sommes souvent pas plus glorieux dans notre obéissance, dans notre façon de suivre le Christ sur le chemin de l’abaissement, du service, du renoncement au pouvoir, ce à quoi Paul nous invite dans son épître.
Revenons un moment sur la manière dont les gens présents voulaient témoigner leur respect à Jésus : ils déposent devant lui, sur son chemin leurs vêtements . Que pouvons-nous en comprendre ?
Dans la Bible, le vêtement est investi de plusieurs fonctions :
* le vêtement couvre la nudité, par pudeur : rappelons-nous Adam et Eve qui, après avoir désobéi et enfreint la limite en mangeant le fruit, se protègent du regard de Dieu et se cachent dans le jardin « car ils ont honte » ; avant ce franchissement de l’interdit, ils vivaient dans la confiance de la relation et exposaient leur nudité, leur intimité sans crainte.
A présent qu’ils ont honte, ils se sont faits des ceintures de feuilles de figuier pour voiler leur intimité. Dieu, alors, leur donne des vêtements de peaux … Dans l’Ancien Testament, la métaphore du vêtement et de la nudité est employée chez les prophètes pour désigner l’évolution de la relation d’Israël à Yahvé.
L’état du vêtement symbolise la situation spirituelle des hommes, la rupture de l’homme avec Dieu, attendant « le vêtement du salut » dont l’homme doit être revêtu, symbole de la grâce retrouvée, espérance de gloire. (Il y a 15 jours, lors des baptêmes d’Henri et de Haron, nous entendions Paul nous inviter à revêtir le Christ, vêtement du salut.)
* Le vêtement sert de protection aussi : il fait office de couverture pour le pauvre qui s’y enroule pour la nuit : il protège des aléas du climat. Il est d’ailleurs interdit de retenir le manteau d’un pauvre au-delà de la fin de journée. Le manteau est signe de protection.
* Le vêtement est- par de-là la nécessité matérielle pour la personne- la première manifestation de son identité, il est la marque de son indépendance et de sa dignité : le vêtement d’un patriarche ne sera pas le même que celui d’un esclave. (Pensons à la fameuse tunique de Joseph)
Le vêtement est tellement chargé de symbolisme que, si on le perd, il exprime la perte de liberté, et parfois la négation de sa propre identité.

En voyant donc tous ces gens déposer leurs vêtements devant Jésus sur le chemin,
nous pourrions nous voir nous-mêmes à leur place, et nous pouvons y voir un profond sens spirituel : nous pourrions voir dans ce geste le signe de cette remise de nos vies entre ses mains à lui :
* En déposant nos vêtements, nous déposerions devant lui l’état de notre vie spirituelle, notre situation de rupture avec Dieu, le manque de confiance que nous avons en nous-mêmes et notre besoin de Lui pour venir nous libérer de ce qui oppresse.
* Parallèlement, nous pourrions aussi par ce geste déposer devant lui nos sécurités, ce que nous considérons être notre assurance, nous défaire de ce dont nous nous parons, nous nous entourons pour nous assurer nous-mêmes notre protection (les sécurités que nous élaborons au lieu de nous en remettre à lui en confiance, pour le laisser nous mener sur les chemins de l’intimité qui construit l’intériorité).
* Finalement, en déposant nos vêtements devant lui, nous renoncerions à « vouloir être » et « briller » par nous-mêmes pour accepter de paraître devant lui, tels que nous sommes, sans artifices, sans fards, sans illusion de ce que nous pensons être ou ce que nous méritons au vu de nos qualités, de ce que nous accomplissons…
Ces vêtements parlent de nous, de qui nous sommes, de ce que nous sommes appelés à être ; ils nous disent comment grandir dans le sillage de Celui que nous voulons honorer.
Comme le disent ces textes de Marc et de Phil 2, c’est le chemin de la confiance, de la simplicité, de l’humilité, de l’abaissement volontaire dans l’obéissance qui sont les voies pour vivre notre état de disciples, de serviteurs du Maître.
Ne blâmons pas cette foule du jour des Rameaux, pour la versatilité qui sera la sienne 5 jours plus tard … Nous ne savons pas comment nous aurions nous-mêmes réagi de voir nos fantasmes de puissance réduits à néant …
Inspirons-nous plutôt de ses gestes de déférence et de confiance envers le Christ pour diriger nos propres vies vers le service, l’abaissement, le soin au plus petit, dans la simplicité et la bienveillance.
Ce sera notre manière de témoigner que le chemin de Vendredi Saint à Pâques est la voie vers la Vie.

Que ce geste de la foule nous inspire et nous conduise pendant cette Semaine Sainte qui s’ouvre devant nous.

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 28 mars 2021