Dernière modification par Johan - 2021-03-14 10:12:11

Baptême de Henry et Haron Domche

Galates 3 26-29 ; Jean 3 14-21

Le 1er confinement débutait il y a un an – triste anniversaire !
Nous avons été secoués, et nous avons essayé de faire face.
A la mi-juin, nous avons rouvert les portes et tenté de redémarrer une vie communautaire .. ce fut en mode mineur, les appréhensions étant fortes, face à la maladie, à l’inconnu, à la mort aussi. Bien des choses ont été annulées.
La deuxième vague est arrivée, et juste avant de devoir subir le second confinement et de refermer les portes, nous avons pu - au dimanche de la Réformation- célébrer un baptême, celui de Clarisse !
Aujourd’hui, en ce dimanche du Laetare, nous en célébrons deux autres : signe que nous voulons envers et contre tout compter sur la Grâce de notre Dieu qui marque nos vies et expérimenter la JOIE qu’elle nous donne.
Cette joie est celle d’appartenir au Christ, de trouver en Lui la source de notre vraie vie. Elle n’est pas exubérance extérieure, elle n’est pas mouvement de jovialité - quoiqu’elle puisse être aussi cela, mais elle est bien plus que cela.
Nous aurions tous aimé, en ce jour de baptême, dimanche du Laetare, pouvoir entendre ce matin nos chorales qui nous réjouissent habituellement le cœur et qui expriment, par le chant, la profondeur de ce qui nous anime et nous fait vivre.
Mais non, pas de Chorale des jeunes qui nous fait danser au son du Djembé, pas de Chorale « Cantate Domino » qui nous réchauffe le cœur, nous rappelle nos racines, notre histoire … et notre avenir en Dieu.
Pas de célébration de la Cène non plus tout à l’heure, pour partager ensemble ce pain et ce vin qui réactualisent le don que le Christ nous a fait de sa vie. (Cela aurait été dans la continuité de ce que nous venons de recevoir par le baptême) Vous l’aurez remarqué : depuis le début de nos cultes par zoom, dimanche après dimanche, le plat et les coupes de la Sainte Cène sont présents sur la table sainte, rappels de notre besoin de la présence du Christ envers et contre tout, mais un plat et des coupes vides, désespérément vides, pour symboliser ce jeûne eucharistique auquel la pandémie nous contraint.
Un jeûne de 20 semaines à présent – je les compte : 20 semaines sans pouvoir élever le plat et la coupe en action de grâces pour le don que le Christ a fait de sa vie à son Église, 20 semaines sans pouvoir faire circuler le pain et le vin entre nous, sans pouvoir se regarder communier, et prier ensemble pour que cette communion nous rapproche toujours plus les uns des autres.
20 semaines … comment les avons-nous vécues ? douloureusement ? …. Ou pas …
Ceci peut nous interroger sur notre rapport à la communauté, au groupe, à l’Église corps du Christ.
Le Consistoire a fait ce choix de ne pas célébrer la cène à distance, comme d’autres communautés le font. Le Consistoire attend ce moment béni où nous pourrons à nouveau la célébrer tous ensemble présents ici.
Pourquoi ? pour garder intacte cette faim de l’autre avec lequel je communie, et faim de l’Autre qui me partage Sa Vie.
Pour nous rappeler que c’est bien dans ce repas - qui nous rappelle la mort et la résurrection du Christ - que s’exprime la réalité de notre « être en Christ », du corps du Christ qu’est l’Église. On ne communie pas seulement chacun pour soi, pour son propre besoin. Nous communions ENSEMBLE comme membres du corps du Christ, membres que nous sommes devenus par le baptême.
Le jeûne eucharistique auquel nous sommes contraints nous invite à repenser à ce que nous sommes, individuellement et communautairement … surtout en ce jour de baptême.

Paul le rappelle clairement ds le passage de Gal 3 : 26-27 : « Vous êtes tous fils (filles) de Dieu par la foi en Christ Jésus : vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. »
Dans ce passage, assez difficile de son épître, où il traite de la question de la foi et de la loi, Paul rappelle l’élément fondamental du don de l’identité. « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Christ Jésus » 
Le baptême est la marque d’une nouvelle identité : aux premiers temps, le baptisé retirait ses anciens vêtements, plongeait dans l’eau pour recevoir le baptême, en ressortait lavé et revêtait une nouvelle tunique blanche, signe de sa nouvelle identité. Cela matérialisait cette image de Paul que le baptisé revêt Christ, comme un nouveau vêtement, qui atteste de sa nouvelle appartenance ;
« Vous avez revêtu Christ », vous quittez votre ancien vêtement, la marque de votre ancienne loyauté (sous-entendu, ici, celle à la Loi) pour endosser la tunique nouvelle de la nouvelle vie, sous le signe de la grâce.
Le baptisé se libère des contraintes liées à son ancienne appartenance, pour entrer dans la sphère de la grâce, de la joie, de la Vie promise en abondance. C’est un nouveau départ …

Il est une période de la vie où le vêtement est important pour le jeune, ou le jeune adulte : le style, la couleur, la marque sont recherchés comme signes d’identification au groupe, d’appartenance au club des pairs – et l’on sait tous combien il est douloureux de ne pas se sentir accepté, intégré, accueilli au sein d’un groupe car on n’en possède pas les codes, ou les critères d’accès. Si l’on n’affiche pas le bon style, la bonne marque, ou si l’on n’utilise pas le « bon sésame », alors l’intégration n’est pas possible et l’on reste « à la marge »…
Ces vêtements-là sont ceux qui cataloguent, qui rangent, qui classent, qui ordonnent le groupe, qui « qualifient » en renvoyant à une norme qui n’a pour fonction que d’exclure, de marquer la séparation entre ceux qui peuvent appartenir au groupe et ceux qui ne le peuvent pas.

Voilà ce dont parlait Paul précédemment : un vêtement – La LOI – qualifie en autorisant ou refusant l’entrée dans le groupe en fonction de l’identité (membre ou pas du peuple d’Israël), du sexe, de la classe sociale (esclave ou maître), de la fidélité à la casuistique, de l’obéissance à des pratiques.
Mais désormais, EN CHRIST, par ce baptême qui fait participer à la mort et à la résurrection du Christ, le nouveau vêtement reçu libère de ces contraintes et de ces catégories ; non pas qu’elles n’existent plus : il y a toujours des hommes et des femmes (Dieu merci !), il y a toujours des croyants et des incroyants, il y a toujours des classes sociales, mais ces catégories ne sont plus déterminantes de la valeur de l’être en lui-même ! Ces distinctions n’ont plus la possibilité de définir qui est digne et qui est indigne de paraître devant Dieu – tous ont la même légitimité, la même valeur, les mêmes droits et les mêmes « devoirs » car tous, par le baptême, par le regard de grâce que Dieu pose sur chacun, sont UN EN CHRIST.
Tous ont revêtu le même vêtement, celui de l’amour de Dieu.

Ce vêtement n’est pas un uniforme contraignant, mais est le vêtement où l’on se sent à l’aise, où l’on peut être profondément soi-même selon de désir de Dieu.
« Être soi-même » ne signifie pas se comporter comme soi-même on le souhaite en lâchant la bride à tous ses propres instincts, en rejetant toute contrainte et en vivant n’importe comment … « Être soi-même » c’est accueillir, accepter et investir l’identité que Dieu nous donne par notre baptême et notre entrée dans sa famille et en vivre les déploiements multiples dans le quotidien.
Revêtir Christ préserve l’identité en dépouillant les caractéristiques classiques (âge, sexe, nationalité, statut social, culture, etc) de leur pouvoir de contrainte ou de valorisation.
Revêtir Christ, c’est se « draper dans sa dignité nouvelle » ! Pour Paul, ce n’est pas une identité figée, mais qui est en mouvement, dans le sillage de cet Abraham, le père de tous les croyants, qui partit sans savoir où il allait !
Revêtir Christ, c’est adopter aussi ses attitudes, ses paroles, ses regards, ses gestes d’accueil, de libération et de restauration de l’autre que je rencontre.

Revêtir Christ, c’est donc recevoir une nouvelle identité personnelle, mais aussi une identité communautaire !
Le baptême nous octroie ce nouveau vêtement comme la marque de la nouvelle famille à laquelle nous appartenons d’office.
Le baptisé quitte la solitude du croyant pour intégrer la communion de la famille à laquelle il appartient désormais. Une famille placée sous le signe de la promesse faite à Abraham déclare Paul : « Si vous êtes à Christ, alors vous êtes la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse » (v 29)
Paul nous remet les cartes en main : « si vous êtes à Christ » : à nous de décider comment nous sommes à lui, et comment nous prenons soin de ce vêtement reçu.
Depuis le début de son passage, Paul pense à ce qui unit – la FOI, contre ce qui divise – la LOI, mais par-delà ce qui unit, il vise surtout ce qui unit à Christ !
La promesse est donnée pour que nous soyons unis à Christ – comment allons-nous la vivre ? Elle n’est plus à attendre : elle est là, donnée.

Henry, Haron, vous avez revêtu le Christ.
Vous tous, membres de la Communauté, lors de votre baptême, vous avez revêtu le Christ. Nous sommes donc tous UN en Christ.
Nos différences ne sont pas gommées, elles subsistent bien heureusement, et je prie de tout mon cœur que cette communauté n’ait pas perdu cette caractéristique pendant les deux confinements : que nos spécificités, notre diversité théologique, spirituelle, culturelle, signes de nos identités personnelles diverses, riches et complémentaires, n’enferment personne dans une contrainte mais soit l’expression de la richesse de la Promesse que Dieu a faite à Abraham. Nous sommes appelés à manifester que ce vêtement nous renouvelle personnellement mais aussi communautairement. Appelés à manifester que la Joie que le Christ nous offre, en ce jour, est inscrite au fond de nous et n’attend qu’à être partagée. Laetare !

Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 14 mars 2021