Dernière modification par Johan - 2020-12-25 17:21:16

Gabriel et Cie

Luc 2 1-20

Dimanche dernier, nous avons quitté Marie alors qu’elle venait de recevoir la Parole de Gabriel selon laquelle elle allait concevoir et enfanter un fils qui serait le Fils du Très Haut. « Le Saint Esprit viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi, le saint enfant qui naitra sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1 :35)

Nous la retrouvons ce matin, et 9 mois se sont écoulés : elle est sur le point de mettre au monde cet enfant.
9 mois pendant lesquels elle a laissé cette Parole entendue pénétrer les recoins de son existence, visiter des lieux inconnus d’elle-même, et laissé féconder sa vie,
9 mois pendant lesquels elle a accueilli le fruit de cette puissance et de cette ombre de Dieu sur elle,
9 mois de maturation pour que la proclamation de « la grâce pour elle » puisse germer en elle,
9 mois pour que la Parole de vie puisse prendre réellement corps en elle,
9 mois pour que se développe en elle le corps et les sens de Celui qui ne quittera jamais plus notre condition humaine.
9 mois aussi à s’interroger sur ce que deviendra sa vie, la sienne mais aussi celle de celui à qui un destin hors du commun est annoncé.
Et la voilà sur le point d’accoucher – comme toute future mère, elle est très certainement partagée entre excitation, joie, bonheur et appréhension, inquiétude, incertitude .. comment cela va-t’il se passer ?
9 mois de gestation et enfin mettre au monde, donner au monde, offrir Celui qui transformera à jamais l’horizon de la Vie.

Pour nous cela ne fait que 5 jours que nous avons entendu cette proclamation, cette annonciation de Gabriel à Marie, des mots qui sont tout autant, pour chacun de nous, proclamation, annonciation de ce projet de Dieu: nous aussi, Dieu nous a couverts de son ombre et de sa puissance pour faire naître le Christ en nous, en ce temps de Noël…
Bon, je me dis que 5 jours c’est peut-être un peu court pour que cette Parole ait pu faire son chemin en nous de la même manière.
Mais, me direz-vous peut-être, au contraire, cela fait bien plus de 9 mois que, pour la première fois, nous avons entendu cette Parole de Dieu, depuis ce jour où nous avons répondu « OUI » au « Oui » de Dieu sur nos vies.
Pour beaucoup d’entre nous, cela fait probablement plus de 9 mois que nous avons été, comme Marie, saisis dans le cours de notre vie pour accueillir la puissance de Dieu et lui donner corps en nos vies.
Ce Noël peut alors être vécu à neuf - comme cette joie qui nous étreint à chaque anniversaire, lorsque nous fêtons le souvenir de la naissance, et nous remémorons les événements qui ont marqué le chemin.
Une Parole qui continue à faire son chemin pour prendre corps à travers nous.

Et entre-temps, qu’est devenu celui qui apportait cette bonne nouvelle, l’ange Gabriel ?
Dans son livre « la Nativité », Julie Vivas nous l’a rendu tellement proche et sympathique avec ses cheveux rouges en pétard, ses ailes couleurs pastel écorchées, abîmées par sa mission, et ses gros godillots signe d’un job éprouvant …
Si vous avez déjà regardé la capsule vidéo de ce jour, dans notre calendrier de l’Avent virtuel, vous aurez remarqué que Julie Vivas garde Gabriel proche de Joseph et Marie, tout au long de leur périple : au moment où ils reçoivent la visite des mages, quand ils se préparent à repartir pour la suite de leur périple, Gabriel reste à leurs côtés comme porteur de cette parole de Dieu sur leur vie.
(Puissance de l’illustration graphique qui en dit souvent plus, et bien mieux, que ne peuvent le faire les prédications ou exposés théologiques)

Mais par la Bible ne nous ne savons plus rien de Gabriel. Il est reparti….
Son nom ne sera plus mentionné dans la suite de l’Evangile.
Peut-être est-ce lui qui revient, au v 9 de ce chap 2 de Luc, auprès des bergers occupés à garder leurs troupeaux dans la région ?
En tout cas, quel que soit le nom de l’ange, nous entendons à nouveau résonner cette parole « N’ayez pas peur », comme celle qui avait déjà été adressée à Zacharie, lorsque Gabriel lui apparut dans le Temple et qu’il lui annonçait la naissance de Jean-Baptiste.
La même phrase « N’ayez pas peur» que celle dite à Marie au moment de l’Annonciation.
Ici, à l’écart des lieux fréquentés, dans la campagne, la parole de l’ange vient convoyer jusqu’à ces auditeurs improbables que sont les bergers, cette proclamation de la Bonne Nouvelle.

S’il n’y avait pas eu l’intervention de l’ange, les bergers n’auraient rien su de ce qui s’était passé à Bethléem. Cet événement n’aurait pas été partagé aux moins que rien que sont ces bergers – les anges sont les premiers à faire sortir la bonne nouvelle de la ville et la faire résonner dans des endroits improbables … là où rien ne prédestinait cette parole d’être entendue – « Hors du cadre ! » - les anges font sortir du cadre – obligent à aller voir là où l’on n’en a pas envie !
…. Zacharie n’a pas choisi de se retrouver muet pendant toute la grossesse d’Elizabeth, événement tout à fait inattendu !
… Ce n’était manifestement pas dans les plans de Marie de se retrouver mère si jeune … et de devoir renoncer à son Fils pour qu’il soit donné aux autres …
… Les bergers n’auraient jamais pensé, au vu de la considération que les gens leur témoignaient d’ordinaire, qu’ils seraient destinataires d’une telle nouvelle et qu’ils hériteraient aussi d’une telle mission. … Les anges sont des messagers de l’inattendu et de l’inconfortable, n’en déplaise aux images d’épinal qui nous les représentent bien sages, bien coiffés, aux tuniques immaculées, et aux ailes bien peignées…
Depuis le début de cet évangile de Luc, nous réalisons que les anges sont des empêcheurs de tourner en rond !
Mais ce sont ceux qui rendent véritablement Dieu présent là où on ne l’attend pas.
Les anges sont bien ceux qui permettent à cette gloire de Dieu, à cette présence de Dieu de se frayer un chemin là où on ne l’attend pas …
La Gloire, c’est la présence de Dieu, c’est son poids, c’est l’importance que Dieu prend dans une vie ou dans une situation …
Avez-vous remarqué que, selon Luc, la gloire de Dieu ne surgit pas dans l’étable auprès de Marie et de Joseph, mais lors de la proclamation de la bonne nouvelle à l’écart ? Dès sa naissance, Jésus, le Christ, Parole de Dieu (Logos dira l’évangéliste Jean) est déjà là où on ne l’attend pas !
C’est donc dans l’advenue d’une Parole inattendue, qui fait sortir du cadre, que la présence de Dieu se manifeste !
Les anges sont les messagers de cette Parole et de cette présence de Dieu là où elles ne sont pas attendues.
Inévitablement, la présence des anges, et la Parole qu’ils transmettent génèrent de la crainte, nous l’avons déjà entendu avec Zacharie, Marie, …
et nous le verrons encore au tombeau ouvert, le jour de Pâques : là aussi, la crainte a saisi les femmes – mais là aussi, les anges vont réorienter les cœurs vers la vie et non vers la peur destructrice ! ;-)
Là aussi, au jour de Pâques, résonne une bonne nouvelle qui n’est pas enfermée dans un lieu dédicacé : ce ne sera ni le Temple, ni la crèche. Ce sera dans un jardin auprès d’un tombeau ouvert, et elle sera le signe d’une joie disponible et accessible à tous.

Dans la nuit de Noël, les anges proclament la bonne nouvelle pour les bergers et pour tout le peuple !
Ce ne sont pas les autorités, les autorisés, les grands, les chefs, les détenteurs du savoir et du pouvoir qui entendent cela ou voient de leurs yeux cette gloire, cette ampleur, ce poids de la présence de Dieu au milieu d’eux.
Probablement qu’ils n’y a pas assez de place en eux pour accueillir cette nouveauté…
Là où Marie « la petite trop jeune », là où Elisabeth « la stérile », là où Zacharie « le trop vieux », là où les bergers « les mal considérés» sont capables dans leurs fragilités, leurs manques, dans leurs pauvretés, de laisser de l’espace pour accueillir ce Dieu inattendu, probablement que « les autres » sont trop pleins d’eux-mêmes pour pouvoir laisser un espace libre à une parole qui va les sortir de leur cadre ….
Trop pleins d’eux-mêmes, de leurs fonctions, de leurs responsabilités, de leurs occupations pour se laisser atteindre par la parole d’un ange que Dieu met sur leur chemin.

Et qui sommes-nous ?
Sommes-nous Zacharie, Elisabeth, Marie, l’un ou l’autre des bergers – c’est à dire conscients, au clair sur nos manques, nos fragilités, nos incapacités ?
Sommes-nous un prêtre, un lévite, un pharisien – trop plein de nous-même, de nos mérites, de nos traditions, de nos savoirs, de nos certitudes, de ce que l’autre doit penser, prier, dire et recevoir ?
Quelle place laissons-nous aux paroles des anges que Dieu nous envoie ?

Dieu place sur le chemin de nos vies ces « anges », ces messagers pour nous apporter une parole qui dérange, qui déroute, qui nous oblige à sortir du cadre. Mais cette parole étant porteuse de la Gloire de Dieu, de sa présence, de son action en nos vies, cette parole est aussi une parole apaisante, une parole qui ouvre à la joie, et qui permet de regarder l’avenir avec confiance.

Je sais que nous avons dans notre propre communauté plusieurs de ces anges qui oeuvrent dans la discrétion, au service des moins favorisés, aux côtés de ceux qui restent des invisibles de notre société.
Je sais que nous avons parmi nous de ces Gabriel et autres personnages rayonnant de la présence de Dieu, qui le rendent présent dans les solitudes, les découragements, les abandons.
Je sais que nous avons parmi nous ces frères et des sœurs que nous pourrions nommer Gabriel pour les remercier de nous rejoindre et de déclarer à notre coeur « Sois sans crainte, je t’annonce la bonne nouvelle d’une grande joie pour toi et pour ce monde : aujourd’hui il t’est né un Sauveur »
Puissions-nous être comme Marie et accueillir cette parole de vie et la laisser prendre forme en nos corps et nos cœurs.
Puissions-nous aussi être l’un de ces anges pour celui ou celle vers qui Dieu nous enverra porter sa présence et sa force.
Puissions-nous aussi, en ces temps si difficiles, rassurer les cœurs, comme au jour de Pâques et déclarer : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » Aujourd’hui, il naît de nos vies, pour nos proches et notre monde.
Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 25 décembre 2020