Dernière modification par Johan - 2020-12-13 13:41:47

“Il se tient au milieu de vous celui que vous ne connaissez pas”

Ésaïe 61, 1-11 ; Jean 1, 6-8 et 19-29

Pour ce 3e dimanche de l’Avent, nous retrouvons à nouveau Jean-Baptiste, cette fois dans l’Ev de Jn. Mais ce n’est pas tant sur Jean-Baptiste que l’évangéliste veut attirer notre attention, que sur Celui que Jn Baptiste donne à voir.
Nous pourrions appeler ce dimanche celui de « Jean-Baptiste, le Photophore – Celui qui porte, fait voir la Lumière ». En ces journées sombres de décembre, nous sommes nombreux à rajouter de la lumière dans nos intérieurs avec ces petits objets de décoration, qui donnent à voir la lumière de multiples manières – rappelez-vous la capsule vidéo que Marie nous a offerte le samedi 5 décembre : elle débutait son conte, avec ces différents photophores et lanternes qui donnaient à voir la Lumière brillant dans l’obscurité, une lumière projetant formes et couleurs diverses, à travers ces bougeoirs « mini-vitraux », et ces petites lanternes, porteuses de lumière!
Oui, ce dimanche, Jean-Baptiste est comme un photophore : il est celui qui vient mettre en évidence la lumière, et la faire briller là où on ne l’attend pas. C’est ainsi qu’il vient « rendre témoignage » à la lumière, à travers les contours de sa vie. A 4 reprises, dans le passage de l’Evangile de ce jour, nous trouvons ce mot « témoignage » : vv 7 et 8 : « Jean vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. Il n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la lumière», puis au v 19 « Voici le témoignage de Jean …» Témoignage : le mot grec « Marturia » a donné le mot « témoignage, » mais aussi « martyr », celui qui dépose sa vie par fidélité à une personne, une cause ou des valeurs – et l’on sait que cela sera aussi le sort de Jean. Jean nous est donc présenté en plein dans sa mission, celle d’annoncer, de faire connaître, et de donner à voir cette Lumière qui est Vie pour chacun (Jn 1 : 4-5). Or, il se trouve dans un endroit inattendu : il n’est pas à Jérusalem, il n’est pas en Judée, il est au-delà du Jourdain, en terre païenne, et c’est là que des prêtres et des lévites, envoyés de Jérusalem par « les Juifs »1 osent venir l’interroger. Vous le savez, Jean-Baptiste est le fils de Zacharie, prêtre à Jérusalem ; donc sa place à lui, Jean-Baptiste, serait aussi d’être dans le Temple de Jérusalem, et d’offrir des sacrifices comme son père (puisque la fonction de prêtre était héréditaire). Jean Baptiste, aurait dû se trouver « bien à sa place » dans le Temple et ses alentours, occupé à remplir ses fonctions sacerdotales …. Or, il se trouve en terre païenne, en train de baptiser … Anachronique, inattendu, quelque peu franc-tireur ce Jean …. Serait-il le Messie attendu ? Alors les émissaires le bombardent de questions même : « Qui es-tu ? »(v19), « Es-tu Elie ? Es-tu le prophète ? (v21) », « Qui es-tu ? Que dis-tu de toi-même ? » (v22), « Pourquoi baptises-tu ? »(v25) (6 questions en 6 versets) Envoyés par leur hiérarchie, par « l’Autorité », les prêtres et les lévites cherchent des réponses qui cadrent avec leur univers de référence : ils essaient de trouver à quelle catégorie ils peuvent rattacher ce personnage si surprenant du Baptiste. Ils essaient de le faire rentrer dans une case, dans un tiroir qui soit compatible avec leur système : l’attente du Messie en Israël s’organisait en effet en lien avec les personnages d’Elie et des prophètes, des figures bien connues qui étaient reconnues comme des précurseurs de Celui qui viendrait délivrer le peuple. Mais ce prêtre, fils de prêtre, qui vit à l’écart des structures et commence à attirer l’attention devient dangereux … il faut en avoir le cœur net et le faire rentrer dans le rang. « Pour que tout soit comme avant ! » … Voici déjà esquissée, ici, l’opposition qui réapparaîtra dans tout l’évangile de Jean, entre le temple et le désert, le prêtre et le prophète, le rituel codifié du sacrifice et la repentance du cœur. Jean veut les attirer ailleurs, Jean veut nous attirer ailleurs …

Cette cascade de questions est un peu oppressante, car elle force à donner des réponses ; les émissaires cherchent à tout prix à identifier clairement celui qui les déroute : « toi, qui es-tu ? Es-tu Elie, le prophète, que dis-tu de toi-même ? » Directement Jean, le photophore, redirige l’attention ailleurs: il n’est pas celui qu’ils essaient d’identifier en le rattachant à du connu, prévu, attendu … Il va falloir qu’ils cherchent ailleurs … JB s’identifie juste à une prophétie d’Esaïe « Je suis la voix qui crie », de manière à garder un peu d’attention, à ne pas être trop vite disqualifié dans l’esprit des émissaires. Or, ceci à peine déclaré, ils se relancent dans une nouvelle question, animés surtout d’un besoin de réponses « rationnelles et acceptables » : « pourquoi donc baptises-tu si tu n’es pas le Christ, ni Elie, ni les prophète ? » (v 25) sous-entendu, « tu n’as pas la légitimité pour faire ce que tu fais » … encore le rapport au permis et au défendu … Ces envoyés restent prisonniers de leur recherche de réponses claires, précises, organisées, alors que Jean les ouvre à un questionnement et à une recherche qui n’est jamais épuisée : « Au milieu de vous, se tient celui que vous ne connaissez pas » (v 26) Voilà le but de son témoignage, ce pour quoi il est « photophore » : « Au milieu de vous, se tient celui que vous ne connaissez pas » ! N’essayez pas de l’enfermer à Jérusalem, dans le Temple et ses rituels, dans un cadre rigide et sécurisant, IL EST AILLEURS … AU MILIEU DE VOUS !  Il n’est pas dans un système, dans une logique, dans une tradition à préserver. Il est « au milieu de vous », dans ce qui vous est familier, mais que vous ne remarquez pas, que vous ne remarquez plus. Cherchez parmi la foule qui vous entoure celui qui est ce Messie envoyé. Ouvrez les yeux sur vos proches et les inconnus qui vous entourent et c’est là que vous le trouverez. Vous ne le connaissez pas, mais lui vous connaît. Il vous est peut-être pour l’instant invisible, mais pour lui, vous vous êtes visible à ses yeux et à son cœur. Vous ne le connaissez pas, vous n’avez pas encore cette intimité du cœur avec Celui qui vous révèle et vous apporte la lumière du Père, mais lui vous connaît.

JB redirige les cœurs vers « le désert », puisqu’il est la voix qui crie comme Esaïe « Au désert, préparez le chemin du Seigneur ». Puisque ces envoyés sont venus de Jérusalem jusqu’en terre païenne pour découvrir qui est ce JB, ils sont déjà bien en chemin pour continuer à chercher « au désert » celui qu’ils ne connaissent pas. 

Dans l’intimité de la rencontre, dans le cœur à cœur authentique, demander au Père qu’il nous ouvre les yeux sur « Celui que nous ne connaissons pas », celui que nous ne connaîtrons jamais totalement mais qui allume en nous cette flamme pour le chercher, pour ne pas rester cloîtrés dans les murs de notre vie, de notre horizon, de notre environnement. Se mettre en quête de ce Dieu incognito, qui accepte cependant d’être rencontré dans les réalités de chaque jour. Le Messie attendu est à la fois Dieu et homme, éternel et incarné, présent depuis la nuit des temps mais toujours neuf dans les rencontres que je fais. « Au milieu de vous, se tient celui que vous ne connaissez pas » : même la foi la plus ancienne, la plus solide, riche, nourrie et nourrissante, se heurte à cet inconnaissable de Dieu en JC. St Augustin disait « Si tu crois le comprendre, c’est que ce n’est pas lui ». Le Christ est toujours au-delà de ce que l’on pense connaître de lui et comprendre : il reste l’impossible à saisir, Dieu et homme, Maître et serviteur, Logos préexistant et prisonnier humilié sur la croix. Mais bien qu’impossible à saisir, il se donne à voir, à rencontrer, à aimer, pour que nous nous trouvions nous-même. Car n’est-ce pas là le but de sa venue ? Dieu venu en chair humaine pour que nous soyons sauvés et incorporés à sa communion ?

Il est intéressant de réaliser que le calendrier liturgique « couple » avec notre texte d’évangile de ce matin le texte d’Es 61 (1-11) relatif au Messager du Salut qui vient à la rencontre des humiliés, des cœurs brisés, des prisonniers, des endeuillés, … pour les relever, les mettre au large et leur donner du repos. Ces catégories de personnes sont les mêmes que celles que nous rencontrons dans le texte des Béatitudes (Mt et Lc), ces hommes et ces femmes concernés par le bonheur offert en Dieu. Le Messie, le Messager du Salut, qui est parmi nous et que nous ne connaissons pas, est présent dans ces personnes-là (les humiliés, les cœurs brisés, les détenus, les endeuillés, etc) … c’est à dire en nous aussi : nous avons tous quelque chose de l’humilié, du pauvre, du cœur brisé, de l’endeuillé, de celui qui se sent ou se retrouve prisonnier de quelque chose, de quelqu’addiction que ce soit. Nous sommes toutes et tous présents dans l’une de ces catégories, nous sommes tous pour notre part celles et ceux à qui le Messager du salut est envoyé, pour nous faire du bien de la part de Dieu. Nous sommes toutes et tous celles et ceux dans lesquels le Christ se donne à voir. Mais aussi toute personne que nous rencontrons est pour nous ce Christ qui se tient au milieu de nous et que nous ne connaissons pas. Dieu prend plaisir à brouiller les pistes ! Ce qui nous oblige à chercher, à ouvrir les yeux, à questionner notre compréhension du monde, des autres, à reconsidérer les frontières que nous avons érigées, à aller explorer même en terre païenne, au-delà de nos Jourdain, pour rencontrer Celui que nous ne connaissons pas.

Il est en nous – opportunité d’approfondir notre relation au Père, Il est dans le frère ou la sœur qui m’est donné à découvrir, Il est dans l’inconnu que je croise et qui me demande mon assistance dans sa détresse du moment,

Quelle belle mission que celle de Jean-Baptiste : être le photophore qui aide à découvrir le Christ, inconnu, au milieu de son peuple. Nous aussi, soyons photophores, laissons la lumière briller à travers les contours, les couleurs de nos vies et gardons aiguisé notre regard pour continuer à chercher le Christ inconnu, en nous et au milieu de nous. Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 13 décembre 2020