Dernière modification par Johan - 2020-09-22 09:10:27

Heureux ! En marche !

Psaume 84 ; Matthieu 5, 1-12

« Heureux ! En marche vers l’espérance »  Ce titre, le consistoire l’a choisi pour être le fil rouge des activités de notre année, le fil rouge de nos réflexions, l’élément commun aux différents groupes de la communauté qui se rassemblent, là où les participants échangent, partagent, s’édifient mutuellement, ceci depuis le groupe des enfants du CDE jusqu’à nos cultes, en passant par les midis de la Bible, les animations des jeunes au Delta, les groupes de maison, etc. Un titre « volontairement provocateur en cette période d’incertitude », écrivais-je dans l’éditorial du Foi et Lumière : « Un thème pour nous rappeler à tous Qui est à l’origine de nos vies, Qui détient les clés de notre bonheur, Qui nous invite à nous mettre en route sur les chemins du monde, à la rencontre des tous les endeuillés, les affamés et assoiffés de Justice, les persécutés, … pour leur rappeler Sa présence, Son action pour eux et Son amour » 1 Un titre court mais précis, pour nous rappeler qui nous sommes et où nous en sommes ! Non pas une affirmation que l’on se répéterait semaine après semaine, comme dans la méthode Coué où, à force de se répéter quelque chose, on se dit qu’on va l’intégrer, en être convaincu et en vivre ! « A force de me dire ‘heureux’, je vais l’être ! » Non pas non plus un titre pour en faire une harangue, sonore, à la manière des télé-évangélistes, où plus on le répète fort et souvent, les yeux dans les yeux de son interlocuteur, plus on pense convaincre son auditoire qui doit y croire !

En fait non, ce titre, je le disais en commençant le culte, c’est une proclamation de Dieu sur nos vies, c’est presque même plutôt un murmure de Dieu à nos oreilles et à notre cœur. C’est presque un secret susurré à notre cœur, une déclaration d’amour chuchotée à nos oreilles et qui infuse tout notre être pour le transformer. Dieu nous déclare, nous proclame, nous « condamne » (presque) au bonheur ! « Tu es heureux : tu peux marcher en confiance et en espérance »

Comment est-ce possible ? Comment puis-je affirmer cela dans la réalité que nous vivons ? comment puis-je oser déclarer cela dans un contexte de Covid qui oblitère tant de nos activités, de nos libertés, de nos projets ? Comment oser prononcer cette phrase aux habitants de Beyrouth traumatisés par l’explosion dévastatrice du mois dernier et dont les angoisses sont ravivées par le récent incendie du port? Comment énoncer cela aux 12 000 migrants délogés du camp de fortune de Lesbos à cause, là aussi, d’un incendie ? Comment répéter cela, ici devant vous, à celles et ceux qui sont en fin de vie ou qui accompagnent une fin de vie, à celles et ceux qui traversent le deuil, aux parents d’enfants atteints d’une maladie incurable, aux membres d’une famille déchirée par les tensions, les méfiances, les trahisons ? ….

Si Dieu nous déclare heureux, s’il nous donne d’exister dans le bonheur, ne nous méprenons pas sur le sens de ce bonheur ! Il ne s’agit pas du bonheur-plaisir, du bonheur-satisfaction, du bonheur-jouissance immédiate. Le bonheur dans lequel Dieu nous institue est d’une autre nature : le bonheur c’est lui ! Le bonheur, nous dit l‘Écriture, c’est « connaître » Dieu et tout ce qu’Il nous donne à recevoir de Lui, notamment son Fils. «Con-naître » : naître avec lui, vivre de sa vie, recevoir sa force, entendre sa Parole résonner au creux de mon être. Le laisser tracer ses chemins en mon cœur, c’est à dire en mon être profond, là où lui et moi sommes seuls pour ce temps d’intimité qui apaise, qui panse les plaies et qui guérit.

Le bonheur, c’est d’espérer en Dieu, s’attendre à lui, le recevoir et vivre de Lui ! Voilà la 1ère clé du bonheur pour le croyant biblique : le reste viendra après. La richesse, une longue vie, beaucoup d’enfants, la beauté, la sagesse, la réputation, etc, ne sont que les marques matérielles d’une bénédiction que Dieu accorde à celui qui a fait de lui Son Créateur le centre et l’horizon de sa vie, et qui s’est décentré de lui-même … n’est-ce pas souvent cela la conception du bonheur humain : se placer au centre de l’attention, se centrer sur soi, se prendre pour la mesure et attendre la pleine satisfaction de nos désirs …. Voilà pourquoi nous sommes si souvent « malheureux »!

Dans l’Antiquité, les dieux grecs sont déclarés « bienheureux » par les hommes car eux, les dieux, disposent de tout ce qui « manque » aux humains (omniscience, toute puissance, immortalité, jouissance des paradis, etc) ; a contrario, le Dieu biblique, notre Dieu, n’est jamais déclaré « bienheureux » ! Il n’est pas déclaré «bienheureux » car il est Lui le bonheur pour l’humain, le bonheur de l’humain ! Là où les dieux grecs ne se soucient nullement des humains, mais - au contraire- les utilisent, jouent avec eux et s’en amusent à leur gré (les mythologies regorgent de ces histoires où les humains sont les jouets des dieux !), le Dieu de la Bible, notre Dieu, est un Dieu qui se met en peine pour l’humain, le recherche, et vient à lui. Source de la Vie, Dieu est source du bonheur. Créateur de toute vie, il destine chacune à ce bonheur de vivre dans son intimité, sa proximité.

« Heureux les hommes (= ceux !!) dont la force est en toi ! Ils ont dans leur cœur des chemins tout tracés. Lorsqu’ils traversent la vallée du Baka, ils en font une oasis, et la pluie la couvre aussi de bénédictions » … déclare le Ps choisi pour ce jour aux vv 6-7. « Heureux les hommes (=ceux !! ) dont la force est en toi ! Ils ont dans leur cœur des chemins tout tracés » : Voilà la clé est donnée : le bonheur ne réside pas dans l’obtention de privilèges, dans la recherche de succès, mais dans la compagnie intime du Dieu, source de toute grâce.
S’attendre à Dieu, lui ouvrir son existence, le laisser prendre les commandes pour orienter la marche et cheminer avec lui, voilà les clés du bonheur selon l’Écriture … La bonheur selon la Bible c’est cette réalité d’un avenir ouvert malgré tout, d’un horizon visible, de chemins praticables à parcourir main dans la main avec Dieu.

Le bonheur c’est de savoir que le chemin est rendu accessible car il est marqué par la présence de Celui qui le fraie et le parcourt avec nous. « Heureux les hommes (ceux) dont la force est en toi ! Ils ont dans leur cœur des chemins tout tracés »  « Se déposer, se reposer en Dieu » ouvre des chemins.
Ces chemins sont allégés du poids du présent car ils inscrivent notre destinée dans un avenir ouvert par Dieu. Un autre possible est accessible quand il est regardé en Dieu. « Heureux les hommes (ceux) dont la force est en toi ! Ils ont dans leur cœur des chemins tout tracés. Lorsqu’ils traversent la vallée du Baka, ils en font une oasis » :
La vallée du Baka est aussi traduite par la « vallée des pleurs » : ces pleurs émanent de notre réalité présente, ils sont produits par ce que nous traversons, les épreuves que nous affrontons, les obstacles qui se dressent devant nous, et qui obscurcissent notre horizon. Le bonheur que Dieu nous offre ne va pas balayer ces pleurs, supprimer les épreuves ou détruire les obstacles sur nos routes, mais ce bonheur est la clé pour comprendre que malgré les épreuves et les obstacles, un chemin est toujours possible en Lui et avec Lui. Cet avenir réside dans la capacité qui nous est donnée de marcher avec Dieu, et d’être nourri de son intimité. Le Ps 84 se termine d’ailleurs par cette phrase : « Heureux l’homme/la femme qui se confie en toi » : le bonheur n’est pas dans la recherche du succès, de la richesse, de la santé, d’une descendance  - le bonheur consiste à se remettre à Dieu qui nous connaît et nous permet d’avancer en confiance et en espérance.

Tout le Premier Testament est empli de ces proclamations : le livre des Ps est rythmé par ces exclamations/proclamations/ louanges … « Heureux celui, celle qui espère en toi, marche selon ta loi, trouve refuge auprès de toi, … » Et bien oui ! Une fois que l’on a expérimenté cela, que l’on a goûté cela, que l’on a été secouru, que nos blessures ont commencé à être pansées, nos peines apaisées, nos esprits guéris, alors on ne peut le garder pour soi ! Évidemment qu’on répète ces phrases, ces mots ! De déclarations d’amour chuchotées à nos oreilles, de clés de vie restaurée murmurées à nos cœurs, ces phrases en deviennent des exclamations, des actions de grâces, des louanges ! Jésus était pétri de ces textes du PT, il récitait par cœur ces psaumes et autres maximes de sagesse : quoi d’étonnant alors qu’il en ait formulé lui-même, au cours de son ministère, et que les évangélistes les aient rassemblées dans ce magnifique texte des Béatitudes. Non, pas étonnant qu’il ait proclamé aux foules et à ses disciples que ce don de Dieu était bien loin d’être épuisé ! Au contraire, en lui, la clé du bonheur était encore plus évidente et accessible. En lui, ce Dieu de tous les possibles, révélé dans l’Alliance du Premier Testament, se donnait encore mieux à recevoir, à découvrir, dans les contours de notre réalité humaine. Lui, homme parmi les hommes, se donnait encore davantage comme la clé de cette vie offerte en abondance ; une vie pleine et entière à tous ceux que la vie blessait, écrasait sous l’injustice, opprimait, affamait, assoiffait, faisait pleurer, persécutait ; en Lui, un avenir était ouvert pour chacun d’eux car Dieu se faisait encore plus proche, plus accessible, plus intime ..

Alors, voilà la proposition que le Consistoire vous fait cette année : oser se lancer ensemble dans l’exploration de ce bonheur que Dieu a préparé pour chacun de nous, depuis l’aube des temps, un bonheur qu’il a élaboré soigneusement, qui peut prendre place dans chacune de nos existences. Un bonheur qui se reçoit individuellement mais qui - comme tout trésor- se multiplie lorsqu’il est partagé généreusement avec tous. Alors, en marche ? pour reprendre l’expression de Chouraqui ? Prenons-nous la route avec Celui qui nous trace le chemin ? Que nous puissions répondre : « OUI CA MARCHE ! » Exclamation de joie qui manifeste notre acquiescement et notre enthousiasme devant un projet alléchant, et qui dit que nous serons présents au rendez-vous.

Alors ? En marche ? Oui çà marche ! … C’est aussi un peu le sens du mot …Amen !

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 13 septembre 2020
(enregistré par Jacques)