Dernière modification par Johan - 2020-09-22 09:14:51

Ensemble, guetteurs en faveur de la création

Ézéchiel 33 : 7 à 11 ; Matthieu 18 : 15 à 20

Dans les années 1960, Martin Luther King commençait un exposé intitulé « La maison planétaire » de la manière suivante: « Une famille profondément désunie hérite d'une maison dans laquelle tous doivent cohabiter… » Martin Luther King expliquait à l'époque, « ceci, c'est le nouveau grand problème de l'humanité. Nous avons hérité d'une grande maison, d'une énorme maison planétaire dans laquelle nous devons vivre ensemble - les Blancs et les Noirs, les orientaux et les occidentaux, les juifs, les catholiques et les protestants, les musulmans et les hindous - et tous les autres. Une famille excessivement divisée par ses idées, sa culture et ses intérêts, et dont les membres, d'une manière ou d'une autre, doivent apprendre à cohabiter en paix, parce qu'ils ne pourront jamais vivre séparés les uns des autres. » Plus de 52 ans après l’assassinat de Martin Luther King, le défi est de plus en plus d’actualité…. Ce défi est craint et urgent : apprendre à cohabiter avec les limites de notre planète…. Sans quoi nous n’aurons tout simplement plus de planète habitable ! L’apostrophe inhabituellement violente de Greta Thunberg aux décideurs lors du sommet extraordinaire des Nations Unies sur le climat le 23 septembre 2019 à New York montre bien que les jeunes générations vivent la crise climatique comme une menace existentielle qui hypothèque tout leur avenir. L'appel des jeunes est justifié. Même si nous parvenons à respecter la limite d’une hausse de 1,5 degrés, ils hériteront d’un monde blessé, où les inquiétudes sont grandes en ce qui concerne l’eau et la sécurité alimentaire. Et les experts estiment maintenant que la hausse de température ne pourra pas être contenue en-dessous de 2 degrés, voire plus…

Certains se disent encore « mais qu’est-ce que quelques degrés, ce n’est pourtant pas si grave … » Hé bien si, c’est grave. La situation est critique. Déjà la moitié des glaces du pôle arctique a fondu, entrainant une augmentation du niveau des océans, menaçant les îles du Pacifique, des pays comme le Bangladesh. Beaucoup de régions d’Asie et d’Afrique connaissent des années de sécheresse, l'Europe connaît des records de canicule. Sans parler des inondations, et autres phénomènes climatiques extrêmes qui se multiplient….
Les experts du GIEC avertissent : si l'humanité n'arrive pas à limiter les émissions dues à leur activité humaine et ainsi une augmentation de la chaleur moyenne à 1,5 degrés jusqu'à la fin du siècle, les conséquences néfastes seront incontrôlables.

Il faut limiter le réchauffement à 1,5 degrés - nous l'entendons dans les médias - mais est-ce que la majorité de la population a vraiment réalisé qu'avec les émissions actuelles nous allons vers une augmentation de la température pouvant aller de 3 à 5 degrés d’ici la fin du siècle ? Depuis le sommet pour le climat 1992 à Rio, les émissions ont doublé et ne cessent pas d'augmenter, avec comme exceptions 2009, l’année de la récession, et 2020, à cause de la pandémie. Mais même au printemps dernier, avec la crise du coronavirus, les émissions de gaz à effet de serre n’ont diminué que d’environ 5%, ce qui est insuffisant pour éviter la catastrophe (et après le confinement, la pollution a redémarré de plus belle !) Or, voilà : une augmentation de 3 à 5 degrés cela signifie simplement : plus de vie possible pour de nombreuses espèces animales et végétales…. Dont l'être humain,… On sait donc désormais que l’activité humaine engendre un déséquilibre qui met la vie sur terre en péril, et on songe à la petite blague que racontait Gorbatchev, quand il imaginait deux planètes se rencontrant dans l'espace. L'une dit à l'autre: « Oh ma pauvre, tu es dépenaillée, comme tu as mauvaise mine! » et l’autre répond : « Ne m’en parle pas, j’ai attrapé l’humanité ».

Bref, l'urgence est là. Les années décisives, disent les experts du GIEC, ce sont les dix prochaines années à venir. (rappel de la petite histoire aux enfants)

L'avenir, c'est maintenant - ou pas du tout. « Il est encore temps de s’y attaquer, mais tous les secteurs de la société devront produire un effort sans précédent », peut- on lire sur le site de l'ONU. L’objectif ? Réduire les émissions mondiales de moitié d'ici 2030 (c’est demain !) - sur une période de 10 ans, et réduire les émissions à zéro d'ici 2050 (c’est après-demain !!)

Il est fini le temps où nous pouvions nous contenter de remplacer les ampoules par des ampoules économiques et de penser avoir fait notre part. En plus des «petits gestes » du quotidien de chaque citoyen, il faut des transitions de mode vie, des transitions énergétiques, des transitions systémiques au niveau privé, au niveau local, régional, national, européen, mondial, institutionnel, politique, économique etc…. Plus que jamais, après la crise du coronavirus, on sent le besoin que les décideurs nous emmènent vers un avenir possible, et d’abandonner les chimères du passé : abandonner un mode de fonctionnement axé sur la croissance, écologiquement insoutenable et socialement injuste, , qui nous emmène droit dans le mur. Nous devons sauver l’avenir. Nous devons appuyer sur le bouton « reset ».

Et la question nous est posée, surtout par les jeunes, qui devront vivre dans ce futur menaçant : « Comment allons-nous faire ? » ? Changer radicalement ! Si nous avons le courage de prendre les rapports du GIEC au sérieux, tout est à repenser, à refaire, à retravailler! TOUT! Y compris, sans doute, notre foi, et notre manière de lire la Bible. De tous côtés, scientifiques, philosophes, théologiens, rabbins et organisations respectées comme Conseil œcuménique des Églises, nous entendons ce message: la société ne changera pas sans un changement profond de l'homme, un changement de l'humanité. Un profond changement humain? Mais nous voilà au cœur de l’Évangile ! Ne sommes-nous pas des experts en conversion ? Devenons également des experts en «conversion écologique» (Terme couramment utilisé par le Pape François dans Laudato si !)

Peut-être que cette prédication vous met mal à l’aise. Qu’est-ce que l’écologie vient faire dans un culte ? Mais ne s'agit-il pas de paroles prophétiques ? Aux temps bibliques, les gens du peuple d'Israël, devaient aussi souvent être mal à l’aise avec les paroles de leurs prophètes.

Ézéchiel, par exemple. Il était plein de l'Esprit de Dieu et Dieu lui dit: "Fils d'homme, je t'ai fait gardien du peuple/ je t’ai établi sentinelle sur la maison d’Israël" (Ézéchiel 33, 7). C’est le rôle des prophètes, d’avertir lorsque les choses tournent mal. Le peuple d'Israël, le peuple, nous en tant que membres de l'Église, avons été désignés comme « gardiens en cas de problème/ sentinelles ».

Nous l'avons également appris de la crise du coronavirus. L’épidémie aurait été moins grave si on avait écouté ceux qui ont vu le danger venir il y a des années. Il en sera de même de la catastrophe imminente du changement climatique. Nos programmations à court termes, dictées par les profits immédiats, nous placent dans une impasse dangereuse. Et ici, nous ne pourrons pas invoquer notre ignorance … Les jeunes nous transmettent ce message. De nombreux scientifiques nous apportent ce message. Les églises nous apportent ce message.

Parfois, nous devons être secoués pour que les choses changent. La crise du coronavirus a été une occasion de réflexion pour beaucoup de personnes… Le changement climatique est une crise encore plus grave. Elle vient lentement vers nous, mais l'angoisse monte ... Le monde, la création de Dieu, ne vont pas dans la bonne direction… Nous devons nous parler les uns aux autres des changements de mode de vie qui s'imposent, de ce qui ne va pas, des faux pas et des déraillements. Pas avec l'intention de culpabiliser les gens, mais de les emmener sur une piste qui ouvre l'avenir. Tu dois être prophète pour la sauvegarde de la création! Et ce message prophétique peut, et même doit, aussi être entendu à l’église. Nous sommes appelés à être vigilants, veilleurs, et comme gardiens à lutter contre le danger. Soyons prophétiques dans l’église : il ne s’agit pas seulement du salut de l’humanité, mais du salut de toute la création de Dieu.

Dans l'Évangile, nous avons entendu : «Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le seul à seul. (…) S'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes ». Si quelqu’un est dans l’erreur, fais tout ton possible pour lui ouvrir les yeux ! Et Matthieu nous propose ici une façon de procéder. Ceci va à l’encontre de notre façon contemporaine de voir les choses, où nous ne voulons pas interférer avec la liberté d’autrui. Et plus souvent, nous sommes prêts à critiquer les agissements néfastes dans le dos de quelqu’un (ou dans l’anonymat des commentaires sur les réseaux sociaux) que de le confronter à ses erreurs…. Par crainte de nous confronter à lui. Matthieu nous rappelle la possibilité d’un monde où l’on n’est pas chacun dans sa petite bulle, la bulle des uns excluant celle des autres, mais dans un monde où les humains sont interconnectés, et où chacune, chacun, se sent responsable des autres. Nul n’est laissé de côté, on fait tout pour garder le groupe entier, à l’image de Jésus, le bon berger qui quitte son troupeau pour prendre soin d’une brebis perdue. Et cela se termine par un message positif : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux » (Mt 18,20) Alors, ensemble, formons une communauté ! Nous voulons être Église ensemble, et ensemble être une voix prophétique, qui conjoint la critique constructive et les actes concrets guidés par le souci de l'autre, de cette terre, de la Création de Dieu. C’est ainsi que Dieu, Créateur du Ciel et de la terre, Dieu de la Vie, veut nous voir avancer. Les guetteurs ne seront pas abandonnés, le Seigneur est avec nous, au milieu de nous.
Amen

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 6 septembre 2020
(enregistré par Stéphane)