Dernière modification par Johan - 2020-06-13 23:34:19

Debout, au travail avec un Dieu inattendu ! 

Matthieu 9 : 35 - 10 : 8 ; Genèse 18 : 1-15 ; Psaume 116 : 1-2,12-19 ; Romains 5 : 1-8

Avec les lectures d’aujourd’hui, nous avons devant nous une de ces fois où les différents textes du calendrier liturgique sont reliés entre eux, même si cela ne paraît pas trop à première vue. Et cela, je crois, est un des avantages du lectionnaire: nous permettre de voir qu’il y a comme un fil conducteur dans les Écritures, nous permettre de voir qu’il y a une action constante de Dieu envers l’humanité, qu’il y a certaines caractéristiques de son action qui se manifestent régulièrement et qui nous permettent d’entrevoir des aspects de son caractère, des aspects qui, une fois clairs à nos yeux, sollicitent notre réponse. Nous l’avons en effet écouté, le même psalmiste dit: « Comment rendrai-je à l’Éternel tous ses bienfaits envers moi? » (Psaume 116 : 12).

L’élément commun qu’on peut entrevoir dans les textes d’aujourd’hui est un peu l’incursion, l’intervention ou l’irruption improviste et inattendue de Dieu dans le monde et dans notre vie. Il s’agit d’une intervention qui nous confronte, qui se présente devant nous, qui nous prend par surprise, et qui sollicite une réaction de notre part. Dieu avait fait irruption un jour, tout à fait inattendu, dans la vie d’Abraham pour l’inviter à partir de la terre où il résidait et à s’en aller vers une région inconnue où il serait béni d’une descendance nombreuse (Genèse 12 :1). Et voici que 24 ans plus tard - tel que l’épisode dans Genèse (18:1-15) d’aujourd’hui nous le raconte- Il se présenta à nouveau le visiter, le rassurer que la promesse d’un enfant n’avait pas été oubliée; pendant ces 24 années-là Abraham n’avait pas cessé d’espérer sur la base de la première incursion de Dieu dans sa vie. Même le psaume d’aujourd’hui, au v. 12 nous parle de la réaction, de la réponse, face à l’intervention de Dieu: « Comment rendrai-je à l’Éternel tous ses bienfaits envers moi? ». Et encore dans Romains (5:8), on est confrontés, on nous rappelle cette action, intervention ou intrusion de Dieu dans l’histoire et dans la vie et qui attend notre réponse, notre réaction, face à la manifestation des traits du caractère de Dieu :
« Dieu a prouvé à quel point il nous aime: le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs », comme le dit la traduction en français courant.

Et bien le texte de Matthieu qui va être le sujet principal de cette réflexion d’aujourd’hui, nous invite, nous sollicite à trouver notre part, notre rôle, suite à cette incursion, à cette présence réelle de Dieu dans le monde. À vrai dire, on se doit d’affirmer que Dieu nous enrôle dans quelque chose, dans une mission, et nous avons besoin par conséquent d’être conscients que nous sommes vraiment envoyés prendre part dans une mission pour laquelle aussi on nous donne l’équipement nécessaire en dépit de nos limites. On va alors regarder un peu ce que cette mission, cette tâche implique en termes de contenu et en termes d’attitude, de disposition d’esprit.

Comme on peut le voir dans la section de Mathieu immédiatement précédente (9:18-34), où on nous relate différentes guérisons [la fille de Jaïrus, les aveugles de Jéricho, etc.], Jésus avait affirmé clairement sa mission: il était venu tel un médecin, chercher ceux qui avaient besoin de lui; il était allé chercher les malades, pour ainsi dire, où ceux-ci se trouvaient, et il avait aussi laissé les malades le rejoindre, l’approcher à partir d’où eux se trouvaient, dès leur situation dans la vie (aveugles, possédés, etc.). Pour cela il avait été fortement critiqué, et même accusé d’être un agent du mal (Mathieu 9 :34): en fin de compte il fréquentait les mauvaises personnes. Toutes ces critiques, quand même, n’avaient pas réussi à le décourager, ne l’avaient pas fait fléchir de sa mission, de l’objectif de cette incursion pour laquelle il était venu sur terre. Sa réponse avait été de rester concentré sur sa mission, de ne pas tout laisser tomber à cause d’un possible découragement. Si on veut amener cela un peu à notre niveau, on peut se dire qu’oui, que l’église a été critiquée au cours de l’histoire pour ses erreurs ou pour toute sorte d’autre raison, qu’elle est toujours et encore critiquée, attaquée ou ignorée, mais la réponse appropriée à ça est de continuer à concentrer les efforts et les énergies sur le travail qui doit être fait; se concentrer sur ce qui constitue le mandat réel de l’église, et que nous connaissons très bien d’une manière ou d’une autre: continuer le travail de Jésus-Christ, et même le représenter- lui, le Christ- sur terre.

Jésus passa son temps à voyager dans les différentes parties de la Judée, de la Galilée et des régions environnantes, pour enseigner, pour guérir, en montrant à travers ses actions ce qu’il enseignait; mais aussi il voyageait de village en village visiter les gens et leur montrait de la sympathie, un mot qu’on peut mieux rendre peut-être par compassion, qui est sa traduction littérale et qui signifie souffrir avec: porter leurs douleurs, leurs difficultés, les ressentir même physiquement au fond de lui-même; être vraiment impliqué dans ses propres sentiments dans les douleurs et dans les difficultés de l’autre. Tous les mots qui sont utilisés dans le texte d’aujourd’hui sont très forts dans la langue d’origine, non seulement en ce qui concerne la solidarité de Jésus, mais aussi en ce qui a trait à la difficulté, au sérieux de la situation des gens, de leurs problèmes. « Une foule languissante et abattue » (Mt. 9 :36), disent nos Bibles, mais les mots, sont plus forts que ça; des gens épuisés à cause de trop de demandes sur eux, et pliés en deux par la fatigue; c’est un peu ça le sens dans l’original. Les gens étaient soumis à beaucoup de pressions, et ils se retrouvaient sans direction dans tout ça, sans un sens pour un but dans la vie, sans la sensation que les responsables religieux les guidaient quelque part. Évidemment les pressions sur la vie dans ces temps-là n’étaient pas les mêmes que de nos jours, mais ce genre de portrait colle quand même assez bien sur notre société aussi et sur la façon dont nos vies sont continuellement sollicitées. Je pense ici par exemple aux exigences de plus en plus croissantes en milieu de travail, où souvent on peut ressentir que ce que l’on fait n’est jamais considéré suffisant; d’autant plus que ces jours-ci il a été exigé à beaucoup de personnes de s’adapter au travail à distance par internet, par vidéo-conférence, etc., avec toutes les difficultés imposées par le confinement à la maison, la préoccupation pour sa propre santé et pour celle de nos proches etc. etc. Et même beaucoup ont perdu leur emploi. À cela on peut ajouter les pressions financières pour les différents comptes à payer, l’insécurité sur la durée de notre emploi, l’insécurité sur le fait de pouvoir être en mesure de partir à la retraite, etc. etc. et en plus, le virus…. À cela peut s’ajouter aussi l’insécurité qui apparait quand on commence à se demander quel est le propos, le sens de notre vie, quand à l’improviste dans la frénésie de notre vie on peut avoir un moment de conscience inattendu dans lequel on se demande si la vie n’est vraiment que ça: seulement courir tout le temps et ensuite mourir un jour, sans n’avoir trop compris ce qui s’est passé entre-temps, des moments de clarté qui se présentent souvent à notre esprit au moment d’une tragédie ou d’une difficulté …comme ces jours-ci. Devant ces états d’âme, la réaction de Jésus, son attitude, avait été la compassion, la solidarité, le désir d’intervenir et d’y faire de quoi, en ressentant en lui-même la sensation et la peine d’un tel malaise, d’un tel désir de trouver un sens de direction dans la vie, et d’un tel désir aussi de voir que quelqu’un se préoccupe pour nous. Ce sentiment qui est attribué à Jésus ici par Matthieu dans son récit, est un sentiment de compassion envers la foule, sans aucune nuance de criticisme ni d’accusation sur les raisons d’un tel malaise...on ne cherche pas de responsabilités! Tout ce qu’on trouve en lui est le désir et la disposition d’âme d’intervenir, la conscience de l’énormité de la tâche, et même la conscience dans toute son humanité de Jésus, d’avoir besoin d’aide pour y faire face, d’avoir besoin de collaborateurs. Dieu est puissant, Dieu est le Tout-puissant, priez – dit-il aux disciples – pour des gens à envoyer pour ce travail immense d’aller parmi cette foule de gens qui n’attendent que Dieu, peut-être sans en être conscients, qui n’ont besoin que de cette sécurité dans leur vie. Que savons-nous de ce que les gens ont été en train de penser, chez eux, pendant ce confinement? Après le 11 septembre 2001 il y eut en beaucoup d’endroits une ruée vers les églises (quoique cela n’a pas duré longtemps); est-ce que, peut-être, il y en a qui n’attendent qu’on leur parle de Dieu pour le choc que la situation a provoqué?
Le verset conclusif du ch.9 dit: « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson ». Il y a donc un peuple là dehors qui attend, qui n’attend qu’on lui annonce que Dieu est présent, que le royaume de Dieu est vraiment arrivé, qu’ils ne sont pas abandonnés à eux-mêmes. En tant qu’église, que ce soit au niveau plus général ou tout simplement au niveau local comme ici parmi nous, nous sommes conscients d’une façon ou d’une autre de cela. Nous nous disons que nous voulons amener Dieu au monde ou ramener le monde à Dieu, mais nous ne savons pas trop comment nous y prendre, comme le démontre aussi l’énorme quantité de livres publiés sur le thème de l’évangélisation. La réponse, la solution de Jésus semble avoir été plus facile, ou du moins plus claire que nous ne le pensons: priez; mais non seulement priez, plutôt priez et agissez.

La première chose que Jésus fait après avoir mentionné à ses disciples cette nécessité de prier, est de les appeler et de les envoyer se consacrer à des tâches bien précises: soigner les malades, les guérir, et chasser les démons. En termes contemporains on pourrait dire qu’il les envoie prendre soin des besoins des gens et les aider; la santé, par exemple, a été pendant des siècles, avant que les états modernes s’en chargent, la santé a été un domaine dont seulement l’église se souciait; et chasser des démons, peut être aussi compris en d’autres termes comme aider les gens à faire face à leurs peurs, à tout ce qui peut les tourmenter, les aider à affronter tout ce qui peut défigurer leur identité ou leur potentiel humains; il peut s’agir de péchés auxquels ils ont laissé prendre le contrôle, il peut s’agir aussi des effets négatifs des pressions qui nous viennent de l’extérieur, de la société et dont nous ne sommes pas exemptés. Mais attention, car ici on peut tomber dans le piège de limiter la tâche de l’église tout simplement au travail de nature sociale, sans aucune mention du nom du Christ, et qui en réalité est souvent très bien fait, sinon même mieux, par d’autres organisations non religieuses. Jésus en effet envoie les disciples annoncer la présence du royaume de Dieu, qui se manifeste dans l’aide concrète amenée à ceux qui en ont besoin, peu importe la catégorie de ce besoin. Mais l’annonce est tout de même là. La différence entre Médecins sans Frontière et Mère Theresa ou tout autre missionnaire chrétien, est dans le fait que la même sorte de travail est faite au nom de Jésus Christ, pour être ses instruments dans son œuvre de compassion vers le monde. Jésus donc envoie les disciples travailler et annoncer que le royaume de Dieu est proche (Mathieu 10:7); traduction: Dieu fait partie du portrait de la vie. Un message très simple: Dieu est dans le portrait; aucune autre matière n’est mentionnée dans le mandat que Jésus donne. Un mandat donc très simple: allez dans la vie des gens, là où ils se trouvent, dans leurs circonstances, dans leurs démons (leurs préoccupations, leurs problèmes), pour les aider, pour les soutenir, pour leur montrer que Dieu ne les a pas abandonnés, qu’il ne les abandonne pas. Voilà ce que Jésus les a envoyé faire, voilà ce qu’il nous envoie faire. Dans tout cela, il n’y a de sa part aucune parole de jugement, aucune parole de condamnation: seulement annoncer que Dieu est dans le portrait et rejoindre les gens dans leurs situations, leurs problèmes, sans critiquer, sans condamner, seulement en étant compatissant, c'est-à-dire en ressentant leur souffrance. Priez, dit-il, et allez. Voilà ce qu’il nous dit. Si nous prions donc pour avoir plus de gens dans l’église, nous sommes aussi appelés à aller les chercher: parler et aider, être solidaires, être présents, rejoindre les gens où ils sont, et les premiers à rejoindre ce sont ceux autour de nous, dans nos vies. Jésus dit « allez en premier chercher les brebis perdues d’Israël » (Bible français courant, Mt. 10: 6); les premières personnes que nous pouvons toucher, les premières dont nous pouvons prendre soin au nom du Christ sont en fin de compte une sorte de brebis perdues d’Israël: dans la plupart des cas il va s’agir de gens qui ont été baptisés mais qui n’ont rien fait avec cela, qui ne sont pas ou ne sont plus en connexion avec le geste de foi qui a accompagné ou qui aurait dû accompagner le fait de les présenter au baptême. Il s’agit donc pour nous de répondre à la présence de Dieu dans le monde en participant à sa mission, en ramenant ceux qui nous entourent à la conscience de Dieu, non pas en les critiquant ou condamnant, mais en étant leurs amis et en les pointant naturellement vers Dieu. Si la foi est importante dans notre vie, si elle change le portrait de notre vie, nous pourrons tout simplement en discuter normalement quand l’occasion se présente tout comme l’on discute de toute autre chose importante pour nous. Nous n’avons pas besoin de mettre un masque spirituel ni d’utiliser des clichés de langage: juste partager ce qui est important pour nous. Des études qui ont été menées en Amérique du Nord sur la pratique religieuse, affirment que moins d’1% des gens qui fréquentent régulièrement les églises y ont été amenés suite à une campagne d’évangélisation, que ce soit dans les stades, par télévision, internet etc. La grande majorité, au contraire, ont été invités à l’église par des amis ou des membres de leur famille. Pourquoi un tel résultat ? Parce que, comme nous-mêmes aussi, on aime voir la cohérence dans les gens, on aime voir qu’ils vivent ce qu’ils croient. L’évangélisation n’est donc pas un travail pour des spécialistes aux techniques précises et infaillibles; regardons les individus que Jésus a envoyés: du monde bien ordinaire, des pêcheurs, des collecteurs d’impôts, des gens zélés pour la foi, etc., mais aucun religieux professionnel, aucun prêtre, aucun rabbin. Une petite foule de gens très différents où pouvaient coexister des individus aussi aux antipodes que Matthieu, le collecteur d’impôt, donc le collaborateur avec un gouvernement à la solde des Romains, et Simon le Cananéen ou le Zélote, un mot qui pourrait faire allusion à son appartenance à un groupe qui luttait contre les Romains sans avoir peur de recourir à la violence. Des gens aussi différents, justement pour rejoindre un monde aussi diversifié. Jésus ne leur a pas envoyés seuls dans la tâche à accomplir, mais il les a équipés, il leur a donné l’autorité et donc les capacités pour l’accomplir. Nous ne sommes probablement pas des opérateurs de miracles au sens littéral du terme, mais nous pouvons nous adonner à la tâche tout simplement parce que Jésus-Christ nous en donne l’autorité; nous pouvons donc accomplir nos petits miracles d’être amis de ceux qui sont dans nos cercles respectifs et tout simplement leur montrer que Dieu est dans le portrait, et découvrir peut-être dans quelques cas, qu’ils n’attendaient qu’à s’en rendre compte, ils n’attendaient qu’à le découvrir.

Tout comme Abraham, dans le texte de Genèse d’aujourd’hui, soyons patients. Tout comme l’auteur du Psaume, soyons reconnaissants. Tout comme Paul, soyons conscients que le Christ même nous soutient.

« J’aime l’Éternel, car il entend ma voix, mes supplications; car il a penché son oreille vers moi; et je l’invoquerai toute ma vie » (Psaume 116:1-2).
Debout, au travail!
Amen!

Pasteur G Fantechi Le 14 juin 2020