Dernière modification par Johan - 2021-02-23 19:41:28

Participer à ce que Dieu fait

Ésaïe 5 1-7 ; Matthieu 21 33-43 ; I Pierre 3 18-22

Dieu se demande où a-t-il pu faire une erreur pour que les humains portent de si mauvais fruits ?
« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? »
Il s’en suit un jugement qui peut nous paraître sévère et qui nous donne, en lisant ces textes, un arrière-goût négatif, une désolation au cœur. Ces textes mettent en lumière la déviance que chaque humain a en lui et qui consiste à dévier de la trajectoire de Dieu et de se perdre dans les méandres de l’échec.
Heureusement il y a le jugement de Dieu qui va arrêter cette descente. En effet le jugement de Dieu loin de disqualifier l’être humain va le requalifier dans ce que Dieu l’appelle à être et à devenir.
Ainsi apprenons, dans la mort même, ou la fin d’une chose, à discerner le frémissement de la vie autre et future. Nous retrouvons cela dans bien des pages des Ecritures.
Par exemple en Matthieu 24, Jésus dans ses discours eschatologiques parle de la naissance du nouveau à partir de la mort du vieux... « Jésus sortit du temple et, tandis qu'il s'en allait, ses disciples s'approchèrent de lui pour lui faire remarquer les constructions du temple. Jésus leur répondit : « Vous voyez tout cela ? Je vous le déclare, c'est la vérité : il ne restera pas ici pierre sur pierre ; tout sera détruit.... Lorsque vous verrez ces choses arriver levez vos têtes... Apprenez à discerner les signes qui annoncent qu’un accouchement est proche. »
Retour à notre premier texte d’Esaïe 5
Voici la pâte humaine promise au meilleur et protégée, chouchoutée pour qu’elle produise de bons fruits. C’est ainsi que bien souvent les chrétiens voient l’Eglise : Un lieu protégé, idéal, où l’on ne peut voir que de belles choses, de bons fruits. Le texte d’Esaïe voit Dieu espérer le meilleur de son peuple, symbolisé ici par la vigne. Ces qualités sont intrinsèquement liées aux capacités de la vigne, c’est une excellente vigne et bien protégée. Dieu lui a donné tout pour qu’elle produise le meilleur.
- Mais voilà, à l’heure de la récolte les raisins sont mauvais. C’est alors l’heure du bilan et des questions, des « pourquoi » ? « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? dit Dieu. J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais » ?
- La décision tombe :« Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne :
- Enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux,
- Ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie.
A défaut d’être la meilleure et la plus performante, la vigne va être visitée, elle va s’ouvrir ... et être donnée à d’autres.
Le jugement de Dieu ne disqualifie pas celles et ceux à qui il est adressé mais les requalifie afin que des choses changent.
Cette vigne a des qualités extraordinaires et en même temps une énorme fragilité, impuissance. L’homme - l’être humain, le genre humain - a en lui des trésors, des qualités, des dons, des créativités infinies, chacun.e de nous est cette vigne du Seigneur décrite en Esaïe 5 bien plantée, et mise sur terre pour apporter du bon fruit, une belle senteur, un rayonnement divin, nous sommes toutes et tous créés à l’image de Dieu.. Tous nous possédons l’image de Dieu en nous, à nous de lui donner de la place. Mais en même temps nous avons en nous tout ce qu’il faut, en négatif, pour étouffer cette image de Dieu et ce qui l’accompagne, la créativité, les dons, l’amour, la solidarité, qui rendent belle la vie et le monde. Nous sommes à la fois bons, ingénieux, et à la fois nous abimons les belles choses qui sont en nous. Et tour à tour nous sommes une vigne bien plantée et qui donne à certains moments de excellents fruits et à d’autres moments juste le contraire... Cela n’empêche pas Dieu de nous appeler, de nous adresser vocation.
Dans le texte de l’Evangile « La parabole des vignerons » nous trouvons la suite d’Esaïe 5 :
quand :
- La clôture est enlevée et que les animaux l’ont dévorée
- La brèche est faite dans le mur et elle est piétinée.
- La vigne n’est plus taillée ni sarclée, il y pousse des épines et des ronces et elle n’est plus arrosée par la pluie. Que se passe-t-il alors ? C’est la fin du monde ? Plus d’Israël = plus d’avenir ? Plus de témoignage de Dieu ? Dieu disparait-il avec son peuple ? Plus de salut ?

NON, Dieu ouvre à d’autres la vigne, même si elle est piétinée et envahie par les ronces et les épines, celles-ci annoncent que d’autres reprendront le flambeau, le témoignage. Dieu n’est pas mort pour autant, Dieu et sa parole ne sont jamais paralisé.e.s. Autre temps, autres personnes, autres manières de dire la parole.
« S’ils se taisent, les pierres crieront ! »
Qui a dit cette phrase ? Jésus, mais à quelle occasion ?
Le jour des rameaux, quand Jésus entre à Jérusalem sous les louanges de la foule et que les pharisiens demandent à Jésus de faire taire la foule : Luc 19
« 37Tandis qu'il approchait de Jérusalem, par le chemin qui descend du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, pleine de joie, se mit à louer Dieu d'une voix forte pour tous les miracles qu'ils avaient vus. 38Ils disaient : « Que Dieu bénisse le roi qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » 39Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, fais taire tes disciples ! » 40Jésus répondit : « Je vous le déclare, s'ils se taisent, les pierres crieront ! »

En effet 5 jours plus tard Jésus est crucifié, les disciples dispersés, puis ils vont se réunir dans une maison où, pris de panique, ils avaient fermé portes et fenêtres.
Cependant un nouveau peuple est en train de naître, de se lever, différent, créatif, eux vont être appelés à aller jusqu’aux extrémités de la terre faisant des disciples de toutes les nations... toutes les nations c’était déjà l’ordre de mission qu’Abraham reçu de Dieu : « ta descendance sera plus nombreuse que les étoiles du ciel et que les grains de sable »
Et Dieu va y arriver même si la vigne « Israël » est détruite,... il va y arriver avec l’Eglise...
c’est ce que nous dit l’Evangile du jour : « Le maître confiera la vigne à d’autres vignerons...
N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »

Dieu n’est pas pris au dépourvu, sa parole jamais arrêtée, son œuvre jamais stoppée...

« S’ils se taisent, les pierres crieront ! »
- Même le fait que Jésus soit crucifié n’arrête pas l’œuvre de Dieu dans le monde...
- Même un Joseph vendu par ses frères n’éteint pas l’œuvre de Dieu,
- Même Goliath devant le petit David bien démuni à vue humaine,
- Même le schisme en Israël,
- Même les 4 siècles d’esclavage en Egypte,
- Même les 40 ans d’errance dans le désert,
- Même les 4 siècles de silence avant qu’un envoyé de Dieu annonce à Marie qu’elle sera enceinte du Christ
- Même les scandales plus tard dans les églises,
- Même l’extinction de l’Eglise dans certaines contrées du monde...
- Même les faiblesses de nos églises aujourd’hui, ...

Rien ne pourra arrêter Dieu d’aimer, secourir, continuer son œuvre dans le monde, avec ou sans l’Eglise
Demain d’autres se lèveront, vague après vague Dieu sauve le monde...
A nous de voir dans notre temps les bruissements de la vie de Dieu partout en ce monde... A nous à être ouverts et non repliés sur nos acquis.

Quand la mort de quelque chose s’amorce il y a deux attitudes :

1- Le repli identitaire : « on a toujours fait et pensé comme ça » on n’admet pas les nouvelles formes d’être disciples de Jésus » ... on se replie sur soi et on s’enferme dans sa tour, dans son ghetto.
Ne nous accrochons pas à la vie du passé ouvrons-nous toujours à la vie que Dieu nous donne aujourd’hui...

2- Ou seconde réaction : on apprend à accueillir la nouveauté, pour nous y aider Dieu vient faire des brèches dans nos murs d’enceinte, il détruit nos haies de protection, nos « tours de garde »...
N’avez-vous jamais entendu à la radio l’Evangile dans la bouche de tels ou telles artistes, écrivains, chanteurs, chanteuses voir dans un films, dans une émission quelconque... on voit des gestes qui montrent, témoignent de Dieu et sa présence au monde....

Ayons l’œil du prophète qui voit plus loin que le temps présent et qui discerne à travers la fin de quelque chose la naissance d’une autre.

Matthieu 11 nous décrit le manque de vision ou la vision négative que nous pourrions avoir et qui nous empêcherait de voir ce que Dieu fait de nouveau...
« ...16A qui comparerai-je cette génération ? Elle ressemble à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s'adressant à d'autres enfants, 17disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés. 18Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : Il a un démon. »

MAIS il y a aussi une autre manière de voir. Celle-ci est décrite en Esaïe 11/1 et suivants : le rameau qui sort de la souche de jessé :
1Un rameau sort du vieux tronc de Jessé, une nouvelle pousse sort de ses racines.
2L'Esprit du Seigneur est sans cesse avec lui :
- Un Esprit de sagesse et le discernement
- L'Esprit qui fait connaître le Seigneur et enseigne à l'honorer.
- Il ne jugera pas selon les apparences, il ne décidera rien d'après des racontars.
- Mais il rendra justice aux défavorisés, il sera juste pour les pauvres du pays.
- Alors le loup séjournera avec l'agneau, la panthère se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau se nourriront ensemble et un petit garçon les conduira.

Le 3 ème texte choisi ce matin, celui de la première épître de Pierre, continue à nous parler d’un Dieu étonnant. Capable de tout, même ce qui est choquant pour nous protestants. Dieu en Jésus va visiter les morts, qui au temps du déluge, avaient été emportés par leurs désobéissances alors que Noé construisait l’arche. Jésus a été leur parler et les libérer.
Conclusion :
N’ayez pas peur, ayez du bon sens, soyez bienveillant.e.s, regardez et accueillez ce que Dieu sème dans le monde. Discernez le bruissement de la vie en toute chose, ne vous repliez pas sur vous-mêmes, ouvrez-vous et accueillez, dansez au son de la musique que Dieu donne aux prophètes, même si les œuvres que le Seigneur avait réalisées sont en friches, d’autres naissent, réjouissez-vous.

Amen

Pasteur Georges Quenon
Le 21 février 2021