Dernière modification par Johan - 2021-08-08 19:06:00

Je suis la porte et le bon berger

Ezéchiel 34 1-11 ; Jean 10 1-10

Enclos, troupeau, moutons, berger….
Des mots et des images qui ne font plus tout à fait partie de notre environnement immédiat.…en tout cas à nous citadins….mais peut-être évoquent-ils ces récits de l’Ancien Testament dans lesquels on retrouve régulièrement des bergers … et non des moindres :

Moïse était berger lorsque Dieu l’appela pour lui confier cette mission incroyable de guider le peuple d’Israël vers sa liberté.
David était un jeune berger lorsqu’il a été choisi par Dieu pour être roi de son peuple et lui assurer la paix et la protection

Tout au long de l’histoire, Dieu a suscité des hommes de foi pour conduire son troupeau comme Moïse et David, et ensuite les juges, les prêtres et les prophètes comme Ezéchiel.

Et voici qu’ici Jésus reprend l’image du berger pour affirmer avec force qu’il est la porte des moutons et qu’il est le berger des moutons

Jean 10.7 : « Jésus leur dit encore: » Amen, amen je vous le dis, c’est moi qui suis la porte des moutons. »
…9 C’est moi qui suis la porte
….11 C’est moi qui suis le bon berger

Pourquoi cette fermeté dans l’affirmation ?
Amen, Amen je vous le dis; c’est moi, c’est moi…

C’est moi et pas un autre…c’est moi et c’est moi seulement…

Pourquoi cette insistance dans l’affirmation ?

Cette insistance est nécessaire à cause du climat délétère qui règne à Jérusalem à ce moment-là entre les pharisiens d’une part et Jésus et les siens d’autre part: rien ne va plus entre eux, la tension monte….
Et elle monte d’un cran justement car Jésus vient de faire une guérison spectaculaire:
celle d’un aveugle de naissance,
le jour du sabbat,
à Jérusalem !!
Scandale absolu !!!
Jésus a craché par terre, fait de la boue avec la terre et sa salive, l’a appliquée sur les yeux de l’aveugle-né et lui a ordonné d’aller se laver au bassin de Siloam: quand il est revenu, il voyait.
Cette guérison rend les pharisiens très nerveux; alors ils bousculent l’aveugle, le pressent de questions, le somment de raconter exactement qui a fait cela et comment etc…
N’arrivant pas à leur fins avec lui, ils interrogent même ses parents…
jusqu’au moment où ils le chassent, ils le mettent dehors…

En fait, à lui, l’aveugle-né qui vient de recouvrer la vue, ils n’y accordent aucune importance.
Ce qu'il vient de vivre et qui bouleverse sa vie pour toujours ne les intéresse pas…
Ils ne s’intéressent qu’au phénomène …. et à ses conséquences éventuelles pour eux…. parce que cela risque de compromettre leur autorité auprès du peuple juif et le pouvoir qu’ils détiennent.
Jusque là, il n’y avait qu’une seule façon de penser et c’était la leur; une seule façon d’agir bien et c’était eux qui la définissaient, la délimitaient.
Jusqu’ici Ils avaient réussi à enfermer les juifs dans « leur » loi en se prévalant de La Loi.

C’est pourquoi , dans ce contexte où les pharisiens sentent leur pouvoir menacé et essaient de le renforcer coûte que coûte, c’est le moment pour Jésus d’affirmer solennellement, fermement, qui il est et ce qu’il est venu faire pour son peuple, pour nous.

Dans ce contexte, ceux qui escaladent l’enclos pour posséder les moutons, et en disposer comme des choses … ce sont sans doute les pharisiens qui veulent avant tout le pouvoir et la domination sur les êtres dont ils ne se soucient guère.
«Celui qui n’entre pas dans l’enclos par la porte mais qui l’escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit» Les voleurs et les bandits aujourd'hui pour nous ne sont plus les pharisiens bien sûr mais peut être tout ce qui, dans notre monde, nous entraine à la pensée unique, nous soumet indirectement à la domination de l’argent, de la consommation, des influences, des réseaux d’information … toutes ces formes de manipulation qui, finalement, tentent d’imposer leur loi aux dépends de la liberté de penser, de choisir, de vivre … liberté qui revient à chacun et qui nous est offerte par notre berger.
Les voleurs et les bandits entrent en cachette, dans l’ombre, à l’insu des regards, en se dissimulant: ainsi procèdent ceux qui, à notre insu, utilisent des moyens détournés pour tenter de … nous posséder en quelque sorte, sans aucune considération pour l’individu qui devient chose, consommateur, client potentiel, électeur …;
leur projet est un projet de possession et de domination, d’exploitation et donc de mort.

« Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons ».
Le berger, lui, n’a rien à cacher et il entre par la porte au vu et au su de tous.
Jésus est ce berger qui considère chaque brebis et prend soin de sa vie.
De même qu’il a été recherché l’aveugle né, qu’il l’a relevé, qu’il la regardé en tant que personne unique, de même Jésus connait chaque brebis pour ce qu’elle est, il l’aime ,il a un projet de vie pour chacune d’elle, pour une vie nouvelle, renouvelée en Lui.

A travers cette image du berger et des moutons, va pouvoir se développer toute la richesse, l’intensité de la relation unique de Jésus avec chacune de ses brebis … c’est à dire avec chacun de nous:

  • Une relation individuelle et unique qui se nourrit de la connaissance que chacun a de l’autre;
    une relation intime, de très grande proximité, une relation de communion mais pas de confusion;
    une relation d’amour qui laisse la place à ce que chacun a d’unique et d’exceptionnel.
    Le berger appelle chacune de ses brebis par son nom: nommer c’est reconnaitre comme unique, c’est donner de l’importance et du poids à chacun en tant que personne exceptionnelle:
    Quand on se sait appelé par son nom c’est à dire accueilli, reconnu, aimé, pour soi-même, on peut sortir sans crainte pour oser d’autres relations, oser l’élargissement au monde, pour se risquer à la vie au milieu des autres: on est en confiance: et c’est à cette relation de confiance que nous sommes appelés

  • Une relation qui nourrit : comme Dieu a envoyé la manne à son peuple au coeur du désert, le berger nous donne Sa parole et ce repas que nous partagerons tout à l’heure, pour nous ressourcer en lui, pour nous nourrir et nous permettre de poursuivre le chemin de nos vies.

  • Une relation qui appelle à la vie:
    « les moutons entendent sa voix … les moutons le suivent parce qu’ils connaissent sa voix »
    Le berger et sa brebis se reconnaissent à la voix: la voix … ce qui fait résonner les émotions, ce qui touche à l’intime (l’enfant connait la voix de sa mère avant même la naissance; la voix d’un proche qui nous a quittés est la plus bouleversante des présences, la voix de chacun est unique; elle porte la marque de nos émotions, à travers elle nous rentrons en communication avec les autres.

  • La voix du berger est porteuse de parole: parole d’amour et de réassurance, parole d’appel à la vie.

Et c’est à cette relation là que nous sommes appelés, c’est pour cette relation là que nous sommes attendus … si nous le voulons.

  • Une relation d’Amour, d’un amour total au point que le berger a donné sa vie pour nous, ses brebis..
  • Une relation unique offerte à chacun de nous tel qu’il est, là où il est, là où il en est.

Une relation pour quoi ? pour la vie et la vie en abondance.

Une relation qui nous permette de sortir de nos limites, de nos enfermements, de nos inquiétudes, de nos culpabilités.
« il appelle ses moutons par leur nom et les mène dehors.
Lorsqu’il les a tous fait sortir, il marche devant eux »

Le berger fait sortir ses moutons et il marche devant eux:
Oui il les mène au-dehors, vers l’inconnu en quelque sorte, il les fait sortir de leur enclos, de leur confort, de leur sécurité pour aller plus loin, pour dépasser les limites connues…mais il les guide.
Jamais il ne les laisse seules, il leur montre le chemin, il les précède, il est avec eux.
Ainsi sommes-nous aussi invités à sortir, à aller au-delà de nos limites connues, de nos sécurités et c’est possible parce qu’il est devant nous, il est avec nous; jamais il ne nous laisse seul.Sa fidélité est à toujours.

Et Jésus va insister encore pour marquer la différence avec les pharisiens et leur projet de domination et d’enfermement avec une autre image: celle de la porte
« Amen, amen je vous le dis je suis la porte des moutons »
Une porte ? image familière de notre vie quotidienne: porte extérieure de nos maisons, porte de nos églises, porte intérieure de nos coeurs, porte symbolique de la communication …. on ouvre ou on ferme beaucoup de portes dans une journée … la porte marque une séparation, une délimitation entre 2 espaces: l’intérieur et l’extérieur.
A l’intérieur, c’est plutôt l’univers de la mise en sécurité dans un espace confiné et connu où l’on peut se reposer, se ressourcer, se sentir bien, à l’aise,rassuré.
A l’extérieur, c’est l’inconnu, l’inattendu, la rencontre avec d’autres, bonnes ou mauvaises rencontres, c’est le risque…. et la porte marque la limite entre ces 2 espaces:
Jésus nous dit « je suis la porte »
La porte s’ouvre et il nous invite à entrer, il nous accueille, et il nous offre le repos, la sécurité, le ressourcement, comme les brebis dans l’enclos, bien à l’abri des dangers de l’extérieur.
Il nous invite à reprendre des forces, à reprendre pied dans la vie mais … pas une vie repliée sur elle-même et prisonnière de ses propres préoccupations,: pas une vie sans relation, qui se rabougrit, se flétrit, se fane …
Non c’est pour une vie ouverte vers l’extérieur, une vie ouverte à la relation, ouverte au partage fraternel que Jésus nous invite à reprendre des forces
Cette porte par laquelle il nous invite à rentrer pour nous ressourcer est aussi celle par laquelle il nous invite à sortir pour vivre dans le monde, au milieu de nos frères comme témoins de Son amour et de Sa grâce.

Et pour sortir, nous ne sommes pas seuls, nous sommes accompagnés et guidés par le berger.
Pour sortir, il ne nous tire pas par la main de même qu’il ne marche pas à notre place: non, il marche devant nous, il nous guide, il nous ouvre à la liberté … à la Vie en plénitude.
Il nous guide vers notre liberté afin que chacun tel que nous sommes nous habitions pleinement notre vie.
Il nous guide sur le chemin de la relation aux autres, nos frères, sur le chemin de l’amour et du partage auquel il nous appelle, le chemin de la vie « en abondance »

L’image de la porte est une invitation à ces 2 mouvements indissociables: le ressourcement et l’envoi « C’est moi qui suis la porte.SI quelqu’un entre par moi il sera sauvé;
il entrera et il sortira.. »

C’est pourquoi ces 2 images: la porte et le berger vont ensemble: elles nous disent qui est Jésus:
- Jésus, notre frère qui nous connait par notre nom, qui nous accueille, nous protège, nous rassure, nous réconforte - et Jésus Christ, Dieu parmi nous, qui nous offre un amour sans limites, et nous mène vers la vie, la vie en abondance.

C’est à la liberté que nous sommes appelés: libres d’entrer se ressourcer, libres de sortir vivre l’évangile dans le monde.

Ce matin, nous sommes venus nous ressourcer dans l’enclos en quelque sorte; nous sommes venus nous reposer et nous nourrir de sa Parole et de ce repas, nous sommes venus nous placer dans sa présence ,sous son regard d’amour.
C’est pourquoi nous pourrons ouvrir tout grand la porte de ce temple, tout grand la porte de nos coeurs et de nos vies pour sortir retrouver le monde tel qu’il est, nos frères tels qu’ils sont et nous pourrons poursuivre notre route, dans notre monde aujourd'hui et demain.
Oui nous le pourrons car nous sommes précédés sur ce chemin, nous sommes aimés, nous sommes appelés par notre nom. Nous sommes guidés et accompagnés.

Loué sois tu Seigneur, toi notre berger, pour ton Amour et ta fidélité

Amen

Brigitte Raymond
Le 8 août 2021
(enregistré par Jacques)