Dernière modification par Johan - 2021-03-20 17:33:03

Le paralytique

Marc 2 1-12

Quelle scène étonnante et spectaculaire !
Comme on dit aujourd’hui, elle aurait fait le buzz, n’est-ce pas ?
Mais pour moi, derrière cette histoire et ces images se cachent plusieurs interpellations et plusieurs exhortations à recevoir au niveau communautaire et aussi au niveau personnel dans nos vies de foi.
- Voici un homme, impotent, gisant sur son grabat, porté par 4 hommes : ce groupe insolite surgit alors que la foule compacte, bruissante d’impatience, forme comme un rempart autour de Jésus qui est dans la maison.
La nouvelle du retour de Jésus en Galilée s’est largement répandue, la rumeur a enflé, et c’est pourquoi les voilà tous regroupés et bloquant l’entrée de la maison:
Que leur importe ?
Eux, ils viennent voir un miracle, encore quelque chose d’extraordinaire de la part de Jésus qui a déjà guéri l’homme à l’esprit impur, la belle-mère de Pierre et le lépreux :
alors aujourd’hui, que va t-il proposer de nouveau ???
Ils sont là, avides de spectacle ... c’est un peu la télé-réalité avant l’heure !
Quand j’imagine cette foule qui bloque l’entrée de la maison, empêchant d’entrer le groupe d’hommes portant un brancard, une première interpellation surgit en moi :
Cette foule qui s’est ainsi appropriée la présence de Jésus:
• Cette foule, si c’était nous ?
Nous qui, uniquement centrés sur nos préoccupations, sur nos attentes, faisons peut être obstacle à ceux qui viennent de l’extérieur, qui viennent d’ailleurs ?
Se peut-il que nous soyons parfois si centrés sur nous-mêmes, sur nos structures d’église, nos modes de fonctionnement habituels, nos habitudes ancrées que nous ne laissions pas le passage à celui qui voudrait s’approcher, déposer son fardeau, aller à la rencontre, à sa façon ?
• Laissons-nous l’espace assez ouvert dans nos églises pour que puisse entrer celui ou celle qui a envie de découvrir, d’entendre , de se ressourcer, d’être entouré,....
• Alors, voici pour moi une première exhortation pour nous ce matin :
Puissions-nous veiller à former une communauté et non pas une foule afin de pouvoir être accueillant et accompagnant pour ceux qui .. viennent de l’extérieur,d’ailleurs...
- une communauté de frères et de soeurs prête à l’élargissement et à la découverte des autres
- une communauté d’enfants de Dieu responsables aussi d’accueillir, d’élargir l’espace, de laisser le passage, à ceux qui cherchent, qui voudraient entrer, rencontrer :
La Bonne nouvelle est pour eux aussi !
• Et aujourd’hui, alors que nous ne pouvons plus nous rassembler physiquement dans nos lieux de culte, peut être avons-nous précisément la possibilité de partager largement ces liens zoom qui nous permettent d’être ensemble malgré tout:
Osons le témoignage, osons l’ouverture et invitons nos frères et soeurs à découvrir cette Parole qui nous fait vivre.
Osons faire de ces nouveaux modes de rassemblement et des différents moyens de de communication dont nous disposons, une opportunité pour élargir nos cercles communautaires et pour offrir notre témoignage au-delà de nos proximités géographiques.
Revenons vers notre groupe insolite face à cette foule compacte: malgré l’obstacle le groupe ne désarme pas !
Il ne peut pas entrer par la porte ... il entrera par ... le toit !
Voilà les 4 amis qui poursuivent leur projet: amener à Jésus leur ami paralysé, leur frère qui souffre :
Rien ne les arrête : ils escaladent, montent sur le toit, commencent à y faire une ouverture:
même s’il s’agissait à l’époque de toits terrasse, leur entreprise reste hasardeuse, dangereuse et certainement pas tout à fait légitime !
Ces 4 hommes prennent des risques, pour leur ami, pour leur frère.
Leur courage est audace, persévérance, confiance, espérance :
Ce courage est l’expression de leur foi et ils mettent cette foi au service de leur ami.
Dans cette aventure à la rencontre de Jésus, ils sont tous les 5 interdépendants; ils sont frères. Il me semble qu’ainsi ils nous adressent une interpellation et une exhortation, en tant qu’église:
Cette dimension diaconale qui est mise ici en lumière n’est-elle pas constitutive de notre foi et expression de notre appartenance à l’église universelle ?
Ces 4 hommes partageant la souffrance de leur frère mettent sous nos yeux la dimension communautaire de la foi nous exhortant ainsi à être une église vivante et servante.
L’action diaconale nous concerne tous et elle est à vivre chacun pour notre part et chacun à notre façon dans la communion fraternelle.
Aujourd’hui, dimanche 21 mars, journée du diaconat mondial, nous voici entrainés par ce texte à élargir notre regard personnel et communautaire au-delà de nos limites habituelles:
c’est ce message que porte d’ailleurs le projet Zinga dans lequel notre communauté et notre district se sont engagés depuis quelques mois, pour apporter soutien aux frères du Rwanda.
Nous pouvons nous réjouir aussi parce que cette année 2021 marque les 100 ans de relations et de partenariats entre notre EPUB et l’Eglise presbytérienne au Rwanda.
C’est pourquoi le Conseil Synodal de l’EPUB encourage toutes les communautés de l’EPUB à aller de l’avant en soutenant d’autres projets pour aider l’église du Rwanda, ses pasteurs et ses membres, particulièrement éprouvés en ce temps de pandémie.Et maintenant au plan personnel, quelle interpellation, quelle exhortation pour nous dans ce texte ?
Reprenons le cours du récit :
Alors qu’ils descendent le grabat, le texte nous dit : Jésus « voit leur foi »: il reconnait ce qui les a poussés jusqu’à lui : audace, confiance, espérance.
Et voici Ses paroles : « mon enfant, tes péchés sont pardonnés »
A travers cette parole d’accueil, Jésus exprime tout l’amour et toute la miséricorde de Dieu manifestée en Lui, le Christ, le Sauveur
Or, selon la tradition, Dieu seul accordait le pardon et il fallait suivre toute une procédure rituelle guidé par les prêtres etc ... pour recevoir le pardon.
On comprend donc que le scribes qui assistent à cela, considèrent que Jésus blasphème !
C’est comme si il disait : on n’a plus besoin des prêtres, des rites, des sacrifices etc...c’est donc leur rôle et leur autorité qui sont ainsi remis en question
Cette déclaration de Jésus est donc d’une audace insupportable pour l’ordre établi dans lequel s’inscrivent les scribes.
« Mon enfant, tes péchés sont pardonnés »
Par ces mots, Jésus annonce le changement radical, le renversement de l’ordre établi et des structures de la religion: il donne à voir ainsi qui Il est.
En accordant le pardon, Jésus se révèle, Fils de Dieu, et il manifeste l’autorité qu’il a reçu par l’Esprit à son baptême.
C’est le message du Salut que Jésus apporte à travers ce pardon.
Et le paralytique reçoit le pardon : le pardon et non pas la guérison physique.
Le pardon lui apporte la guérison intérieure, la réconciliation intérieure et ainsi il lui redonne vie et le rend capable de se lever pour une vie nouvelle.
Le pardon dit l’amour inconditionnel sur cet homme qui était tenu à l’écart, invisible, presque « sans-vie »: le pardon le ramène à la vie.
L’homme était paralysé physiquement mais il était aussi empêché d’avancer psychologiquement car il était enfermé dans ses fautes, dans sa culpabilité, dans sa solitude : le voici libéré par l’amour et la miséricorde de Dieu, manifesté en Jésus- Christ.
L’homme est « relevé »: c’est le verbe utilisé pour la résurrection, c’est dire qu’il est rendu à la vie, à sa vie pleine et entière parce qu’il est aimé et pardonné.
Et le pardon est suivi de la guérison:
Il se lève et prend son grabat: un peu comme s’il prenait désormais sa vie en main, avec ce qu’elle a de lourd ou de difficile; ce grabat fait partie de sa vie mais c’est lui qui le saisit maintenant; il prend sa vie dans toutes ses dimensions mais tout a changé parce qu’il est libéré par l’Amour et le Pardon.
Il est désormais sujet de sa vie et appelé à la vivre d’une façon nouvelle.
Jésus le renvoie chez lui « retourne chez toi »: une façon de lui dire: retourne dans ta vie mais tu es appelé à la vivre autrement: tu es le même sauf que tu es libéré et guéri de tout ce qui t’empêchait de vivre.
Pour le paralytique, cette guérison est une résurrection.
Alors voici la troisième interpellation que m’adresse ce texte aujourd'hui :
Nous-mêmes ne sommes-nous pas souvent paralysés et empêchés d’avancer ou même de vivre ?
- Paralysés par nos peurs, nos manques de confiance, nos regards inquiets sur l’avenir et nos regrets pour le passé ?
- Paralysés par la situation dans laquelle nous sommes et convaincus que nous ne pouvons pas en sortir, prisonniers de nos structures mentales et de de nos contraintes sociales...
- Prisonniers de nos colères, de nos ressentiments, de nos rancunes...
et c’est tenace la rancune: cela reste au fond de nous-mêmes comme un poison qui nous paralyse dans notre relation à l’autre.
- Paralysés aussi par la culpabilité : et c’est tenace et paralysant la culpabilité: je n’aurais pas dû, c’est à cause de moi, si je n’avais pas dit ou fait .. ces expressions nous reviennent souvent n’est-ce pas? (dans le souvenir récent ou ancien d’une situation que nous aurions voulu éviter, etc, de mots que nous aurions voulu ne pas dire, de pensées que nous n’aurions pas voulu avoir, de gestes que nous aurions voulu ne pas poser...
Et cette culpabilité, ce remords agit comme un poison qui nous paralyse et nous empêche d’avancer.
Non, nous ne pourrons rien par nous-mêmes, nous ne pourrons pas revenir en arrière et effacer ce qui été dit ou fait ... alors ... que faire ?
Vivre avec ces sentiments paralysants, les enfouir au fond de nous-mêmes jusqu’à ce qu’ils ressortent souvent violemment ou bien ...
ou bien accepter de se tourner vers le Seigneur pour recevoir son pardon, son amour, sa grâce.
C’est cette possibilité-là qui nous est offerte aujourd'hui comme au paralytique
c'est ce miracle-là qui est à notre portée aujourd’hui, maintenant; il est pour nous, aussi !
Oui .... le pardon qui est libération nous est offert par grâce.
le pardon qui est guérison .. nous est donné lorsque nous allons à la rencontre du Père en Jésus le Christ.
Pour nous aussi, le pardon peut être résurrection si nous le voulons, si nous le cherchons, si nous mettons notre confiance en Dieu, si nous avons une foi faite d’audace, de confiance et d’espérance.
Le pardon a été force de vie pour cet homme, qu’il en soit ainsi pour chacun de nous aussi: le pardon nous relève et nous renvoie à la vie, vie renouvelée dans l’Amour et la fidélité de Dieu.
- Il nous offre la réconciliation avec nous-même, la réunification intérieure afin que nous puissions avancer et regarder la vie autrement.
- Il nous offre la réconciliation avec nos frères pour que nous puissions aller les uns vers les autres dans une relation restaurée, une vraie relation fraternelle car nous sommes tous enfants d’un même Père.
Il nous offre la réconciliation avec Dieu, en Jésus-Christ car son amour et sa fidélité pour nous sont à toujours.
En accueillant ce pardon qui nous est offert, nous pourrons enfin sortir de nos cadres de référence plein de ces mots poison: fautes, culpabilité, offenseur, offensé, rancune, remords, ...
pour nous « aventurer » avec audace, persévérance, confiance vers nous-mêmes, vers nos frères, vers Notre Père qui nous attend: voici l’exhortation personnelle qui nous est adressée aujourd’hui :
« Mon enfant tes péchés sont pardonnés. Lève-toi et marche »
Ce miracle-là est à notre portée: il est pour nous aujourd'hui !
C’est la Bonne nouvelle du Salut !
Alléluia!
Amen

Madame Brigitte Raymond
Le 21 mars 2021