Dernière modification par Johan - 2021-09-13 13:09:29

Élargis l'espace de ta tente

Ésaïe 54 : 2-5 ; Actes 1 : 4-14 

Voici la tente « 2 secondes » d’un célèbre magasin de sport !
En effet, elle se déploie très aisément (se replie moins aisément …) et offre l’abri pour la nuit et les intempéries ! Un bon plan pour le camping !
Mais bon, il ne faut pas être trop grand, ni trop large … On y est qd même un peu à l’étroit ….
Cette tente ressemble un peu à ce que nous avons tous vécu pendant les mois de confinement : nos chambres, nos appartements, nos maisons ont été un abri, une protection, une sorte de refuge, … mais nous nous sommes quand même sentis à l’étroit !
Depuis que les mesures sanitaires se sont assouplies, nous avons retrouvé le chemin des boutiques, des coiffeurs, des cinémas, des théâtres, des salles de sport, des salles de classe, des gares et des aéroports, …. Mais moyennement celui de nos temples et de nos églises … Interpellant quand même …
Nous nous sommes plaints d’avoir été confinés, mais reconnaissons qu’il y a eu des aspects avantageux aussi à cette situation : pouvoir se lever un peu plus tard, pouvoir garder ses pantoufles ou son jogging pour « aller travailler », « consommer » du culturel ou du cultuel à distance a été pratique aussi … et à présent, nous réalisons que cela n’est pas aussi facile de reprendre certaines habitudes. Car même si nous sommes convaincus qu’il faut innover et apporter notre contribution à la construction du « monde de demain»1, il y a de « saines habitudes » …. ma petite grand-mère - une femme toute simple qui n’avait pas eu la chance de faire des études car elle était « pupille de la nation » comme on dit en France – nous répétait inlassablement, en ce qui concerne la foi et l’église, qu’il y avait là de « saines habitudes », et que « si on sait sortir le samedi soir pour aller danser, et bien on sait se lever le dimanche matin pour venir au culte, qui est une saine habitude ! » )
Il semblerait donc que le confinement décrié ait quand même plu et convenu et qu’il est parfois difficile de reprendre certaines « saines habitudes ».

Etre à l’étroit, se sentir limité dans ses mouvements et initiatives, voici une situation qui nous est bien connue, … et pas seulement du fait de la pandémie : c’est une réalité de vie que nous partageons tous : les contingences de la vie humaine nous conduisent à cela … Nous ne pourrons jamais être pleinement libres de nos mouvements et nous devrons toujours composer avec les réalités de notre condition, de notre situation d’humains. L’important est de ne pas vivre cette situation comme une contrainte, mais de pouvoir l’assumer, l’accepter et - parallèlement - de rester attentifs et disponibles aux invitations, aux opportunités que Dieu nous offre.
C’est la réalité qu’a vécue le peuple d’Israël auquel Esaïe s’adresse dans le passage que C-A nous a lu tt à l’heure : au 6è s acn, après les décennies d’exil, de vie en déportation qui ont marqué le peuple, l’ont ankylosé et rétréci sur sa petite réalité immédiate, il est temps maintenant de réaliser qu’autre chose est à portée de main ! Dieu donne la possibilité de redémarrer une vie autre, différemment, plus largement, plus créativement, mais dans la confiance !
Dans l’éditorial du dernier Foi et Lumière, j’ai voulu mettre en évidence ce double aspect de l’invitation que Dieu adresse quand il dit : « Elargis l’espace de ta tente : qu’on déploie les toiles de tes demeures : ne les ménage pas ! Allonge tes cordages et affermis tes piquets ! » Il y a dans ces vv un appel à l’ouverture (déployer les toiles), mais en même temps une offre de stabilité et de sécurité  (Cordages et piquets) !
Je disais que Dieu invite au déploiement, à l’aventure de l’accueil, au risque des rencontres mais en même temps il affirme qu’il y a solidité et fiabilité de l’abri actuel.
L’appel de Dieu formulé par Esaïe va permettre au peuple de Jérusalem, à la ville de revivre ; nous l’avons entendu : de stérile, elle sera mère d’une grande postérité !
De veuve, elle sera de nouveau épousée par le Seigneur !
Abandonnée, elle se trouve réintégrée dans l’Alliance qui est indéfectible du côté de Dieu ! Détruite, elle se verra reconstruite !
Opprimée, elle sera désormais à l’abri et pourra vivre en paix, à l’écoute de son Seigneur.
Le mouvement est lancé !
Mais celui-ci ne sera pas le seul! Il y aura retour sur la terre donnée, mais ce retour ne sera permis que pour qu’une nouvelle dynamique puisse voir le jour !
Et ceci est le modèle qui se devra se reproduire à chacune des étapes du déploiement de la vie du peuple. Donc encore aujourd’hui, et demain, et après-demain, etc !

C’est ce que nous découvrons dans le livre des Actes, dans le passage relatif à l’Ascension et à la mission donnée aux disciples.
Ceux-ci se retrouvent bien à Jérusalem, mais ils sont invités à en rayonner !
Jérusalem est certes le lieu où convergent les nations, comme annoncé par les prophètes, lieu d’accomplissement des promesses de Dieu, tout au long du Premier Testament, mais elle devient surtout le point de départ pour une nouvelle réalité !
Depuis Pâques, le Royaume n’est plus cantonné en un lieu géographique (Israël), mais il est désormais dans le cœur, l’esprit, la vie des témoins qui sont appelés à sortir.
« Vous recevrez une puissance, celle du Saint Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1 : 8)
L’Esprit Saint sera le moteur qui leur permettra d’engager cette nouvelle étape de leur chemin ; il s’agit désormais pour les disciples d’un déploiement du Royaume aussi bien dans le temps que dans le nécessaire éloignement de leur zone de confort !
Ils sont invités à un affranchissement de leurs repères pour suivre les impulsions données par l’Esprit.
Après Jérusalem, les autres régions mentionnées deviendront les lieux balisant la mission que les apôtres vont mettre en œuvre. Le livre des Actes se construit d’ailleurs sur ce schéma : de Jérusalem (1ère Communauté), en Judée (Philippe et l’eunuque éthiopien), puis en Samarie (Conversion de Corneille et Pentecôte des païens) et jusqu’aux extrémités de la terre (voyages de Paul et Barnabas)
Donc, de Jérusalem, Capitale par excellence, ville des différents temples, lieu de l’accomplissement du salut (mort et résurrection du Christ), le témoignage va se poursuivre par la Judée (originellement espace dédié au pouvoir sacerdotal, au pouvoir religieux, à l’exercice du culte « pur et saint ») et la Samarie (région connue comme rivale de Jérusalem, peuplée de gens considérés comme impurs car issus de métissages consécutifs aux occupations, symbole de tensions, de conflits, d’opposition et de rivalité), jusqu’aux extrémités de la terre : l’itinéraire des témoins de tous les temps est tracé !

Ceci va clairement à l’encontre du sentiment des disciples, tout comme chaque invitation à sortir de notre zone de confort va à l’encontre de nos sentiments !
Les disciples questionnaient Jésus sur le rétablissement du Royaume d’Israël, celui qu’ils connaissaient bien et dont ils localisaient le centre à Jérusalem, LEUR capitale, alors que lui venait de leur parler pendant 40j du Règne de Dieu, celui qui dépasse largement toute frontière géographique ou idéologique!
Les disciples sont tournés vers le passé, leur passé, vers le connu, vers ce qui a déjà existé et dont ils ont la nostalgie, alors que le Christ les tourne résolument vers l’avenir et vers le neuf qu’il prépare. La résurrection a inauguré un temps nouveau qu’il convient de traduire dans la réalité quotidienne !
Le Christ finalement va les mettre au pied du mur : à l’image des piquets et des cordages dont parle Esaïe, quel ancrage et quel déploiement dans leur quotidien plein de promesses ces réalité de la Résurrection et du Royaume de Dieu représente-t-elle ?
C’est d’abord dans leur propre vie que ce Royaume cherche à se déployer, à partir de leur Jérusalem intérieure, à travers leur Judée, leur Samarie et aux extrémités de leurs terres intérieures aussi … par l’action de l’Esprit.
Finalement, c’est dans nos propres vies que le Royaume cherche à se déployer … en se frayant un chemin à partir de nos Jérusalem intérieures, nos Judées, nos Samaries et jusqu’aux extrémités de nos terres intérieures …

Avec la force de l’Esprit, le Royaume cherche à se déployer
a) à partir de nos Jérusalem intérieures … c’est à dire
• à travers les méandres de nos nostalgies qui nous sécurisent mais qui nous emprisonnent,
• à travers les résistances que génèrent nos rapports – difficiles ? - à notre passé,
• à travers les loyautés qui nous habitent …

b) au travers de nos Judées intérieures … c’est à dire
• à travers nos représentations de l’histoire et de la tradition,
• nos conceptions de l’église,
• nos catégories du pur et de l’impur,

c) au travers de nos Samaries intérieures …. c’est à dire
• à travers nos exclusions et nos préférences …
• à travers les étiquettes que nous plaçons sur les uns et sur les autres

d) POUR PARVENIR aux extrémités de nos terres … c’est à dire
• tous ces lieux inexplorés de nos vies où Dieu nous attend pour nous élargir et nous faire découvrir toutes les dimensions de sa grâce (Eph 3 : 17-19 : « que le Christ habite dans votre cœur par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, 18 pour être capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, 19 et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu. »)

Bref ces lieux géographiques, mentionnés en Actes, nous invitent finalement à débusquer toutes les sécurités que nous avons instaurées de manière à rester dans nos zones de confort.
Mais cela n’est pas en résonnance avec ce Royaume que le Christ nous charge d’annoncer … Car c’est à travers nous que ce Royaume sera rendu visible et perceptible, même s’il reste imparfait !
Dieu aurait très bien pu instaurer ce Royaume d’un coup de baguette magique … mais il ne l’a pas fait : quel intérêt de déployer un Royaume déconnecté de notre réalité et de notre pâte humaine ?
Quelle en serait la portée si Dieu ne passait pas par la médiation d’instruments humains, plus qu’humains, puisque son Royaume nous concerne ?
Le Christ nous pose aujourd’hui cette question, en définitive : quel ancrage et quel déploiement dans notre quotidien - plein de promesses - pour cet appel à élargir l’espace de nos tentes, à être témoins dans toutes ces régions intérieures et extérieures?
Nous sommes une COMMUNAUTE, un CORPS. L’Eglise n’est pas une juxtaposition d’individus, venus simplement pour leurs propres besoins personnels.
Nous recevons l’appel à élargir l’espace de notre tente, à être témoins jusqu’aux extrémités de la terre – comment traduire cela, dans nos vies de témoignage personnel et communautaire ?
Le Consistoire va nous rappeler à l’issue du culte les activités qui existent déjà dans « cette tente », celles qui affermissent nos piquets et celles qui allongent nos cordages.
Le consistoire va formuler des appels, préciser les besoins actuels et mentionner les équipes qui manquent soit de «piquets » pour affermir ce qui existe déjà, soit de « cordages » pour que la tente puisse s’élargir dans de nouveaux projets.
Le consistoire sera heureux de recevoir vos idées pour aller encore plus loin, explorer de nouveaux lieux de témoignage, imaginer de nouvelles initiatives pour que notre tente s’élargisse toujours plus.
(Amener la 2è tente Queshua)

Maintenant que nous sommes sortis de nos « tanières », nous sommes peut-être plutôt comme cette autre tente … plus large … mais pas encore assez spacieuse, audacieuse, ambitieuse …
Entrons dans cette dynamique magnifique impulsée par l’Esprit – restons à Son écoute,
… et faisons en sorte qu’en fin d’année, ce lieu soit trop petit pour y déployer les toiles, les piquets et les cordages que nous aurons créés.

Amen.

Pasteure Isabelle Detavernier
Le 12 septembre 2021
(enregistré par Jacques)