Dernière modification par Johan - 2021-09-06 08:29:12

Dimanche de la création

Esaïe 35 v 4-7a

« Dites à ceux qui s’affolent : Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la rétribution de Dieu. Il vient lui-même vous sauver. Alors, les yeux des aveugles verront, les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes ».

Réflexion de la pasteure Heike Sonnen, Paroisse de Verviers- Laoureux et Spa

J’écris ces lignes en ce Jour de Deuil National. Ayant été moi-même sur place, ayant vidé et nettoyé dans des maisons inondées de quelques-uns de nos paroissiens, il m’est impossible de faire abstraction des événements de ces derniers jours.

Même pendant la nuit qui devrait nous apporter le repos, des images de la boue surgissent, cette boue qui s’est collée sur tout : meubles, vêtements, tapis, casseroles, vaisselles et même bibles, cantiques et documents. Me reviennent surtout, aussi, cette odeur d’humidité désagréable et une voix intérieure qui s’exclame: "Mais qu’est-ce que nous avons fait à la terre! Mais qu’est-ce que nous avons fait à notre terre!"

Les paroles du prophète Esaïe, tirées du chapitre 35, quant à elles, se placent au 8ème siècle avant Jésus Christ, en plein milieu de la crise assyrienne: le peuple d’Israël est menacé par l’invasion de la puissance des Assyriens, une puissance violente et destructive. En tant que paroles de Dieu en situation de déstabilisation et de perte de repères, elles n‘ont rien perdu en actualité!

C’est là ce que j’ai dit à cette famille de Pepinster à laquelle j’ai apporté des lampes de poches, car sans électricité, sans eau courante pendant 4 jours. « Maintenant, je comprends la profondeur des paroles d’Esaïe qui devraient m’inspirer une méditation pour ce Dimanche de la création. En écoutant votre récit de la nuit des inondations pendant laquelle vous avez vidé des heures durant le couloir de la maison… tandis que les voitures, les fauteuils et les poubelles flottaient dans votre rue, en voyant le tas d’objets abimés que vous avez sortis depuis trois jours de votre cave, en voyant tout ce que vous avez nettoyé, depuis je COMPRENDS cette parole de Dieu : "Rendez fortes les mains faibles, affermissez les genoux qui font trébucher, dites à celles et ceux dont le cœur palpite : Soyez forts, n’ayez pas peur: il est là, votre Dieu."

Et la mère de la famille de nous faire ce cadeau : un témoignage de foi et de confiance : "Pendant les inondations-mêmes, je n’ai pas eu peur. Je me sentais protégée, en confiance. Oui, absolument, nous étions protégés. Dieu merci."

La dérégulation des saisons, l’alternance entre des périodes d’extrême sécheresse et de grandes et fortes pluies, l’appauvrissement des sols, la fragilité des forêts, la folie de mettre de plus en plus de terrains à disposition de constructions - tout cela contribue aux inondations. Et pourtant, c’est juste un présage de ce qui nous attend encore dans l’avenir.

En me promenant dans les rues de Verviers entre les tas de meubles et d’objets inutilisables, gonflés par l’eau, je vois un convoi de tracteurs, de camions et de grues se frayer un véritable passage, une voie entre les maisons pour dégager les rues. Et de nouveau, je pense aux paroles du prophète : "Il y aura un chemin frayé, une voie, qu’on appellera la voir sainte" (Esaïe 35 v 8). Mais où est ce passage qui permettra de « bien » vivre encore dans quelques années, ce passage qui permettra de vivre aux millions de personnes plongées dans l’extrême pauvreté si le réchauffement climatique continue ?

METANOIA : la conversion totale, profonde et quotidienne est le chemin annoncé par Jésus. Une des réponses, si ce n’est LA réponse, est le changement radical de notre manière d’habiter la terre et d’être cet humain créé avec ses limites. Nous ne sommes qu’un élément de la création et nous faisons partie de toute une toile de vivants. Plus il y aura d’yeux et d’oreilles ouverts, plus la Voie Sainte sera large. Que Dieu-même, que le Seigneur-même nous vienne en aide, Amen.

Jacques 2 1-5

« Mes frères, ne menez pas les cas de partialité de votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus Christ. En effet, s’il entre dans votre assemblée un homme aux bagues d’or, magnifiquement vêtu ; sil entre aussi un pauvre vêtu de haillons ; si vous vous intéressez à l’homme qui porte des vêtements magnifiques et lui dites : « Toi, assieds-toi à cette bonne place » ; si au pauvre vous dites : « Toi, tiens-toi debout » ou « Assieds-toi là-bas au pied de mon escabeau », n’avez-vous pas fait en vous-même une discrimination ? N’êtes-vous pas devenus des juges au raisonnement criminels ? Ecoutez mes frères bien-aimés ! N’est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment ? »

Réflexion de la pasteure Laurence Flachon, Église protestante de Bruxelles-Musée

"Contre le culte des apparences, celui de Jésus-Christ", semblent dire ces quelques versets de l'épître de Jacques qui révèlent notre tendance à juger trop rapidement en fonction de ce qui s'offre à notre regard. La traduction du premier verset proposée par Elian Cuvillier est éclairante à cet égard : "Mes frères, ne trouvez pas dans des signes extérieurs la preuve fiable de la gloire accordée par notre Seigneur Jésus-Christ"1.

Contre les thélogies de la prospérité qui interprètent la richesse et la réussite comme des preuves de la bénédiction de Dieu, l'épître de Jacques dénonce le danger qu'encourt une communauté chrétienne lorsqu'elle juge de la valeur de l'autre sur la base de critères économiques ou sociaux.

La richesse est ici à comprendre au sens matériel mais aussi comme une métaphore du "plein", du "trop-plein". Un sentiment que nous connaissons dans des sociétés où l'accès aux biens -les nécessaires comme les superflus- est possible : nous pouvons consommer, accumuler, jetter et... recommencer.

Le culte des apparences favorise le "trop-plein" et peut devenir une tyrannie que la communauté exerce à l'égard des plus faibles ou qu'elle subit elle-même. Elle ne sait plus alors recevoir ou accueillir... c'est-à-dire se mettre dans la position du pauvre, celle, celui, qui attend quelque chose de l'autre.

Et cette "tyranie du plein" s'exerce également à l'égard de l'environnement qui n'est plus considéré alors comme une expression de la création, bonne, de Dieu mais exclusivement comme une ressource à conquérir, à maîtriser, à exploiter.

Le dernier rapport du GIEC (le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) est alarmant : un réchauffement climatique toujours plus rapide et important, une montée du niveau de la mer... ces phénomènes induisent des déplacements de population, une diminution des rendements de l’agriculture, l’extinction de certaines espèces ; ils ont donc des conséquences sur le plan de la sécurité alimentaire, de la santé et de la pauvreté.

En épuisant la nature, nous créons des famines, des guerres… il nous faut réaliser à quel point le développement durable relève d’une question de justice, d’éco-justice.

Les textes bibliques montrent combien la notion de justice s'inscrit toujours dans une relation : relation à la terre, relation à la famille, aux serviteurs, aux ouvriers, aux immigrés, relation aux animaux domestiqués ou non. Une relation suppose une reconnaissance de l'existence de l'autre et une autolimitation afin de laisser l'autre être autre au lieu de le dévorer, de se l'approprier et de finalement… le faire disparaître.

La notion du Jubilé, par exemple, illustre comment une limite imposée à la culture de la terre par le Seigneur donne l'opportunité aux humains eux-mêmes de se ressourcer et de partager avec ceux qui sont dans le besoin. Se conduire de manière juste vis-à-vis de la terre permet de se conduire de manière juste vis-à-vis du prochain.
Les apparences sont trompeuses et... coûteuses. La "course au plein" exploite et détruit nos relations comme la création. Et Dieu, lui, ne juge pas selon les apparences ! Avec l'aide du Christ, il nous invite à une autre compréhension de nous-mêmes : non pas la richesse "auto-suffisante" du "plein" mais la pauvreté qui trouve dans le manque… l'élan vers l'A/autre.

Il se peut alors que nous nous laissions interpeller, émouvoir puis transformer. Le philosophe Hartmut Rosa appelle cela "entrer en résonnance" avec le monde. Ne pas chercher sans cesse à le "rendre utilisable", à l'exploiter pour que tout soit potentiellement à ma portée mais s'ouvrir, au contraire, à son "indisponibilité".

Accepter "l'indisponibilité" c'est faire taire notre volonté de puissance pour travailler, au service du Christ, à la guérison et la libération de l'ensemble de la création.

Amen.

Marc 7 v 31-37

« Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole. On lui amène un homme qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main. Le prenant loin de la foule, à l’écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha, et lui toucha la langue. Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et lui dit : « Ephphatha », c’est-à-dire « Ouvre-toi ». Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia et il parlait correctement. Jésus leur recommanda de n’en parler à personne mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient. Ils étaient très impressionnés et ils disaient : « Il a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Réflexion par Madame Anne-Marie Heineken Devaux

Jésus se dirige vers la Mer de Galilée en passant par la Décapole. Dans cette contrée des Gadaréiens, il avait déjà délivré le démoniaque qui, ensuite, avait rendu témoignage de sa guérison par le Seigneur. Sa réputation connue, on lui amène, afin de lui imposer les mains, un sourd et muet : littéralement celui qui parle difficilement. Ce dernier terme ne se trouve qu’ici et dans la LXX pour Esaïe 35 v 5. Jésus agit par étape (v 33 et 34).

  • Jésus le prend à part afin de rendre une intimité possible et éviter une publicité intempestive.
  • Jésus, au lieu de lui imposer les mains, va mettre ses doigts dans les oreilles et de la salive sur la langue et de ce fait lui fait comprendre qu’il veut agir sur son ouïe et communiquer à sa langue quelque chose de sa propre personnalité.
  • Jésus regarde le ciel, et Il soupire, gémit, face à la misère dont Il est témoin et qui est en complet contraste avec la puissance divine.
  • Jésus dit : ‘ephphatha’ qui est une transcription d’un mot araméen signifiant : « Ouvre-toi ».

Aussitôt, les oreilles s’ouvrent, le lien de la langue se délie. Le résultat est que cet homme se mit à parler correctement. Malgré la demande de discrétion, les gens en parlent. En effet, on peut difficilement taire ce qui nous émerveille. Ce miracle, une fois de plus, nous montre que c’est en se rapprochant de Jésus que nous pouvons être guéris, transformés, entendre correctement et parler justement.

Lorsque Jésus a dit : « Ouvre-toi » cela rappelle les Paroles de la création dans Genèse 1 où Dieu dit … et cela fut ! Rien n’est impossible à Dieu : Il est le Créateur du monde et Il soutient le monde. D’un autre côté, Il nous a donné une responsabilité très importante : celle de garder, d’entretenir, de gérer, de diriger Sa création.

Pour que nous puissions mener à bien cette responsabilité, nous avons aussi besoin d’entendre ce qu’Il a à nous confier et de parler selon ce que nous avons reçu de Lui.

Alors, tout comme ce sourd-muet, entendons cet ordre souverain adressé autant à notre ‘coeur’ qu’à notre ‘intelligence’ spirituels :

Ouvrons-nous à la gratitude, à la joie, à l’amour, à l’espérance, à la confiance, au souffle vivifiant du Saint-Esprit.
Ouvrons-nous au bien mais fermons-nous au mal.
Ouvrons-nous à ce qui est en haut mais fermons-nous à ce qui est en bas.

Si nos oreilles sont ouvertes pour écouter la Parole du Seigneur, notre langue se déliera pour le louer, pour prier et pour témoigner. Que nous puissions utiliser nos mains, comme Jésus, pour faire du bien à la création et aux créatures.

Amen.

Le 5 septembre 2021