Dernière modification par Johan - 2019-12-31 08:05:45

LA ONZIÈME HEURE

Ce n’est un scoop pour personne : nous militons pour Amnesty International, Daniel et moi.
Tous nos amis, parents, connaissances voient venir la saison des bougies avec des sentiments mêlés, j’imagine ! Ils ont beau essayer de se cacher dans leur petit coin, un œil de lynx les repère.

Ce que l’on connaît moins, c’est la manutention générée par le commerce des bougies des droits humains : réceptionner 201 boîtes (donc 2142 bougies toutes confondues), sagement rangées par couleur. Il s’agit alors de panacher tout ce bazar, pour la plus grande satisfaction de notre chère clientèle. Six ou douze bougies par boîte, deux rouges, deux blanches, une « machin » et une « truc », etc. Le tout assaisonné de bougies en déshérence des années passées, encore bonnes pour le service.

Ce petit (?) travail prend bonnement 4 heures et plus, malgré la longue expérience et l’étude scientifique préalable du dosage de couleurs de bougies par boîte !
Habituellement, une équipe d’enfer se livre à ce jeu, dans le garage de notre fille, mais, cette année, suite à des circonstances personnelles, comme on dit, vos deux serviteurs ont eu le plaisir de s’y coller dans l’attente de l’arrivée promise d’une jeune personne de notre groupe.
Elle a fait au plus vite, après son boulot, et est arrivée à la fin de la troisième heure de panachage.

La voir arriver, toute joyeuse, pleine de tonus, de gentillesse et d’envie de s’y coller m’a fait un bien fou. C’est que le dos et le reste commençaient à se manifester de façon indésirable.
La voyant s’approcher, cette chère amie, j’ai immédiatement pensé aux ouvriers de la onzième heure.
Pas du tout dans le sens d’un reproche, mais au contraire d’une grande joie et d’un soulagement : voilà du renfort ! Cette arrivée renouvelait nos forces et notre enthousiasme, comme une halte au milieu d’une marche en montagne. Bienfaisant. Rafraîchissant.

Dans les nombreux sermons, études bibliques, lectures sur le sujet, jamais je n’ai entendu parler de cette joie, de ce soulagement de l’équipe au travail depuis de longues heures, équipe qui commence à s’essouffler, à sentir les courbatures, à compter les minutes jusqu’à l’heure du repos.
On raisonne plutôt en termes de rivalité, de jalousie, à l’égard de ceux qui sont arrivés à la onzième heure et qui bénéficient du même salaire. Ce n’est d’ailleurs qu’un aspect secondaire de cette parabole.
Dans notre cas, le salaire étant égal à zéro, le problème ne se posait pas.

Au travail, dans notre vie de famille, dans nos Églises, comment sentons-nous, vivons-nous l’arrivée d’aide, impromptue ou pas, attendue ou pas ? Comment acceptons-nous les limites des autres et ce qu’ils peuvent apporter, même si c’est minime ?
Exigeons-nous de tous qu’ils bossent à cent pour cent ? Je parle bien évidemment des bénévoles, les professionnels étant censés travailler à temps plein.
Critiquons-nous les derniers arrivés ?
Acceptons-nous d’être surpris, désorientés par une autre manière de faire ?
Mmmmm…

Je vois déjà les regards entendus de mes hommes !
Va falloir travailler le sujet !
Ce début d’année sera l’occasion de repenser notre rapport au temps, le nôtre et celui des autres, notre façon d’accueillir une aide offerte. Avec joie ou amertume ? Sans arrière-pensée ou en faisant des comptes d’apothicaire ?

Du grain à moudre et de bonnes résolutions à prendre, parmi d’autres, à l’aube de l’année nouvelle !

Yvette Vanescote
Janvier 2020