Prédication à l’occasion de la consécration de Heike Sonnen

Dans le ministère pastoral le 29/10/2006

 

Romain 8 : 18 30

 

« Nous savons du reste

que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »

 

J'aimerais bien commencer par une histoire,

disons plutôt par une légende, une légende juive.

Parce que j'avoue que

lors de mon premier culte ici au Botanique

au mois de janvier 2004

pour me présenter à la paroisse

un élément dans le déroulement habituel du culte

m’intriguait le plus : c’était l’histoire pour les enfants !

Comment cela?

Raconter une histoire aux enfants pendant le culte?

Pour combien d’enfants? Pour quel âge? …

 

Et j'avoue également que maintenant cet élément- là, l'histoire,

est devenu un moment que j'apprécie beaucoup.

Elle semble faire du bien pas seulement aux enfants.

Non, elle permet d’exprimer l’idée du culte

par l’image, par l’imagination, par le non- dit.

Et en même temps, elle libère notre cerveau

qui tourne souvent en rond pour trouver des solutions :    

et tout à coup, une porte s’ouvre

au delà de ce que nous avons osé penser auparavant.

 

Par la petite légende juive que j'ai prévue

j'essaierai deux choses à la fois:

nous approcher des lectures bibliques,

notamment du passage de la lettre aux Romains,

et nous surprendre. 

Nous surprendre par la fin de la légende

que je réserverai comme une sorte de conclusion.

 

Selon cette légende juive

une grande montagne émerge 

directement devant la maison d'un vieil homme.

Cette montagne lui prend la lumière

qu'il désire pour sa vie- pour vivre pleinement.

Un jour alors, il prend une houe, une pelle et une brouette 

et commence à aplanir la montagne.

Les voisins se moquent de lui en souriant:

« Il est devenu complètement fou, le vieux ! » 

Mais il s’ explique: « Pelletée par pelletée,

je vais diminuer la montagne. »

« Mais tu n'y arriveras jamais ! » 

« Peut-être. Soit.  

Par contre, si je n'y arrive pas mes enfants continueront

et les générations après eux-

jusqu’au jour où

la montagne aura disparue ! »

 

(Comme annoncé- la fin ne sera pas encore racontée...)

 

Une montagne se lève devant la maison du vieil homme.

Elle lui prend la lumière nécessaire, 

lui vole la vue, les perspectives,

plonge sa vie dans l'ombre,

le déprime, l'isole, semble l’ écraser.

 

De pareilles montagnes, hostiles à la vie,

existent aussi selon l'apôtre Paul dans sa lettre aux Romains,

même pire elles se mettent comme un poids,

un fardeau étouffant sur l'existence. 

L’apôtre accorde un nom à cette montagne : les souffrances.

Il faut parler d’elles au pluriel

parce qu'elles sont nombreuses, multiples,

elles s'ajoutent l' une à l'autre, tas par tas

pour finir par être toute une montagne

qui prend toute la lumière de la vie.

 

De même pour nous de nos jours,

il ne sera pas difficile d’identifier cette montagne des souffrances :

la violence, la pollution, les guerres, la faim, la maladie,

pour en parler d’une facon globale.

Ou pour donner des visages à cette montagne des souffrances :

La vieille dame plongée dans l’infinie solitude dans son hôme,

la peur existentielle du chômeur pendant la nuit,

le malade qui se soucis face au diagnostique des médecins.

 

La première victime de ce poids- là,

que la montagne des souffrances représente 

-toujours selon le passage de l’apôtre Paul-

est la création entière, le monde dans sa totalité.

 

La condamnation qui est en même temps racine de la peine :

« La vanité » ou pour le traduire littéralement

« le fait de devoir faire semblant ».

D’une facon radicale cela signifie :

« Le monde souffre de la frustration

de ne pas pouvoir accomplir

le vrai but de son existence. »

 

L’autre victime plus concrète

confrontée aux montagnes des souffrances:

nous-mêmes.

En suivant la structure du passage

on constate qu’elle cherche

à accentuer justement ce poids- là:

nous aussi, nous aussi nous soupirons en nous- mêmes.

 

 

Il ne faut pas être mathématicien ou comptable

pour comprendre la logique de l’apôtre Paul : 

Que plus la montagne des souffrances pèse,

plus grand doit être le contre- poids pour l'égaler.

 

Et Paul nomme clairement le seul et véritable contre- poids,

le remède unique:

la gloire.

Quand il dit « gloire » il dit présence immédiate et directe de Dieu,

Son véritable « Etre », force et lumière brillante.

La gloire c’est la libération à la vie qui se nourrit

par le regard de Dieu face à face. 

 

Et tout de suite, et très facilement,

vous avez saisi

la composition de ce passage:

le poids des souffrances est opposée

à son contre- poids, l'avenir rempli complètement de la présence de Dieu.

 

Mais attention:

Car Paul lance une thèse audacieuse au tout début:

 

« J’estime que les souffrances du temps présent

ne sauraient être comparées à la gloire à venir

qui sera relevée pour nous. »

 

Je parle d'une véritable audace,

parce que cet avenir promis n'est pas encore réalisé

et le seul argument donné pour le souligner est

l'espérance.

(C’est en espérance que nous sommes sauvés)

 

Quel élément, quel moteur, quelle grandeur si difficile à saisir- l'espérance.

Incapable de la définir, nous voyons par contre ses résultats:

des humains qui se mettent en marche, qui bougent, qui agissent-

comme l’homme dans la légende

qui prend sa pelle-

simplement motivé par l'espérance.

Une source profonde nourrit l’espérance:

le désir vif et radical de vie.

 

Et maintenant l’idée centrale de l’apôtre Paul semble devenir très clair :

 

S'il existe quelque chose comme une preuve

que quelque chose d’autre nous attend, la gloire, 

c'est justement dû au fait

de ressentir- douloureusement quelque fois- 

le désir de vie, de lumière. 

 

Comparable au diction: 

Si tu veux construire un bateau

ne cherche pas du bois et des menuisiers,

mais des gens qui portent dans leur coeur le désir de la mer.

 

Avoir rien et commencer à chercher,

dépasser le possible

voilà la force de l’espérance et du désir.

 

« Le désir de Dieu est l’être humain » dit Saint Augustin.

Finalement, c’est le désir de Dieu pour l’être humain

qui surprend tout, qui cherche un nouveau chemin :

il devient humain en Jésus de Nazareth.

 

Ce chemin est la clé de compréhension pour l'apôtre Paul, 

la clé qui permet de parler de Jésus comme le premier né parmi nous, qui a accompli le désir de Dieu de vivre

en relation complète avec lui.

 

Et nous, nous avons part de cette relation

par l’esprit

qui nous rend semblable à Jésus lui- même.

 

Mais ce n’est pas seulement l’Esprit

qui aide dans cette vallée entouré de grandes montagnes écrasantes :

 

Paul conclut ce petit passage

par une thèse finale

qui sert en même temps de réserve d’énergie :

 

« Nous savons du reste

que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »

 

Conclusion paradoxale,

presque contradictoire par rapport à ce que Paul vient de dire:

toutes choses concourent au bien.

 

Ressentir les souffrances

et en même temps rencontrer le bien,

la vie éternelle pour Paul,

mais j’ose ajouter : la vie en générale. 

 

 

La dynamique du passage

quitte alors le domaine du désir, de ce qui n’est pas encore,

et ouvre la pore qui donne sur le champs du vécu :

en regardant en arrière

on arrive à se réjouir des expériences précieuses :

que malgré tout ce qui est difficile,

les joies, tout ce qui vaut la peine,

tout ce qui donne la satisfaction profonde est également bien présente :

Bref : la lumière que l’homme de la légende aimait tellement

se laisse découvrir. 

 

« Nous savons du reste

que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »

 

Ce verset m’a accompagné

pendant le long trajet avant d’arriver ici.

C’est pour cela, il ne peut pas manquer aujourd’hui

et il me permet également d’ exprimer ma reconnaissance envers Dieu

de m’avoir montré

de quelle manière ce verset- là cherche à devenir

concret et confiable dans nos vies.

 

 J’en profite alors pour faire un petit détour

et d’entrer plutôt dans ce qu’on appelle les « témoignages » :

Parce que, au fond, je ne m’arrête pas de m’étonner

comment les sentiers de la vie se tracent.

Quand j’ai commencé mes études en Allemagne

je me doutais- peut-être- qu’une Eglise Protestante Unie de Belgique- existait

mais jamais j’aurai pensé

que j’y serai consacrée pasteure un jour.  

 

Tout a commencé par une rencontre imprévue à Kigali au Rwanda

avec la pasteure Jeanne Somer (je suis heureuse qu’elle soit parmi nous !).

Nous participions au même culte à Kigali-

alors que normalement je devais venir au culte antérieur.

Jeanne me parlait entre outre des postes vacantes en Belgique

et alors la vie de notre famille a pris une autre tournure.

 « Une chance que le Seigneur était là »- a dit Jeanne bien plus tard.

 

Cela fait que j’aimerais bien entrer en discussion

avec l’apôtre Paul.

 S’il part de l’expérience que toutes les chose concurrent au bien-

qu’ il devrait également ajouter

que déjà maintenant

un autre contre- poids se découvre face

à la montagne des souffrances :

le reflet de la gloire

sous de l’accompagnement de Dieu.

La vie se découvre au long des détours,

des rencontres inattendues,

par des portes – subitement ouvertes.

 

Dans cette perspective,

j’aimerais bien être parmi ceux

qui en lien avec cette paroisse du Botanique,

qui fait partie de l'Eglise Protestante Unie de Belgique

et de la vaste Eglise Universelle de Dieu de tous les temps,

j’aimerais alors bien être parmi ceux

qui se lèvent jour après jour,

pour prendre la houe, la pelle et la brouette

pour continuer le travail commencé déjà bien avant

d’aplanir la montagne :

guidée et motivé par la lumière,

la lumière de Dieu lui- même.  

 

- Pause-

 

Et voilà- enfin-  la vraie fin de l’histoire-

de laquelle je vous avais privé tantôt:

 

On raconte

que la légende conclut par une dernière phrase : 

Et quand Dieu dans les cieux vit

la confiance du vieil homme

qui commencait à aplanir la montagne

il envoya deux anges,

qui

pendant la nuit

enlevèrent 

la montagne avec leurs ailes.

Amen.