Notre thème de l'année: OSER !

OSER UN TEMOIGNAGE COMMUNAUTAIRE

«Tu ne prononceras pas de faux témoignage contre ton prochain» (Ex 20:16)

 

«  La langue est une très petite partie du corps mais elle peut se vanter d'être la cause d'effets considérables . » dit l'épître de Jacques (Jacques 3:5) et ajoute : «  Pensez au petit feu qui suffit pour mettre en flammes une grande forêt  !  ».

Par le langage, les êtres humains n'expriment pas seulement ce qu'ils vivent, ce qu'ils observent et ce qu'ils pensent. Par le langage, ils créent leur monde . On dit « Je t'aime » et notre amour prend forme et ouvre un nouvel espace à l'autre. On dit « Je te pardonne » et une nouvelle possibilité de vivre, de continuer la vie s'ouvre et s'établit. La vie ne se déroule pas au-delà de la langue, en dehors du langage. C'est-à-dire, par le langage nous pouvons construire ou dévaster la vie. Prenons un exemple : les ravages du mensonge.

Qui n'a pas entendu parler des petits villages d'autrefois, renfermés sur eux- mêmes avec des hommes et des femmes qui faisaient souffrir d'autres, voire qui leur faisaient violence seulement par ce qu'ils disaient sur d'autres, en leur absence, dans leur dos ?

Même si ces hommes et ces femmes étaient connus comme ceux qui sèment des mensonges, comme menteurs, comme diffamateurs, leurs paroles ne restaient pas sans effet.

«Pas de fumée sans feu» disaient les gens, «s'il y a une rumeur cela vient d'une graine de vérité» et du coup, ils regardaient l'autre d'une autre manière, avec plus de soupçon. L'autre perdait des crédits et le regard favorable de la communauté du village. Lentement, les mensonges semblaient éclairer sa personnalité. Et du coup, on le savait depuis toujours, qu'il était comme ci ou comme cela : bizarre, méchant, sans morale ou même dangereux. Le monde, la réalité deviennent sombres par le langage du mensonge; quant à la vérité, elle devient difficile à distinguer. Aucune révocation, aucune réhabilitation ne peut effacer ou guérir ce qu'une mauvaise langue, une diffamation a endommagé.

C'est une attitude bizarre de l'être humain de se complaire dans ce qui est dit sur l'autre, en son absence, de se réjouir de ses côtés négatifs, de ses faiblesses, de ses manies. « Comme un petit feu la langue mal contrôlée peut mettre en flammes une grande forêt, elle peut enflammer tous les cours de notre existence » rappelle l'épître de Jacques (3:6). Cela veut dire que les semeurs du mensonge, les diffamateurs mêmes, perdent leur propre dignité .

C'est pourquoi j'aime bien l'idée que les 10 commandements et ainsi aussi le commandement contre le faux témoignage protègent tout d'abord la dignité et la liberté de chacun dans la vie communautaire. Car en postulant « Tu ne prononceras pas de faux témoignage contre ton prochain » ce commandement ne défend pas seulement la vie et la liberté des diffamés mais aussi la dignité de l'auteur. Il protège le coupable devant lui- même , de ne pas entrer dans une spirale où on veut nuire à l'autre, lui faire du mal juste par le choix des mots. Car l'atmosphère de méfiance retombera - tout naturellement - aussi sur le diffamateur.

Les textes de notre tradition - dont font partie les 10 commandements - deviennent compréhensibles si on reconnaît contre qui ils parlent et pour qui ils se prononcent. Qui sont ses amis ? Et qui sont ses ennemis ?

Le faux témoignage à l'époque de l'Ancien et du Nouveau Testament était considéré comme une faute grave et était sanctionné strictement (par la peine que le faux témoin réclamait contre l'accusé). Car la procédure pour obtenir son droit était bien différente de la nôtre. Il n'existait ni de juge d'instruction ni de procureur. On devait saisir le juge et chercher des témoins pour appuyer sa plainte. Le poids accordé aux témoins en conséquence était beaucoup plus grand.

Le témoin n'a pas seulement rapporté ce qu'il a vu et entendu il s'engageait avec toute son existence pour ou contre le coupable. En conséquence, dire quelque chose d'incorrect sur quelqu'un d'autre en justice pouvait déclencher des conséquences désastreuses pour la victime.

Aujourd'hui nous rencontrons des parallèles aux faux témoignages sous une autre forme, hors du contexte juridique, affaiblies selon différentes variantes: sous forme de rumeur (poussée par le plaisir de parler sur les autres en leur absence), sous forme de mensonge en diffusant consciemment des non-vérités sur d'autres. Les motifs sont divers  : pour vouloir plaire, pour faire alliance avec ceux qui dominent les conversations, pour compenser ses propres faiblesses, pour faire avancer sa carrière, pour vivre ses sentiments de vengeance et de rivalité ou simplement par jalousie (je ne supporte pas que l'autre, selon les apparences, ait plus de chance dans la vie que moi).

«  Si vous avez de l'amour les uns pour les autres, à ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples.  » dit Jésus à ses amis dans l'évangile de Jean (13:35). Le Nouveau Testament est rempli d'énoncés et d'encouragements que justement la communauté de ceux et celles qui suivent Jésus vise à réaliser des liens dans la vérité, l'honnêteté, la franchise et ainsi dans la lumière.

En excluant la moindre variante du « faux témoignage », ensemble, la communauté constituée par le Christ, vit et rend visible le « vrai » témoignage de la bonté de Dieu. Et alors ? Les conséquences concrètes pour notre vie en paroisse ?

Au mois de janvier, 14 personnes se sont réunies pour réfléchir au week-end paroissial et surtout pour se plonger dans des réflexions comment le thème de l'année «  OSER » pourrait inspirer vie communautaire.

C'était assez frappant. Ce qui sortait tout d'abord, c'étaient toutes les différentes étapes à faire, pour construire un climat de confiance parmi nous :

•  donner place à tout le monde

•  s'exercer le plus possible dans une écoute active, d'être ouvert à l'autre

•  oser approcher ceux qu'on connaît moins.

L'idée derrière est tellement simple et convaincante : C'est la confiance, la confiance en l'autre, en Dieu, en soi-même qui encourage le plus à oser.

Oser se montrer, s'investir, aller vers d'autres rives. C'est la confiance qui bannit et exclut la méfiance, le mensonge, les rumeurs, voire le besoin de se revaloriser en dégradant l'autre. La confiance est attirante. Elle nous fait sortir de nos coins, de nos cachettes, elle nous rend visible. La confiance rime avec la lumière. « La lumière de Dieu produit» selon l'épître aux Ephésiens « toute sorte de bonté, de droiture et de vérité. » (Eph 5:9)

Oser témoigner ?

Nous pouvons commencer à l'intérieur de la communauté. Il faut juste aller dans la direction opposée du faux témoignage. Encourageants, valorisants et utiles doivent être nos mots par lesquels nous nous adressons aux autres, tout d'abord à ceux de notre communauté et ensuite à tous ceux que nous rencontrons. Nos mots peuvent ré-attribuer au vis-à-vis sa véritable valeur. Encore plus s'ils sont combinés avec une oreille ouverte, avec un intérêt véritable et avec du temps.

Comploter contre le « faux témoignage » sera notre vrai témoignage.

Comment y arriver ? Il existe deux instruments contre les paroles désastreuses. On peut en faire son principe et rester sceptique par rapport à ce que certains disent sur une autre personne. Si rien n'est prouvé, l'autre est innocent. Une autre méthode : le silence. On se permet la grandeur d'enterrer par le silence ce qu'on a entendu comme méchanceté sur les autres. Plus courageux encore : parler de leurs côtés forts.

Au fond, le commandement : « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.» nous sensibilise - comme tous les commandements - aux risques de perdre notre dignité humaine. Tous les commandements cherchent des principes en faveur de l'humain, de la communauté, de la liberté . Il y a la question de la beauté et de la richesse de la vie humaine. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce ne sont pas des limitations des possibilités humaines mais une séduction à une richesse plus grande pour tout le monde.

A celui et à celle qui ne répand pas de mensonges la vie même lui apparaîtra différemment, le monde, l'entourage se présentera d'une manière plus paisible, plus aimable. Dieu est honoré si ses créatures sont respectées et honorées. Les générations avant nous ont sorti les commandements comme anciennes vérités contre la corruption et le manque de justice. Ils nous rappellent comment le présent devrait être, justement parce que l'avenir de Dieu en lumière sera complètement autre : en bonté, en droiture et en vérité.

«  C'est la vérité qui vous rendra libre , dit l'évangile de Jean.  » (8:32)

C'est la raison pour laquelle la vérité est si précieuse.

Dans ce sens, laissez-vous aussi surprendre par le cri de Pâques qui parcourt le monde : «Il est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! »

Bon week-end paroissial et Joyeuses Pâques à toutes et à tous.

Pasteure Heike Sonnen